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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
A.— Étymol. -eur1, anciennement -our, remonte au suff. de noms d'action lat., -or, -ōrem, issu d'anciens types de noms au thème en -s-. En latin, par rhotacisme, le s, en position intervocalique aux cas obliques, s'est changé en r, d'où l'alternance -ōs/-ōris, que l'on trouve dans quelques monosyllabes (cf. Ern. Morphol. 1953, pp. 25-29) : flōs, glōs, mōs, rōs et dans les masc. : clāmōs, colōs, honōs, labōs, lepōs, odōs, timōs et vapōs. Mais, sous l'influence des autres cas, un r s'est le plus souvent introduit au nominatif, et a entraîné l'abrègement de l'ō : arbōs, arbor/-ō. La finale -or/-ōris très répandue en lat. a contribué à la formation de nombreux noms d'action. Elle s'accolait gén. aux radicaux de verbes d'état en -eo et était accompagnée d'un adj. en -idus : rigor — rigeo — rigidus sapor — sapio — sapidus stupor — stupeo — stupidus valor — valeo — validus Un certain nombre de formations dérivent cependant d'autres types de verbes et sont accompagnées d'autres adj., correspondant à des verbes actifs, elles marquent alors l'action en train de se faire ou son résultat : amor < amāre clamor < clamāre error < errāre sudor < sudāre Quand l'adj., au lieu d'être lui-même un dér. comme le sont les adj. en -idus, a servi de base au verbe, il se peut que la langue y rattache directement le dér. en -or sans l'intermédiaire du verbe d'état correspondant. Ainsi albus est à la source de albeo dont on a tiré albor ; mais ce dernier a pu être rapproché de albus. De même dans :acer « aigre » aceo « être aigre » —acror « aigreur » lentus « lent » lenteo « se ralentir » —lentor « lenteur » macer « maigre » maceo « être maigre » —macor « maigreur » niger « noir » nigreo « être obscur » —nigror « noirceur » ruber « rouge » rubeo « être rouge » —rubor « rougeur » La correspondance régulière, par ailleurs, des adj. en -idus avec les couples verbe en -eo/subst. en -or a pu confirmer la langue dans cette tendance de telle sorte que certains subst. en -or ont été créés directement sur des adj. parallèlement aux formations abstr. en -itas, -itudo (bellus, bellitas, bellitudo) et qui ont servi de modèle à toutes les créations fr. en -eur : amaror, dulcor, curvor.
B.— Histoire
1. Productivité du suff. -eur1 était l'un des suff. les plus usuels en a. fr. (aspreur, baudour, brumour, fieror, folour, basseur, irour, tenebrour, tendreur, tristour, verour, vieilleur... ). Mais, à cause de la prolifération de formes synon. (lasseur, lassesse, lasseté, lassitude...) beaucoup de mots en -eur ont été éliminés, surtout au xviie siècle.
2. Le passage au genre fém. Les subst. en -or (-eur), masc. en lat., sont, gén., du genre fém. en fr. On trouve des traces de ce passage du masc. au fém. dans toutes les lang. romanes. R. de Dardel (cf. Bbg. infra) situe ce phénomène en « roman commun » d'autant plus qu'il a trouvé des attestations d'abstraits en -or féminins dans des textes bas-latins (« clamor orta », « tanta splendor », « ablata dolore »). S'il y a eu qq. hésitations en ital., en esp. et en port. qui ont souvent conservé le genre du lat., le fém. l'emporte en prov. et en roumain. Dès les premiers textes d'a. fr., on relève des formes en -or fém. : albor, amor, chalor, clamor, color, cremor, dolor, honor, olor, poor, rimur, splendur, suor, savor. Sont au masc. les empr. sav. comme : labor, odor, vigor, et parfois aussi : amor, ardor, color, honor, savor. R. de Dardel constate que l'apparition des masc. est assez tardive et l'explique par le mouvement humaniste. Au xvie s., en effet, on peut remarquer le retour vers le genre du lat. d'un bon nombre de mots en -eur : ardeur, couleur, erreur, honneur, horreur, humeur, odeur, rumeur, sueur, teneur. Ont gardé ce genre en fr. mod. : amour (qui est cependant fém. au plur. chez les poètes), honneur et labeur. Ce changement de genre semble avoir pour cause essentielle :
— le développement d'abstr. en -ura à côté des subst. en -or, et la confusion possible des deux formes : ardor/ardura, calor/ calura, fervor/fervura, rigor/rigura;
— l'action analogique des subst. abstr. fém. du lat. : -tas, -itia, -ia, -tio, -tudo.