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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
I.— Étymol. — Dep. que Diez en a formulé l'hyp., les grammairiens (p. ex. Darm. 1877, p. 89, Nyrop t. 3 1936, p. 173, Rohlfs t. 3 1954, p. 319, Wolf 1964, pp. 66-67) s'accordent en gén. à faire remonter le suff. -ard à l'adj. all. hart « dur, fort » qui, pendant la période de l'a.h.all., est entré, comme 2e élément, dans la compos. de n. propres tels Adal-hart (fr. Alard), Bern-hart (fr. Bernard), Ger-hart (fr. Gérard), Regin-hart (fr. Renard), Rîc-hart (fr. Richard)... désignant des individus qui possèdent à un haut degré (hart) la caractéristique contenue dans le rad. (Adalhart « de grande noblesse »). Apr. les invasions germ., ces n. propres seraient passés en fr. et leur termin. se serait ensuite étendue aux n. communs, peut-être par l'intermédiaire de surnoms (du type le bastard) ou de n. propres devenus n. communs (type Renard, désignant le goupil dans le Roman de Renart).
II.— Histoire
A.— L'existence d'un suff. -ard à valeur augm., intensive, le plus souvent péj., formateur d'adj. se rapportant à l'homme, est très ancienne.
1. Adj. formés à partir de subst. concr. : bastard (1086 < lat. bastardus 1010), cuard (ca 1100 Chans. Rol. et var. en -art), gaillard (ibid.), paillard (1200), poupard (1200). Cf. aussi ds Gdf. : dentard, gifart, gueulard, jambart, moflart, narinart, pansart, têtart.
2. Adj. formés à partir d'un verbe : musard (1086), robart (1226), engignart (xiiie s.), grognard (xiiie s.), papelard (xiiie s.). Le suff. tend à s'accoler princ. à des rad. déjà péj. par eux-mêmes. Cf. aussi ds Gdf. : attrapart, grondart, hognart, jasart, louchart, rechignart, rouart, trichart. Cependant il s'accole aussi à des bases de valeur neutre. Cf. ds Gdf. : dormart, espérart, frétillart, lisart, mangeart, songeart. Rem. En a.fr. -ard est souvent proche de -eur : pendart a désigné au xive s. « le bourreau, celui qui pend » av. de prendre son sens actuel.
3. Dér. en -ard à partir d'adj.
a) -ard s'ajoute à une base adj. En a.fr. on note : vieillard (1155) intensif (?) de vieil. Jobard est beaucoup plus tardif (1547). Gdf. note aussi : lourdard, niart, sotart, et Hug. : finart. Rem. Noter aussi, au lieu de -âtre, ds Gdf. : blanchard et grisard.
b) -ard commute avec un suff. ou une finale adj. Le procédé est plus tardif : mignard (1418), camard (1534). En fr. mod., il est très productif.
B.— -ard, suff. de subst. désignant des animaux ou de subst. de l'inanimé.
1. Le dér. est formé directement sur un subst.; -ard a eu une valeur augm. La base désigne des choses concr.; -ard fonctionne comme les suff. servant à former des n. d'instruments et comme augm. : faucard (xiie s.), billard (1399 « bâton pour pousser les boules »), boîtard (1320), feuillard (xive s.), gueulard (1395), œillard (1554), etc. Rem. En a. et m.fr. le dér. a désigné — comme -at — le petit de l'animal désigné par la base : bichart (biche), cornillart (concurremment avec cornillat), louvard (concurremment avec louvat), piart (concurremment avec piat, sur pie). Sur ce modèle ont été formés caillard (1852), chevrillard (1740), pouillard (1875).
2. La base est un verbe : flambard (1285), pétard (1495), placard (1410).
3. Le subst. est formé à partir d'un adj. en -ard, disparu en fr. contemp. : grisard (1351), a.fr. grisard « grisâtre »; têtard (< a.fr. testart 1303 « têtu » puis « à grosse tête »); oreillard (xviie s.). Il semble que beccard (1540), brocard (1466, sur broque), daguard (xvie s.) et épaulard (Lar. 20e) ont été formés sur ce modèle. Parfois, on est en présence de 2 subst., l'un au masc., l'autre au fém. : cocarde (1530) et coquart (1883) < a.fr. coquard/-t gaillard (1753) et gaillarde (xve s.) < a.fr. gaillard « fort »; souillard (1842) et souillarde (1836) < a.fr. souillard « malpropre ».
4. -ard s'est substitué à un autre suff. ou à une finale.
— À -al : brancard (a.fr. brancal < prov. brancal), brassard (prov. brassal < ital. bracciale), poignard (a.fr. poignal < lat. pugnalis).
— À -on : brouillard « livre de compte », sur brouillon; milliard, sur million.
— À -as : brouillard, sur brouillas.
— À -at : brocard « tissu » (a.fr. brocat < ital. broccato); foulard < prov. foulat; cf. aussi supra 1 rem. : cornillart, louvard, piart.
III.— Étude des finales de -ard/-arde, -art/-arte
A.— Le mot est un subst. inv. en genre.
1. -ard [aʀ]. Le mot est un subst. masc.
a) -ard a pour orig. une finale en -ardu(m), -ardo.
— Animaux : chat-pard, guépard, léopard (< lat. pardus).
— Subst. de l'inanimé : dard (ca 1100 < lat. dardu(m)), lard (xiie s. < lat. lardu(m)), nard, xve s., d'abord narde (1213 < lat. nardu(m) genre fém.).
b) -ard est une adaptation de diverses finales, gén. en [ʀ].
— Personnes : boyard (1415 < russe boyar), hussard (1605 < all. Husar, du hongr. huszar), sagard « Dans les Vosges, scieur... » (1876 < all. Säger).
— Animaux : balbuzard (1676 < angl. baldbuzzard), homard (houmar 1532 < dan. hummer), isard (1387, d'un mot ibér.), lézard (a.fr. lazert < lat. lacertu).
— Subst. de l'inanimé : bézoard (bezar, 1314 < port. bezuar, mot d'orig. persane), blizzard (1888, mot amér.), bocard (1714, altération de bocambre < all. Pochhammer), boulevard (1327 boulever < m.néerl. bolwerc), fayard (fayan au xvie s., < lat. fageus), épinard (espinarde 1256; var. espinach, espinoch < esp. espinaca), hasard (xiie s. < ar. az-zahr), patard (pastar xvie s., mot prov. < esp. pastaca), ringard (1731 < all. Rengel).
c) Le mot est à l'orig. un n. propre :
— Animaux : renard.
— Subst. de l'inanimé : bénard, jacquard, pommard. Rem. Renard a un fém. renarde bien attesté.
d) Le mot est un déverbal : chambard, égard (< a.fr. esguarder), fard, regard. Rem. La finale des mots en -ard se prononce [aʀ] sauf pour steward [stiwaʀt], horse-guard [ɔʀsg(w)aʀd] et yard [jaʀd], mots anglais d'introd. relativement récente.
2. -arde [aʀd]. Le mot est un subst. fém.
a) -arde a pour orig. une finale en -arda, -ardo.
— Animaux : outarde (xive s. < lat. avis tarda).
— Subst. de l'inanimé : carde (xiiie s., prov. carda < lat. cardus), hallebarde (< ital. alabarda), guimbarde (1625 < prov. mod. guimbardo).
b) -arde est une adaptation de finales d'orig. francique : écharde (escherde, xiie s. < frq. *skarda), harde (herde, xiie s. < frq. *herda).
c) Le mot est à l'orig. un n. propre : bénarde, mansarde.
d) Le mot est un déverbal : garde, mégarde, sauvegarde. Rem. Qqs. subst. sont du genre masc. : barde (1512 < lat. médiév. bardus), garde (de garder) et les composés sav. en -carde tels que endocarde, myocarde.
3. -art [aʀ]. Le mot est un subst. de l'inanimé, gén. du genre masc.
a) -art a pour orig. un mot lat. : art (< ars, artis), essart (xiie s. < b.lat. exsartu(m)), quart (xive s. < quartu(m)).
b) -art est une adaptation de diverses finales : braquemart (1411, bragamas 1392, altération de bergamasco, ou plus prob. emprunt du néerl. breecmes « coutelas »), dog-cart (1858, mot angl.), épart ou épar (esparre 1175 < germ. sparro), hansart (xiiie s. < germ. hand seax), rohart (roal 1180 < anc. norrois hrosshval), standard (1817, mot angl.).
c) Le mot est à l'orig. un n. propre : savart.
d) Le mot est un déverbal : départ, écart, encart, rempart. Rem.
1. Deux subst. en -art sont du fém. : hart « lien » (xiie s. < frq. *hard « filasse ») et part (842, de suo parte); art jusqu'au xviie s. admettait l'un ou l'autre genre.
2. Les mots en -art se prononcent [aʀ], sauf fart (1907, mot norv.) qui se prononce tantôt [faʀ], tantôt [faʀt].
4. -arte [aʀt]. Le mot est un subst. fém. : carte, charte (< lat. charta), marte, var. de martre (frq. *marthor, cf. all. Marder), tarte (variante de tourte due à l'influence du lat. médiéval tartarum).
B.— Adj. variable en genre
— -ard . Ethniques : bragard, lombard, picard. . Autres adj. : blafard (xive s. < m.h.all. bleichwar), hagard (1398 < m.h.angl. hagger « sauvage »). Rem. Noter standard et sarde, adj. inv. en genre.
— -art : quart « quatrième » (ca 1100 < lat. quartus).