A.— Étymol. — Dès les plus anc. textes, on relève des subst. d'action tirés de part. prés., formation héritée du latin -(antia). Type : douter/doutant/doutance, oïr/oiant/oiance... A. François, La Désinence -ance dans le vocabulaire français, 1939, p. 8, n° 3 relève ainsi dès la toute première période (xie et xiie s.) les mots suiv. qui ont survécu : abondance, accoutumance, alliance (alloiance), appartenance, arrogance, oïr/oiant/oiance... bienveillance, et malveillance, chance, concordance et discordance, connaissance (cunoisance), reconnaissance (reconuisance) et méconnaissance, contenance, convenance, créance, croissance, déchéance, défaillance, défiance, délivrance, enfance, espérance, ignorance, jouissance (joiance), naissance, outrecuidance, persévérance, puissance, quittance, repentance, souffrance, soutenance, substance, suffisance, vaillance, vengeance. « Il n'y a pas de doute que, malgré sa popularité, la formation mi-savante des mots en -ance, généralement abstraits, est l'œuvre des clercs, — clercs de toute espèce : ecclésiastiques, monastiques ou juristes. En témoignent la poésie et la prose. » (Id., ibid., p. 8). La vitalité du suff. est telle en a. fr., qu'il vient à s'accoler à des bases nominales. Ainsi pitié ou piété devient pitance ; vilté se change en viltance, vuitance, d'où aviltance. Plus tard apparaîtront bobance ou bombance (orig. incertaine). À partir du xiie s., les formes en -ance et en -ement se doublent presque constamment : allegement-allegeance, attendement-attendance, decevement-decevance, delivrement-delivrance, ennuiement-ennuiance, errement-errance, desheritement-desheritance, delaissement-delaissance, meprisement-meprisance, demontrement-demontrance, naissement-naissance, parlement-parlance, recouvrement-recouvrance, sevrement-sevrance, signifiement-signifiance, soutenement-soutenance, ven gement-vengeance... (Id., ibid., p. 12). C'est tantôt l'un, tantôt l'autre des 2 termes qui l'a emporté. En revanche dans les cas de doublets -ance/-tion, c'est gén. le second qui a survécu : cf. assignance-assignation, décevance-déception, dérogeance-dérogation, agravance-agravation, démonstrance-démonstration, obligeance-obligation, pourveance-provision, récréance-récréation, sevrance-séparation, signifiance-signification... (Id., ibid., p. 13). Le suff. sav. -tion a un prestige qui n'a pas son rival.
B.— Vitalité et productivité
1. Vitalité. — L'analyse est, en gén., facile, que la base soit
a) Un part. prés. à valeur adj. (adj. verbal) : attir (ant), -ance ; défaill (ant), -ance ; endur (ant), -ance ; exubér (ant), -ance ; ignor (ant), -ance ; méfi (ant), -ance ; persévér (ant), -ance ; prépondér (ant), -ance ; répugn (ant), -ance ; rutil (ant), -ance ; tempér (ant), -ance ; tolér (ant), -ance ; Rem. Au lieu du part. il s'agit parfois d'un adj. en -ent correspondant à un verbe : adhér (ent), -ence ; afflu (ent), -ence ; coïncid (ent), -ence ; différ (ent), -ence ; diverg (ent), -ence ; excell (ent), -ence ; équival (ent), -ence ; influ (ent), -ence ; néglig (ent), -ence.
b) Un adj.
— En -ant : arrogant, -ance ; bienfaisant, -ance ; clairvoyant, -ance ; élégant, -ance ; intransigeant, -ance ; pétulant, -ance ; vigilant, -ance ...
— En -ent : antécédent, -ence ; clément, -ence ; décent, -ence ; déficient, -ence ; indulgent, -ence ; insolent, -ence ; opulent, -ence ; patient, -ence ; véhément, -ence ; virulent, -ence.
c) Plus rarement un verbe (le part. prés. du verbe ayant une valeur proprement verbale) : accoutum (er), -ance ; délivr (er), -ance ; espér (er), -ance ; ordonn (er), -ance ; veng (er), -ance ...
— Except. pour les dér. en -ence : confér (er), -ence ; préfer (er), -ence. Rem.
1. On pourrait ajouter exig (er), -ence, exist (er), -ence si l'on considère que la graph. en -ant des adj. existant et exigeant les éloigne des subst. en -ence.
2. Le fr. mod. associe directement semence au verbe semer (malgré l'étymol. de semence < b. lat. sementia, plur. neutre de sementium, d'apr. le lat. class. sementis « semailles »).
d) Parfois un subst. : gérant, -ance ; intendant, -ance ; lieutenant, -ance ; président, -ence ; régent, -ence ; suppléant, -ance. Rem.
1. Suppléance pourrait aussi se rattacher aux formations du type c : supplé(er), -ance.
2. On a pu former un dér. en -ance sur vétéran en dépit de l'étymol. : veteranus d'apr. vetus, -eris.
e) La base est repérable grâce à une commutation de finales : conduct-ance/conduction, induct-ance/induction, lumin-ance/ lumineux (lumière), perdit-ance/perdition, self-induct-ance/self-induction. audi-ence/auditeur, (in)expéri-ence/expérimenter. ou à l'anal. avec un mot voisin : précellence-excellence. Dans un certain nombre de cas cependant, où le radical ne sert pas de base à d'autres dérivés et où par conséquent la finale n'est pas commutable, les mots ne sont pas directement sentis comme des dér.
— -ance : admittance, circonstance, clearance, créance, engeance, finance, garance, impédance, nuance, pitance, (contre-)performance, réluctance, remembrance, séance (cf. cep. sé-ant), substance, thermistance.
— -ence : abstinence (cf. cep. s'absten-ir), cadence, calorescence, carence, circonférence, crédence, déshérence (cf. cep. déshér-iter), désinence, essence, licence, obédience, potence, providence, quintessence, ramescence, résipiscence, sapience, science, sentence (cf. cep. sent-iment « jugement »), séquence, subsidence, virescence. Rem. La différence de sens entre preste et prestance exclut le rapprochement entre ces 2 mots; l'abstr. corresp. à preste est prestesse « agilité » (Rob.).
2. Productivité. — -ance connaît une période de déclin en fr. classique, et on ne relève aucun mot nouveau au xviie s. Mais il renaît dès le xviiie s., surtout « par la récupération des mots vieux ou en train de vieillir (...)''. Certains sont recommandés par Marmontel dans son Discours sur l'autorité de l'usage (1785) : allégeance, souvenance, par l'abbé Féraud dans son Dictionnaire critique (1786) : advertance, nuisance, remembrance, enfin par la cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie en 1798 (préparée par Marmontel) : accointance, accoutumance, malveillance, apercevance...« »(A. François, La Désinence -ance dans le vocabulaire français, 1939, p. 18). Dans la Néologie de S. Mercier (1801), on relève les mots nouv. suiv. (toujours d'apr. A. François) : ayance, conspirance, fécondance, garrulance, inconsistance, obligeance, provenance, raisonnance. Les formations les plus récentes appartiennent d'abord aux lang. techn. (délinquance, fréquence, interférence, efficience, équivalence, impédance, conductance, inductance, réactance, réluctance, brillance, radiance...) ou arg. (cuistance, roustance...).
B.— Vitalité et productivité
1. Vitalité. — L'analyse est, en gén., facile, que la base soit
a) Un part. prés. à valeur adj. (adj. verbal) : attir (ant), -ance ; défaill (ant), -ance ; endur (ant), -ance ; exubér (ant), -ance ; ignor (ant), -ance ; méfi (ant), -ance ; persévér (ant), -ance ; prépondér (ant), -ance ; répugn (ant), -ance ; rutil (ant), -ance ; tempér (ant), -ance ; tolér (ant), -ance ; Rem. Au lieu du part. il s'agit parfois d'un adj. en -ent correspondant à un verbe : adhér (ent), -ence ; afflu (ent), -ence ; coïncid (ent), -ence ; différ (ent), -ence ; diverg (ent), -ence ; excell (ent), -ence ; équival (ent), -ence ; influ (ent), -ence ; néglig (ent), -ence.
b) Un adj.
— En -ant : arrogant, -ance ; bienfaisant, -ance ; clairvoyant, -ance ; élégant, -ance ; intransigeant, -ance ; pétulant, -ance ; vigilant, -ance ...
— En -ent : antécédent, -ence ; clément, -ence ; décent, -ence ; déficient, -ence ; indulgent, -ence ; insolent, -ence ; opulent, -ence ; patient, -ence ; véhément, -ence ; virulent, -ence.
c) Plus rarement un verbe (le part. prés. du verbe ayant une valeur proprement verbale) : accoutum (er), -ance ; délivr (er), -ance ; espér (er), -ance ; ordonn (er), -ance ; veng (er), -ance ...
— Except. pour les dér. en -ence : confér (er), -ence ; préfer (er), -ence. Rem.
1. On pourrait ajouter exig (er), -ence, exist (er), -ence si l'on considère que la graph. en -ant des adj. existant et exigeant les éloigne des subst. en -ence.
2. Le fr. mod. associe directement semence au verbe semer (malgré l'étymol. de semence < b. lat. sementia, plur. neutre de sementium, d'apr. le lat. class. sementis « semailles »).
d) Parfois un subst. : gérant, -ance ; intendant, -ance ; lieutenant, -ance ; président, -ence ; régent, -ence ; suppléant, -ance. Rem.
1. Suppléance pourrait aussi se rattacher aux formations du type c : supplé(er), -ance.
2. On a pu former un dér. en -ance sur vétéran en dépit de l'étymol. : veteranus d'apr. vetus, -eris.
e) La base est repérable grâce à une commutation de finales : conduct-ance/conduction, induct-ance/induction, lumin-ance/ lumineux (lumière), perdit-ance/perdition, self-induct-ance/self-induction. audi-ence/auditeur, (in)expéri-ence/expérimenter. ou à l'anal. avec un mot voisin : précellence-excellence. Dans un certain nombre de cas cependant, où le radical ne sert pas de base à d'autres dérivés et où par conséquent la finale n'est pas commutable, les mots ne sont pas directement sentis comme des dér.
— -ance : admittance, circonstance, clearance, créance, engeance, finance, garance, impédance, nuance, pitance, (contre-)performance, réluctance, remembrance, séance (cf. cep. sé-ant), substance, thermistance.
— -ence : abstinence (cf. cep. s'absten-ir), cadence, calorescence, carence, circonférence, crédence, déshérence (cf. cep. déshér-iter), désinence, essence, licence, obédience, potence, providence, quintessence, ramescence, résipiscence, sapience, science, sentence (cf. cep. sent-iment « jugement »), séquence, subsidence, virescence. Rem. La différence de sens entre preste et prestance exclut le rapprochement entre ces 2 mots; l'abstr. corresp. à preste est prestesse « agilité » (Rob.).
2. Productivité. — -ance connaît une période de déclin en fr. classique, et on ne relève aucun mot nouveau au xviie s. Mais il renaît dès le xviiie s., surtout « par la récupération des mots vieux ou en train de vieillir (...)''. Certains sont recommandés par Marmontel dans son Discours sur l'autorité de l'usage (1785) : allégeance, souvenance, par l'abbé Féraud dans son Dictionnaire critique (1786) : advertance, nuisance, remembrance, enfin par la cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie en 1798 (préparée par Marmontel) : accointance, accoutumance, malveillance, apercevance...« »(A. François, La Désinence -ance dans le vocabulaire français, 1939, p. 18). Dans la Néologie de S. Mercier (1801), on relève les mots nouv. suiv. (toujours d'apr. A. François) : ayance, conspirance, fécondance, garrulance, inconsistance, obligeance, provenance, raisonnance. Les formations les plus récentes appartiennent d'abord aux lang. techn. (délinquance, fréquence, interférence, efficience, équivalence, impédance, conductance, inductance, réactance, réluctance, brillance, radiance...) ou arg. (cuistance, roustance...).