A. — Le suff. -ier/-ière, attesté le plus fréq. dans les textes les plus anc. sous la forme -er, a une orig. composite.
1. Il remonte au suff. lat. -arius, -aria, -arium, et s'observe dans trois séries de formes :
a) De noms d'artisans ou de professions : argentier (1272 « banquier » < argentarius) bouvier (1119 < bovarius) chancelier (ca 1050 < cancellarius) charbonnier (fr. prov. charboner fin xiie s., pic. carbonnier ca 1230 < carbonarius) charpentier (1174-76 < carpentarius) chevalier (-er 1080, -ier 1130-40 < caballarius) écuyer (esquier 1080 < scutarius) héritier (ca 1131 < hereditarius) sorcier (ca 1130 < sorcerius < *sortiarius)
b) De subst. inanimés : acier (-er 1080, -ier ca 1200 < aciarium) bruyère (1140 < lat. pop. *brucaria) charnier (-er 1080 < carnarium) denier (-er 1080, -ier ca 1175 < denarium) fumier (-ier ca 1170 < *femarium) gésier (giser fin xiie s., -ier fin xiiie s. < gigerium) grenier (xiie s. < granarium) métier (menestier fin ixe s., mistier fin xe s. < ministerium) moutier (-ier fin xe s., -er 1080 < monasterium) ornière (ordiere fin xiie s. < lat. pop. *orbitaria) panier (ca 1170 < panarium) rivière (fin xiie s. < lat. pop. *riparia) sentier (-er 1080, -ier xiie s. < lat. pop. *semitarius) sommier (-er 1080, -ier ca 1155 < sagmarium) verger (-er 1080 < *viridiarium)
c) D'adj. (ou d'adj. substantivés) : février (xiie s. < bas lat. febrarius) janvier (xie s. < januarius) léger (-er 1080 < *leviarius) plénier (-er 1080, -ier mil. xiie s. < plenarius) premier (primer ca 980, premer 1080)
2. Il remonte au suff. lat. -aris, -are.
a) Dans des subst. désignant des pers. : bachelier (-er 1080, -ier 1260 < baccalaris) écolier (-er xiiie s., -ier 1206 < scholaris)
b) Des subst. désignant des inanimés : collier (-er xie s., -ier xiie s. < collare) pilier (-er fin xiie s., -ier ca 1155 < lat. pop. *pilare) soulier (-er 1080, -ier 1175 < subtelare)
c) Des adj. : particulier (-ere 1265, -ier 1275 < particularis) régulier (-er ca 1119, -ier début xive s. < regularis) singulier (-er 1140, -ier 1295 < singularis) Rem. V. aussi -aire1 et -aire2 .
B. — Histoire
1. Le suff. est très productif dès le plus anc. fr. Les dér. attestés dès la Chanson de Roland montrent déjà les principaux secteurs où la créativité du suff. s'est manifestée : les noms d'agents (guerrier, gonfanoner, messager, soldeier, tresorer); les noms d'arbres (eglanter, pommer), les adj. substantivés (boucler (escut-), destrer).
2. Le suff. -ier tend à l'emporter sur -er au xiie s. Il s'est réduit à -er lorsque, le rad. se termine par ch [ʃ], g [ʒ], l et n mouillés. D'après Fouché t. 3 1961, p. 735, cet [i] a commencé à s'amuïr dès la seconde moitié du xiie s. Au xvie s. il y a encore des résistances. Meigret (ds Thurot Prononc. t. 1 1881, p. 485) écrit en 1542 : « En chef, cher, danger (...) indubitablement nous prononçons la diphthongue ie (...). J'entens bien que l'ung et l'autre sont en usage; mais celuy qui est proferé par diphthongue est plus armonieux et plus usité ». L'orth. correspondant à la prononc. mod. ne s'imposera qu'au xviie s. Oudin (ds Thurot op. cit., p. 486) écrit en 1633 : « Nous n'escrivons plus estrangier, dangier, etc. mais estranger, danger et ainsi des autres ». Ac. 1694 adopte la graph. -er/-ére, modification qui concerne un grand nombre de mots. Ac. 1762 remplace l'accent aigu par l'accent grave (cf. R.E.N.A. Dict. hist. de l'orth. fr. par N. Catach, J. Golfand, O. Mettas, L. Pasques, Paris, CNRS-HESO, 1976, s.v. berger). Pour les exceptions en -ier, v. supra morphologie.
1. Il remonte au suff. lat. -arius, -aria, -arium, et s'observe dans trois séries de formes :
a) De noms d'artisans ou de professions : argentier (1272 « banquier » < argentarius) bouvier (1119 < bovarius) chancelier (ca 1050 < cancellarius) charbonnier (fr. prov. charboner fin xiie s., pic. carbonnier ca 1230 < carbonarius) charpentier (1174-76 < carpentarius) chevalier (-er 1080, -ier 1130-40 < caballarius) écuyer (esquier 1080 < scutarius) héritier (ca 1131 < hereditarius) sorcier (ca 1130 < sorcerius < *sortiarius)
b) De subst. inanimés : acier (-er 1080, -ier ca 1200 < aciarium) bruyère (1140 < lat. pop. *brucaria) charnier (-er 1080 < carnarium) denier (-er 1080, -ier ca 1175 < denarium) fumier (-ier ca 1170 < *femarium) gésier (giser fin xiie s., -ier fin xiiie s. < gigerium) grenier (xiie s. < granarium) métier (menestier fin ixe s., mistier fin xe s. < ministerium) moutier (-ier fin xe s., -er 1080 < monasterium) ornière (ordiere fin xiie s. < lat. pop. *orbitaria) panier (ca 1170 < panarium) rivière (fin xiie s. < lat. pop. *riparia) sentier (-er 1080, -ier xiie s. < lat. pop. *semitarius) sommier (-er 1080, -ier ca 1155 < sagmarium) verger (-er 1080 < *viridiarium)
c) D'adj. (ou d'adj. substantivés) : février (xiie s. < bas lat. febrarius) janvier (xie s. < januarius) léger (-er 1080 < *leviarius) plénier (-er 1080, -ier mil. xiie s. < plenarius) premier (primer ca 980, premer 1080)
2. Il remonte au suff. lat. -aris, -are.
a) Dans des subst. désignant des pers. : bachelier (-er 1080, -ier 1260 < baccalaris) écolier (-er xiiie s., -ier 1206 < scholaris)
b) Des subst. désignant des inanimés : collier (-er xie s., -ier xiie s. < collare) pilier (-er fin xiie s., -ier ca 1155 < lat. pop. *pilare) soulier (-er 1080, -ier 1175 < subtelare)
c) Des adj. : particulier (-ere 1265, -ier 1275 < particularis) régulier (-er ca 1119, -ier début xive s. < regularis) singulier (-er 1140, -ier 1295 < singularis) Rem. V. aussi -aire1 et -aire2 .
B. — Histoire
1. Le suff. est très productif dès le plus anc. fr. Les dér. attestés dès la Chanson de Roland montrent déjà les principaux secteurs où la créativité du suff. s'est manifestée : les noms d'agents (guerrier, gonfanoner, messager, soldeier, tresorer); les noms d'arbres (eglanter, pommer), les adj. substantivés (boucler (escut-), destrer).
2. Le suff. -ier tend à l'emporter sur -er au xiie s. Il s'est réduit à -er lorsque, le rad. se termine par ch [ʃ], g [ʒ], l et n mouillés. D'après Fouché t. 3 1961, p. 735, cet [i] a commencé à s'amuïr dès la seconde moitié du xiie s. Au xvie s. il y a encore des résistances. Meigret (ds Thurot Prononc. t. 1 1881, p. 485) écrit en 1542 : « En chef, cher, danger (...) indubitablement nous prononçons la diphthongue ie (...). J'entens bien que l'ung et l'autre sont en usage; mais celuy qui est proferé par diphthongue est plus armonieux et plus usité ». L'orth. correspondant à la prononc. mod. ne s'imposera qu'au xviie s. Oudin (ds Thurot op. cit., p. 486) écrit en 1633 : « Nous n'escrivons plus estrangier, dangier, etc. mais estranger, danger et ainsi des autres ». Ac. 1694 adopte la graph. -er/-ére, modification qui concerne un grand nombre de mots. Ac. 1762 remplace l'accent aigu par l'accent grave (cf. R.E.N.A. Dict. hist. de l'orth. fr. par N. Catach, J. Golfand, O. Mettas, L. Pasques, Paris, CNRS-HESO, 1976, s.v. berger). Pour les exceptions en -ier, v. supra morphologie.