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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
A.— Étymologie
1. Remonte au lat. -lis (-lem), finale adj. attachée à un rad. subst. Selon la termin. du rad., -lis présente les formes suiv.
a) -īlis (subst. de 2e ou 3e déclinaison; cf. Lat. Gramm. t. 1 1926-28, § 188, 268) : cīvīlis < cīvis, is « de citoyen » hostīlis < hostis, is « de l'ennemi » pŭĕrīlis < pŭĕr, ĕri « enfantin, de l'enfance » > fr. puéril servīlis < servus, servi « d'esclave, qui appartient aux esclaves » > fr. servile (cf. -il/-ile)
b) -ulis (subst. de la 4e déclinaison) : currūlis < currŭs, ūs « de course » trĭbūlis < trĭbŭs, ūs « qui est de la même tribu »
c) -ēlis (subst. de la 5e déclinaison) : fĭdēlis > (fĭdēs, ei) « en qui l'on peut avoir confiance » fr. fidèle
d) -ālis (quelle que soit la déclinaison du mot de base) : annālis, ăquālis, brac(c)hĭālis, căpĭtālis, cŏmĭtĭālis, curĭālis, hospĭtālis, lătĕrālis, lībĕrālis, mortālis, nātālis, nāvālis, nuptĭālis, vernālis, vĭālis, virgĭnālis... Rem. Par dissimilation, apr. les rad. en -l, la finale -ālis devient -āris (cf. -aire) : angŭl-āris, căpŭl-āris, dĭōbŏl-āris, fămĭlĭ-āris, mīlĭt-āris, pĕcūlĭ-āris, pŏpŭl-āris... -el est la forme fr. du suff. sav. -al < (lat.) -alis. Les 2 suff. semblent avoir été très productifs à toutes les époques de la langue (Meyer-L. t. 2 1966, § 11).
2. Plusieurs adj. en -al remontent au lat. tardif ou médiév. (p. ex. quadriennal); d'autres ont été empruntés avec un sens attesté seulement à ces époques (p. ex. triennalis « qui dure trois ans » → « qui a lieu tous les trois ans »).
B.— Histoire
1. Formations pop. et formations sav.
a) Dans l'anc. lang., la forme sav. -al tend à remplacer -el même dans les dér. à rad. pop. : barr-al, besogn-al, cost-al, enfer(n)-al, fenestr-al, grev-al, hiver(n)-al, loy-al, lun-al, poign-al, princip-al, matin-al, roy-al. À côté de ces mots, subsistent les formations pop. en -el : charnel, mortel... Rem. Dans le mot journal, la substitution de -al à -el coïncide avec la substantivation de l'adj. (cf. aussi journellement).
b) L'emprunt au lat. (de toute époque) de mots en -al se pratique continuellement dep. le xie s. : buccal, cérébral, doctoral, essential, estival, guttural, historial, impérial, lacrymal, médicinal. Qq. empr. plus récents : brutal, capital, causal, central, diurnal, dorsal, fatal, frugal...
c) Pour des raisons phonét., voire graph., -iel (-tiel) devient une var. combinatoire de -al/-el : concurrenc(e)-iel, présidenc(e)-iel rattachés à concurrent, président ; d'où torrent > torrentiel.
d) Sur le modèle des formations lat. du type adj. + alis : aequus « égal »/aequalis « égal par l'âge, par la durée ». On trouve en fr. : assidu-el, continu-el, perpétu-el.
2. Formation de doublets en a. fr. — Il y a eu jusqu'au xviie s. (cf. Nyrop t. 3 1936, §. 303) dans beaucoup d'adj. et dans qq. subst. une certaine hésitation entre -al et le suff. pop. -el. À côté de personel, on trouve aussi la forme purement sav. personal, et, à côté de la forme pop. charnel, l'on peut trouver charnal. Cf. encore : champel/champal continuel/continual corporel/corporal cruel/crual « Le même auteur se sert souvent des deux formes sans distinction : dans le Tristan de Béroul, on trouve par exemple ostel/sel (v. 1297-98) et ostal/governal (v. 3581-82). » (Nyrop t. 3 1936, §. 303), et notamment à la rime.
3. Finales homophones et substitutions de finales dans certains subst.
a) -al est d'orig. analogique dans maréchal < vx fr. mareschalc, du germ. mar(a)hskalk et dans sénéchal < vx fr. seneschalc, du germ. siniskalk, dont les formes en -s (mareschaus, senechaus) coïncidaient avec celles des mots en -al. Il l'est également dans arsenal qu'on prononçait arsenac au xviiie s. (cf. Vaug. 1647, p. 474) < anc. vénitien arzana. Original est une altération de orignac, emprunté du basque oregnac (plur. de oregna « cerf »). -el est d'orig. analogique dans autel, dont la forme primitive est auter [< (lat.) altare], qui s'emploie encore au xiiie s.
b) On a hésité entre -al et -ar/-ard. Ainsi, on a dit bocar, locar au lieu de bocal, local, et inversement, brassal, calvial, réalgal au lieu de brassard, caviar, réalgar. De même, -ail dans corail, frontail, poitrail, portail a été sporadiquement remplacé par -al.
c) Il y a eu substitution de -ier à -el dans menestrel > mene(s)trier, et dans l'a. fr. plurel (< pluralis), qui devient plurer, plurier sous l'influence de singuler, singulier, et finalement pluriel à date plus récente, par rapprochement avec la forme lat. De -eau (< -ellu) à -el (< -ale) : frontel→fronteau De -eau (< -ellu) à -el, lui-même substitué à -ier (< -are) : lintier →lintel→linteau
d) Il y a alternance de -el et de -al (< -ale) dans a. fr. matinel à côté de matinal, puis substitution de -eux (eus < -ôsu) à -el, d'où matineux.
4. Productivité
a) La base est aisément analysable dans la plupart des dér.
— -al : catarrh-al, collég-ial, commerc-ial, cycloïd-al, rac-ial, rhomboïd-al, seigneur-ial, synod-al...
— -el : additionn-el, concurrent-iel, confident-iel, origin-el, passionn-el, possessionn-el...
b) Plus rarement, le suff. est commutable : canonial/canonique confédéral/confédération éternel/éternité fraternel/fraternité maternel/maternité paternel/paternité pluvial/pluvieux social/société spécial/spécifique, spécifier Rem. La forme et la fonction gramm. du suff. étant nettes, celui-ci permet l'analyse du dér., même quand le rad. de base n'existe pas sous la même forme, en dehors de ses dér. : abbatial, dominical, légal, local, monacal, vocal...
c) Productivité des suff. -el/-al. — « Les formations en -el ont connu un développement récent très important; la plupart des dérivés que nous avons relevés ont été enregistrés dans les divers dictionnaires après 1945. Ceci est confirmé par les aires d'extension du suffixe. » (Dub. Dér. 1962, p. 47). En effet, ces adj. intéressent surtout l'écon. pol. (préférentiel, prévisionnel, référentiel, sectoriel), la psychol. (démentiel, obsessionnel, réactionnel), les techn. récentes, comme la télév. (télévisuel) ou l'habitat mod. (résidentiel).
— « Au contraire de la formation en -el dont le développement est plus récent, le suffixe -al a connu une extension qui est moins sujette à des fluctuations brusques; les enregistrements des dérivés dans les revues et les dictionnaires s'échelonnent entre le début du siècle et 1961. » (Ibid., p. 48).
d) Choix entre les 2 suff. — « Lorsqu'il a le choix entre les deux suffixes -el et -al, le locuteur emploie actuellement de préférence celui en -el, dont l'extension est continue dans les sciences et les techniques; ceci est confirmé par l'absence des dérivés en -al pour les mots en -tion, par opposition avec le développement de la forme -(n)el. À la limite, les sujets parlants tendent à distinguer les dérivés (ex. idéel et idéal) encore qu'il soit impossible de parler de différenciation systématique. » (Ibid., pp. 48-49).