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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
A.— Étymol. Le suff. -esse, anciennement -ece, remonte au suff. lat. -itia dont le développement phonét. régulier aurait dû donner la forme -eise, -oise, que l'on rencontre parfois en a. fr. (richeise, richoise, prooise). En effet le groupe -ty- précédé de voyelle aboutit régulièrement au son [z] et le y se combine avec la voyelle précédente : cf. prétiat > prieyze > prise, ratione > rayzon > raison. Pour expliquer le passage de mollitia à mollesse ou de laetitia à liesse, on suppose qu'une termin. *-ǐcia s'est substituée à -ǐtia, le groupe -ky- aboutissant régulièrement au son [s] : cf. facia > face.
B.— Hist. Ce suff. très productif en a. fr. (druece, genvrece, laidece, maigrece, radece, brutesse, planesse) a encore donné lieu à de nombreuses créations au xvie s. grâce aux empr. à l'ital. : délicatesse (1539) morbidesse (1580) politesse (1578) prestesse (fin xvie) scélératesse (xvie)
1. À partir du xvie s., beaucoup de mots en -esse ont été éliminés, plus souvent au profit de subst. en -té, -ité : agilesse/agilité, aspresse/aspreté, bellesse/beauté, duresse/dureté, fermesse/fermeté, humblesse/humilité, laschesse/lascheté, sobresse/sobriété, sourdesse/ sourdité, subtilesse/subtilité; cf. aussi lassesse/lassitude (cf. Hug. Mots disp. 1935, p. 119) et maigresse/maigreté, chichesse/chicheté qui ont tous disparu (Lew. 1960).
— Inversement, c'est -esse qui a triomphé de -ité (-eté) : délicatesse/délicateté richesse (xiie)/richeté sécheresse (1120)/sécheté
2. Le suff. -eur qui a remplacé -esse dans quelques cas où le subst. abstr. correspondait aux catégories sém. partic. à ce suff. : fadesse/fadeur hautesse/hauteur lourdesse/lourdeur maigresse/maigreur rondesse/rondeur
— Inversement, -esse l'a emporté sur -eur pour : bassesse (1120)/basseur tendresse (1319)/tendreur tristesse (1180)/tristeur vieillesse (1120)/vieilleur