A.— Étymol. L'étymol. la plus gén. admise (Nyrop t. 3 1936; Meyer-L. t. 2 1966) est celle qui fait remonter -erie à des noms de pers. en -ier auxquels on a ajouté le suff. -ie, p. ex. dans cheval-ier/chevalerie qui désigne « l'état du chevalier » ou tuil-ier/tuilerie « lieu où travaille le tuilier ». Mais chevalerie peut également désigner « l'ensemble des chevaux dont se sert le chevalier » et tuilerie « le lieu où sont fabriquées les tuiles », de telle sorte que la base paraît être : cheval et tuile ; d'où la formation d'un nouv. suff. -erie qui va peu à peu remplacer -ie : biscuiterie, toilerie.
— Il se peut d'autre part que les formations du type : charpentier, charpenterie, à côté de charpenter et gab, gaberie, à côté de gaber, aient entraîné p. anal. des formations en -erie à partir de verbes.
— D'autres grammairiens (Moldenhauer et Gamillscheg) considèrent que les formations primitives sont post-verbales, et que l'on a accolé -ie à des verbes en -(i)er : chanter/chanterie; piper/ piperie; tricher/tricherie. Baldinger 1950, p. 43, tout en reconnaissant que les dénominaux en -erie sont plus nombreux en a. fr. que les déverbaux, ne se prononce pas sur l'orig. de ce suff.
B.— Hist. Dès le xiie s., -erie est productif et concurrence -ie; au xvie s., -erie a totalement supplanté -ie.
1. -erie formateur de dér. à valeur péj. ou affective. Dès le xiie s. on a des dér. à partir de subst. ou d'adj. : bougrerie, drôlerie, fourberie, etc.; on trouve aussi des dér. à partir de verbes : boquelerie « chicane », chaplerie « massacre », desverie « folie », goderie « plaisanterie », etc. En m. fr., ils foisonnent. Pour les dér. formés à partir de subst. ou d'adj., Lew. 1960 donne pour les xve et xvie s. : belistrerie. « Art du belistre » besterie. « Bêtise » cafarderie. Synon. de bigoterie mincerie. « Pauvreté » ruderie. « Mauvais traitements »
— Pour les dér. (formés à partir d'un verbe) apparus en m. fr., Baldinger 1950, pp. 44-45, cite : babillerie, cajolerie, caqueterie, causerie, clocherie, criaillerie, crierie, croquetterie, écorniflerie, engorgerie, ergoterie, flânerie, gaubergerie, giberie, grognerie, gronderie, japperie, jaserie, joncherie, juperie, maugreerie, minauderie, picoterie, taquinerie.
2. -erie formant des dér. exprime l'activité, l'état, le lieu.
a) Le dér. exprime l'idée de fabrication.
— La base est un subst. : carderie (< cardier). « Métier de cardeur » chaussetterie. « Fabrication des chaussettes » cousturerie. « Métier de couturier » cuvellerie. « Métier de fabricant de cuves » forceterie. « Métier du forcetier » imagerie. « Art de l'imagier »
— La base est un verbe (les ex. sont relativement rares en a. et m. fr.) : aunerie. « Mesurage à l'aune » filerie. « Action de filer » grasserie. « Action d'engraisser une bête »
b) Le dér. désigne une dignité, un état : baronerie. « Dignité de baron » capitainerie. « Charge de commandant » censorerie. « Charge de censorier » chevalerie. « Ensemble des qualités chevaleresques » minerie. « Qualité de médecin »
c) Le dér. évoque l'idée de lieu où l'on fabrique : corderie et tuilerie.
— Le dér. désigne le lieu, sans idée de production. Cf. Baldinger 1950, p. 199 : audiencerie. « Lieu où l'on appelle et juge les causes » chefferie. « Bureau du commandement » justiserie. « Tribunal » prévosterie. « Tribunal du prévôt » recluserie. « Couvent » tavernerie. « Taverne »
3. -erie formateur de collectifs (cf. ibid., pp. 193-196).
a) Le dér. désigne l'ensemble des produits fabriqués ou vendus.
— La base est un subst. : blacterie (< blactier « marchand de blé »). « Les diverses espèces de blé » cousticerie (< cousticier « faiseur de matelas »). « Tout ce qui a rapport aux matelas » frenerie. « Objets fabriqués par le frenier » lormerie. « Objets fabriqués par le lormier »
— La base est un verbe : baterie. « Engins d'artillerie » croiserie. « Ouvrage de vannerie » cueillerie. « Ce qu'on récolte » diaprerie. « Action d'orner un travail » et « travail orné »
b) Le dér. est un collectif de l'animé. Il désigne :
— des hommes : ancesserie. « Ensemble des ancêtres » bachelerie. « Jeunesse guerrière » chenillerie. « Groupement de personnes dangereuses » escuierie. « Classe des écuyers » goujaterie. « Ensemble des valets d'armée » grosserie. « Ensemble des domestiques d'une maison »
— des animaux : chenerie. « Ensemble de chiens » gelinerie. « Poulailler » porchaillerie. « Troupe de porcs » vacherie. « Troupeau de vaches » volaillerie. « Ensemble des volailles »
— Il se peut d'autre part que les formations du type : charpentier, charpenterie, à côté de charpenter et gab, gaberie, à côté de gaber, aient entraîné p. anal. des formations en -erie à partir de verbes.
— D'autres grammairiens (Moldenhauer et Gamillscheg) considèrent que les formations primitives sont post-verbales, et que l'on a accolé -ie à des verbes en -(i)er : chanter/chanterie; piper/ piperie; tricher/tricherie. Baldinger 1950, p. 43, tout en reconnaissant que les dénominaux en -erie sont plus nombreux en a. fr. que les déverbaux, ne se prononce pas sur l'orig. de ce suff.
B.— Hist. Dès le xiie s., -erie est productif et concurrence -ie; au xvie s., -erie a totalement supplanté -ie.
1. -erie formateur de dér. à valeur péj. ou affective. Dès le xiie s. on a des dér. à partir de subst. ou d'adj. : bougrerie, drôlerie, fourberie, etc.; on trouve aussi des dér. à partir de verbes : boquelerie « chicane », chaplerie « massacre », desverie « folie », goderie « plaisanterie », etc. En m. fr., ils foisonnent. Pour les dér. formés à partir de subst. ou d'adj., Lew. 1960 donne pour les xve et xvie s. : belistrerie. « Art du belistre » besterie. « Bêtise » cafarderie. Synon. de bigoterie mincerie. « Pauvreté » ruderie. « Mauvais traitements »
— Pour les dér. (formés à partir d'un verbe) apparus en m. fr., Baldinger 1950, pp. 44-45, cite : babillerie, cajolerie, caqueterie, causerie, clocherie, criaillerie, crierie, croquetterie, écorniflerie, engorgerie, ergoterie, flânerie, gaubergerie, giberie, grognerie, gronderie, japperie, jaserie, joncherie, juperie, maugreerie, minauderie, picoterie, taquinerie.
2. -erie formant des dér. exprime l'activité, l'état, le lieu.
a) Le dér. exprime l'idée de fabrication.
— La base est un subst. : carderie (< cardier). « Métier de cardeur » chaussetterie. « Fabrication des chaussettes » cousturerie. « Métier de couturier » cuvellerie. « Métier de fabricant de cuves » forceterie. « Métier du forcetier » imagerie. « Art de l'imagier »
— La base est un verbe (les ex. sont relativement rares en a. et m. fr.) : aunerie. « Mesurage à l'aune » filerie. « Action de filer » grasserie. « Action d'engraisser une bête »
b) Le dér. désigne une dignité, un état : baronerie. « Dignité de baron » capitainerie. « Charge de commandant » censorerie. « Charge de censorier » chevalerie. « Ensemble des qualités chevaleresques » minerie. « Qualité de médecin »
c) Le dér. évoque l'idée de lieu où l'on fabrique : corderie et tuilerie.
— Le dér. désigne le lieu, sans idée de production. Cf. Baldinger 1950, p. 199 : audiencerie. « Lieu où l'on appelle et juge les causes » chefferie. « Bureau du commandement » justiserie. « Tribunal » prévosterie. « Tribunal du prévôt » recluserie. « Couvent » tavernerie. « Taverne »
3. -erie formateur de collectifs (cf. ibid., pp. 193-196).
a) Le dér. désigne l'ensemble des produits fabriqués ou vendus.
— La base est un subst. : blacterie (< blactier « marchand de blé »). « Les diverses espèces de blé » cousticerie (< cousticier « faiseur de matelas »). « Tout ce qui a rapport aux matelas » frenerie. « Objets fabriqués par le frenier » lormerie. « Objets fabriqués par le lormier »
— La base est un verbe : baterie. « Engins d'artillerie » croiserie. « Ouvrage de vannerie » cueillerie. « Ce qu'on récolte » diaprerie. « Action d'orner un travail » et « travail orné »
b) Le dér. est un collectif de l'animé. Il désigne :
— des hommes : ancesserie. « Ensemble des ancêtres » bachelerie. « Jeunesse guerrière » chenillerie. « Groupement de personnes dangereuses » escuierie. « Classe des écuyers » goujaterie. « Ensemble des valets d'armée » grosserie. « Ensemble des domestiques d'une maison »
— des animaux : chenerie. « Ensemble de chiens » gelinerie. « Poulailler » porchaillerie. « Troupe de porcs » vacherie. « Troupeau de vaches » volaillerie. « Ensemble des volailles »