A.— Étymol. — Le suff. -ais et le suff. -ois proviennent du suff. lat. -ensem dont ils ont gardé le sens, ou du suff. germ. -isk (lat. médiév. -iscus).
1. En lat., le suff. -ensis est un suff. ethnique, formant des dér. à partir de mots lat. ou d'éléments gr. et qui, par dér. impropre, peuvent devenir des subst. de l'animé : ātrĭensis « de l'atrium...; subst., concierge, intendant » (Gaff.) castrensis « 1. relatif au camp, à l'armée... 2. relatif au Palais impérial... (d'où) castrensis, is, officier du Palais » (ibid.) piscīnensis « baigneur » (ibid.) portǔensis « d'un port..., en partic. du port du Tibre (près d'Ostie)... subst. masc. plur., habitants du port du Tibre » (ibid.) Le plus souvent, le suff. -ensis s'accole à des noms de ville pour former l'adj. ou le nom ethnique corresp. : burdegalensis, de Burdigala (auj. Bordeaux) (ibid.) carthāgĭnĭensis, de Carthage (Carthago, inis), carthaginois/carthāgĭnĭenses, les Carthaginois (ibid.) cŏrinthĭensis, de Corinthe (Corinthus), corinthien/cŏrinthĭenses, les Corinthiens (ibid.)
— En a. fr., le suff. -eis (-ois) < -ensis est entré dans la compos. des mots suiv. : bourgeois < *burgensis (Nyrop t. 3 1936, § 280), courtois < *curtensis (ibid.). Cf. infra hist.
2. Le suff. -ais et le suff. -ois issus du germ. -isk sont utilisés comme formateurs d'adj. et apparaissent sous les formes -iscus, -isca (au fém.) en lat. médiév. C'est le cas, en partic., pour les dér. qui désignent les habitants d'un pays. L'étymol. *francense pour français proposé par Hoefft (France, Franceis et Franc im Rolandsliede [Straßburg i. E., vgl. Litbl. 1891]) ou par Littré est irrecevable aux yeux de W. Foerster (Z. rom. Philol., t. 16, 1892, pp. 244-248) : les noms de pays suivis du suff. -ensis, attestés en lat. class. (Hispanĭensis, Hispanensis, d'Hispanie, Hispanien [Gaff.]) ne le sont plus en lat. tardif ou médiév. Il faut donc supposer *franciscus et *francisca d'autant plus que la forme fém. francesche est attestée dans un certain nombre de textes : Benoit, Chr. des Ducs de Norm., v. 9076; Ms. C du Comput (Phil. de Thaon), v. 796, 1096, 1212, 1372. Le masc. franceis pose un problème phonét. On attendrait régulièrement *francis. Franceis, françois est dû à l'anal. avec des mots comme courtois. L'homon., en a. fr., de -ois < -ensem et de -ois < -iscus provoqua la chute du fém. -esche < -isca au profit de -oise. Pour les noms d'habitants de villes ou de régions, il est souvent difficile de déterminer si l'étymon est un dér. en -ensem ou en -iscus. Rem. -ensem et -iscus ont donné régulièrement [wε] qui a abouti, d'une part à -ois ([wa]) et d'autre part à -ais par réduction de [wε] en [ε]. On note dans les départements du Finistère, du Nord et du Pas-de-Calais, dans ceux de l'Est (à part la Marne, l'Aube et la Seine-et-Marne), du Centre et du Sud-Est, que -ois est beaucoup plus empl. que -ais, tandis que -ais est plus empl. que -ois dans les autres départements (Wolf 1964).
B.— Vitalité et productivité
1. Vitalité. — La base est gén. identifiable, bien que le rad. ait parfois subi d'importantes transformations (cf. supra morphol.). Toutefois, certaines formes ne sont plus analysées en synchr. moderne : minois, dér. de mine du bret. min « bec, museau » (Dauzat 1964) patois, de patte, avec le suff. -ois ; « le radical exprimait le caractère grossier de ce langage » (ibid.) putois, de l'anc. adj. put « puant », du lat. pūtĭdus, de pūtēre (ibid.) tapinois (en), de la loc. en tapin, xiie s., var. anc. à tapin, de l'adj. tapin, « qui se dissimule », de tapi, part. passé (ibid.) Cf. aussi badaudois, subst. masc. « terme de plaisant., le monde des badauds, la gent badaude » (Littré)
2. Productivité
a) Av. 1789 : 1080 français (sous la forme franceis) 1138 anglais (sous la forme engleis) xiie danois xiiie albigeois xve gaulois 1552 albanais 1588 polonais xvie écossais xvie portugais xvie suédois 1610 chinois 1680 finlandais 1686 siamois xviie crétois fin xviie piémontais début xviiie finnois début xviiie irlandais av. 1713 gallois 1732 nivernais 1740 béarnais 1751 cingalais 1765 islandais 1765 sénégalais xviiie javanais
b) Apr. 1789 : 1827 tribordais 1839 dauphinois 1846 indochinois 1846 néerlandais 1846 soudanais 1852 bâbordais av. 1874 pékinois 1898 algérois mil. xixe landais fin xixe néo-zélandais vers 1900 congolais 1947 pakistanais xxe togolais Nyrop t. 3 1936 cite en outre basquais, new-yorkais (§ 166) et montmartrois, anversois, hambourgeois, pétersbourgeois, copenhaguois (§ 280). Certains mots existant en a. fr. ont disparu : aidois, adj. « qui aide, qui est favorable » (Gdf.) fontenois, adj. « de source, de fontaine » (ibid.) islois, isleis, subst. masc. « qui habite une île, insulaire » (ibid.) marbrois et marbrinois, adj. « de marbre » (ibid.)
— Noms de monnaie : mansais ou mansois, adj. masc. « denier et sol mansais, monnaie des seigneurs du Mans; substantivement, les mansais valaient un normand et demi (de là le proverbe connu) » (Littré) marchois « monnaie de La Marche » (Gdf., s.v. marchois 4) tournois, d'abord épithète de livre ou de denier ; du lat. tŭronensis, proprement « (monnaie) frappée à Tours » (Dauzat 1964)
— Noms d'idiomes (sans que la base soit un nom de lieu) : clerjois, clergois, clerkois, clerjais, subst. masc. « langage de clercs, des gens savants, latin » (Gdf.) vilenois, villenois, villennoie, subst. masc. « vilain »; « langage des vilains » (ibid.) Cf. aussi cailletois « langage des caillettes », cornillois « langage des corneilles », langage patelynois, langue chatoise (Nyrop t. 3 1936, § 280)
— Topon. (lang. rurale) : champois, campois, subst. masc. « champ » (Gdf.) marchois, subst. masc. « marais, marécage » (ibid., s.v. marchois 1) molois, subst. masc. « prairie humide » (ibid.) vimois, subst. masc. « oseraie, lieu planté d'osiers » (ibid.)
— Finales homophones : anchois, esp. anchoa (Nyrop t. 3 1936, § 279) antenais ou antenois, du lat. annotĭnus (devenu en Gaule *annoēnus) (Dauzat 1964) chamois, du b. lat. camox, -ōcis (ibid.) gravois, qui est pour gravoi (Nyrop t. 3 1936, § 279) hardois, subst. masc. plur. « chasse, petites branches que le cerf écorche avec son bois en frottant la tête; étymol. dérivé de hart » (Littré) iroquois, (déformation d'un mot indigène signifiant « vraies vipères ») (Rob.)
1. En lat., le suff. -ensis est un suff. ethnique, formant des dér. à partir de mots lat. ou d'éléments gr. et qui, par dér. impropre, peuvent devenir des subst. de l'animé : ātrĭensis « de l'atrium...; subst., concierge, intendant » (Gaff.) castrensis « 1. relatif au camp, à l'armée... 2. relatif au Palais impérial... (d'où) castrensis, is, officier du Palais » (ibid.) piscīnensis « baigneur » (ibid.) portǔensis « d'un port..., en partic. du port du Tibre (près d'Ostie)... subst. masc. plur., habitants du port du Tibre » (ibid.) Le plus souvent, le suff. -ensis s'accole à des noms de ville pour former l'adj. ou le nom ethnique corresp. : burdegalensis, de Burdigala (auj. Bordeaux) (ibid.) carthāgĭnĭensis, de Carthage (Carthago, inis), carthaginois/carthāgĭnĭenses, les Carthaginois (ibid.) cŏrinthĭensis, de Corinthe (Corinthus), corinthien/cŏrinthĭenses, les Corinthiens (ibid.)
— En a. fr., le suff. -eis (-ois) < -ensis est entré dans la compos. des mots suiv. : bourgeois < *burgensis (Nyrop t. 3 1936, § 280), courtois < *curtensis (ibid.). Cf. infra hist.
2. Le suff. -ais et le suff. -ois issus du germ. -isk sont utilisés comme formateurs d'adj. et apparaissent sous les formes -iscus, -isca (au fém.) en lat. médiév. C'est le cas, en partic., pour les dér. qui désignent les habitants d'un pays. L'étymol. *francense pour français proposé par Hoefft (France, Franceis et Franc im Rolandsliede [Straßburg i. E., vgl. Litbl. 1891]) ou par Littré est irrecevable aux yeux de W. Foerster (Z. rom. Philol., t. 16, 1892, pp. 244-248) : les noms de pays suivis du suff. -ensis, attestés en lat. class. (Hispanĭensis, Hispanensis, d'Hispanie, Hispanien [Gaff.]) ne le sont plus en lat. tardif ou médiév. Il faut donc supposer *franciscus et *francisca d'autant plus que la forme fém. francesche est attestée dans un certain nombre de textes : Benoit, Chr. des Ducs de Norm., v. 9076; Ms. C du Comput (Phil. de Thaon), v. 796, 1096, 1212, 1372. Le masc. franceis pose un problème phonét. On attendrait régulièrement *francis. Franceis, françois est dû à l'anal. avec des mots comme courtois. L'homon., en a. fr., de -ois < -ensem et de -ois < -iscus provoqua la chute du fém. -esche < -isca au profit de -oise. Pour les noms d'habitants de villes ou de régions, il est souvent difficile de déterminer si l'étymon est un dér. en -ensem ou en -iscus. Rem. -ensem et -iscus ont donné régulièrement [wε] qui a abouti, d'une part à -ois ([wa]) et d'autre part à -ais par réduction de [wε] en [ε]. On note dans les départements du Finistère, du Nord et du Pas-de-Calais, dans ceux de l'Est (à part la Marne, l'Aube et la Seine-et-Marne), du Centre et du Sud-Est, que -ois est beaucoup plus empl. que -ais, tandis que -ais est plus empl. que -ois dans les autres départements (Wolf 1964).
B.— Vitalité et productivité
1. Vitalité. — La base est gén. identifiable, bien que le rad. ait parfois subi d'importantes transformations (cf. supra morphol.). Toutefois, certaines formes ne sont plus analysées en synchr. moderne : minois, dér. de mine du bret. min « bec, museau » (Dauzat 1964) patois, de patte, avec le suff. -ois ; « le radical exprimait le caractère grossier de ce langage » (ibid.) putois, de l'anc. adj. put « puant », du lat. pūtĭdus, de pūtēre (ibid.) tapinois (en), de la loc. en tapin, xiie s., var. anc. à tapin, de l'adj. tapin, « qui se dissimule », de tapi, part. passé (ibid.) Cf. aussi badaudois, subst. masc. « terme de plaisant., le monde des badauds, la gent badaude » (Littré)
2. Productivité
a) Av. 1789 : 1080 français (sous la forme franceis) 1138 anglais (sous la forme engleis) xiie danois xiiie albigeois xve gaulois 1552 albanais 1588 polonais xvie écossais xvie portugais xvie suédois 1610 chinois 1680 finlandais 1686 siamois xviie crétois fin xviie piémontais début xviiie finnois début xviiie irlandais av. 1713 gallois 1732 nivernais 1740 béarnais 1751 cingalais 1765 islandais 1765 sénégalais xviiie javanais
b) Apr. 1789 : 1827 tribordais 1839 dauphinois 1846 indochinois 1846 néerlandais 1846 soudanais 1852 bâbordais av. 1874 pékinois 1898 algérois mil. xixe landais fin xixe néo-zélandais vers 1900 congolais 1947 pakistanais xxe togolais Nyrop t. 3 1936 cite en outre basquais, new-yorkais (§ 166) et montmartrois, anversois, hambourgeois, pétersbourgeois, copenhaguois (§ 280). Certains mots existant en a. fr. ont disparu : aidois, adj. « qui aide, qui est favorable » (Gdf.) fontenois, adj. « de source, de fontaine » (ibid.) islois, isleis, subst. masc. « qui habite une île, insulaire » (ibid.) marbrois et marbrinois, adj. « de marbre » (ibid.)
— Noms de monnaie : mansais ou mansois, adj. masc. « denier et sol mansais, monnaie des seigneurs du Mans; substantivement, les mansais valaient un normand et demi (de là le proverbe connu) » (Littré) marchois « monnaie de La Marche » (Gdf., s.v. marchois 4) tournois, d'abord épithète de livre ou de denier ; du lat. tŭronensis, proprement « (monnaie) frappée à Tours » (Dauzat 1964)
— Noms d'idiomes (sans que la base soit un nom de lieu) : clerjois, clergois, clerkois, clerjais, subst. masc. « langage de clercs, des gens savants, latin » (Gdf.) vilenois, villenois, villennoie, subst. masc. « vilain »; « langage des vilains » (ibid.) Cf. aussi cailletois « langage des caillettes », cornillois « langage des corneilles », langage patelynois, langue chatoise (Nyrop t. 3 1936, § 280)
— Topon. (lang. rurale) : champois, campois, subst. masc. « champ » (Gdf.) marchois, subst. masc. « marais, marécage » (ibid., s.v. marchois 1) molois, subst. masc. « prairie humide » (ibid.) vimois, subst. masc. « oseraie, lieu planté d'osiers » (ibid.)
— Finales homophones : anchois, esp. anchoa (Nyrop t. 3 1936, § 279) antenais ou antenois, du lat. annotĭnus (devenu en Gaule *annoēnus) (Dauzat 1964) chamois, du b. lat. camox, -ōcis (ibid.) gravois, qui est pour gravoi (Nyrop t. 3 1936, § 279) hardois, subst. masc. plur. « chasse, petites branches que le cerf écorche avec son bois en frottant la tête; étymol. dérivé de hart » (Littré) iroquois, (déformation d'un mot indigène signifiant « vraies vipères ») (Rob.)