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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
A.— Étymol. — Le suff. -aie provient du suff. lat. -ēta, plur. de -ētum, dont il a gardé le sens : coudraie < lat. *colureta épinaie < lat. *spineta frênaie < lat. *fraxineta (Dauzat 1964) houssaie < lat. *huleta, frq. hulis ormaie < lat. *ulmeta oseraie < lat. *ausareta saussaie < lat. *saliceta Néanmoins, les dates d'apparition des dér. étant pour la plupart assez tardives, on ne saurait déterminer avec exactitude quels sont les mots issus directement du lat. et quelles sont les formations fr. Rem. En a. fr. on trouve aussi des formes avec -oi issu du lat. -ētum ; cette termin. masc. a été remplacée par -oie qui se retrouve dans charmoie, ormoie, et -aie (Nyrop t. 3, 1939, § 152). Cf. cependant les noms de lieux : Fontenoy, Aunay, Épernay.
B.— Vitalité et productivité
1. Vitalité. — L'analyse se fait aisément, la base étant toujours isolable.
2. Productivité. — Dès le xiie s., le suff. -aie est productif; actuellement il apparaît surtout sous la forme -eraie.
a) Av. 1789 : xiie coudraie xiie houssaie fin xiie oseraie 1211 chênaie 1280 frênaie (sous la forme fragnée) 1294 boulaie 1294 tremblaie xiiie saussaie xiiie pommeraie xiiie ormaie, ormoie 1328 saulaie (sous la forme soloie) 1360 futaie xive aunaie (sous la forme aunoie) fin xive cerisaie 1424 foutelaie fin xve peupleraie 1507 buissaie, buissière 1538 châtaigneraie xvie amandaie 1600 cannaie 1606 oliveraie 1607 palmeraie 1611 fougeraie 1636 pruneraie 1690 prunelaie 1690 roseraie 1775 platanaie xviiie hêtraie
b) Apr. 1789 : 1802 jonchaie 1812 noiseraie 1823 ronceraie 1870 rouvraie (que Rob. date de 1611 sous la forme rouvraye) 1873 pineraie 1928 bananeraie xxe joncheraie xxe fraiseraie xxe myrtaie xxe orangeraie Rem.
1. Sur charmoie ormoie, cf. supra rem. Rem.
2. « En ancien français, -aie se trouve parfois confondu avec -ée.  » (Nyrop t. 3 1936, § 153) : arbrée (ibid.), erbee (T.-L.), espinée (Nyrop t. 3 1936, § 153), olivée (ibid.), pomerée (ibid.), sapinée (ibid.). « En français moderne, il y a aussi tendance à mettre -ée pour -aie (P. Stapfer, Récréations grammaticales. p. 182). G. Flaubert écrit hêtrée dans le premier chapitre de Madame Bovary.  » (Nyrop t. 3 1936, § 153). Cf. aussi saulée, concurrent de saussaie et de saulaie. Rem.
3. Bon nombre de dér. attestés en a. fr. ont disparu : arbroie « lieu planté d'arbres » (Gdf.) herboie « herbe, pré, prairie, gazon » (ibid.) figueroie, remplacé par figuerie en fr. mod. jardineraie « ensemble de jardins » (T.-L.) milleraie « champ semé de millet » (Gdf.) concurrencé par miliere de même sens (ibid.) sapinoie, remplacé par sapinière (cf. au xvie s., une forme sapinnette)