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Étymologie du Trésor de la Langue Française (1960-1990)
A.— Étymol. — Le suff. -ade est emprunté à diverses lang. méridionales : l'esp. -ada, le prov. -ado, l'ital. -ata (lat. -ata provenant, d'abord, de la substantivation des part. de la 1re conjug., s'accolant ensuite à des bases non verbales et donnant, en fr., la forme pop. rég. -ée : entrée, montée, année, brassée, etc.). Au Moy. Âge, les mots en -ade sont des emprunts; ce n'est qu'à partir du xve s. que le suff. -ade s'accole à des verbes et à des subst. fr.
B.— Vitalité et productivité
1. Vitalité
— L'analyse se fait aisément dans un grand nombre de dér. en -ade ; la base est soit un verbe (accolade, bravade, dégringolade, dérobade, engueulade, reculade, rocade, etc.), soit un subst. (anguillade, arquebusade, aubade, bastonnade, bourgade, canonnade, colonnade, palissade, persillade, etc.), voire un adj. (rasade, torsade).
— Qqf., le suff. est commutable avec un autre suff. : cavalcade / cavalerie / cavalier croustade / croustillant pochade / pochoir / pochette Cf. aussi limonade / limonier (mais le mot limonier est peu connu) et supra la rem. sur la concurrence avec d'autres suff.
— Qqf., le sentiment de la dér. n'est pas vivant; c'est le cas, en partic., pour les mots d'empr. : algarade, cagade, chamade, pintade, etc.
2. Productivité. — Les mots d'empr. en -ade ont suscité dès le xve s. la création de dér. fr.
a) Av. 1789 : 1475 arquebusade (Dauzat 1964) 1493 œillade (ibid.) xve palissade (ibid.) xve ruade (ibid.) 1500 embrassade (ibid.) 1505 poivrade (ibid.) 1534 saccade (ibid.) 1552 canonnade (ibid.) 1552 oignonade (ibid.) 1556 glissade (ibid.) 1557 promenade (ibid.) 1564 griffade (ibid.) 1574 mousquetade (ibid.) 1578 cassonade (ibid.) 1578 rebuffade (ibid.) 1588 boutade (ibid.) mil. xvie pelade (ibid.) fin xvie bourrade (ibid.) fin xvie gasconnade (ibid.) fin xvie pantalonnade (ibid.) 1611 galopade (ibid.) 1611 reculade (ibid.) 1615 torsade (ibid.) 1622 roulade (ibid.) début xviie cotonnade (ibid.) début xviie grillade (ibid.) vers 1648 mazarinade (Pt Rob.) 1651 marinade (Dauzat 1964) 1653 turlupinade (ibid.) 1670 rasade (ibid.) 1690 persillade (ibid.) xviie tirade (ibid.) fin xviie jérémiade (ibid.) 1724 capucinade (ibid.) 1726 arlequinade (ibid.) début xviiie dragonnade (ibid.) 1740 colonnade (ibid.) (dès 1675 sous la forme colonnate) 1771 fusillade (ibid.) xviiie foucade (ibid.) (altération de fougade : fin xvie) etc.
b) Apr. 1789 : 1794 noyade (Dauzat 1964) 1796 baignade (ibid.) 1796 mitraillade (ibid.) 1827 dégringolade (ibid.) 1828 pochade (ibid.) début xixe rigolade (ibid.) 1846 chiffonnade (ibid.) 1846 engueulade (Pt Rob.) 1856 toquade (Dauzat) 1861 empoignade (ibid.) 1862 brimade (ibid.) 1863 appareillade (Pt Rob.) 1870 bousculade (Dauzat) 1872 lapalissade (ibid.) 1877 foirade (Pt Rob.) 1889 dérobade (ibid.) (à la dérobade : 1549) xixe défilade (Dauzat) fin xixe rocade (ibid.) fin xixe tartarinade (ibid.) xxe attrapade (Pt Rob.) (même sens que attrapage qu'il tend à remplacer) xxe dégoulinade (ibid.) xxe roucoulade (ibid.) etc. Le suff. reste productif. Néanmoins il forme actuell. beaucoup moins de dér. que dans le passé. Son emploi reste assez fréq. dans la lang. fam., voire arg. ou vulg. Nyrop t. 3 1936 cite à ce propos : cognade, couillonnade, folichonnade, gobichonnade, rebiffade, etc. « Le suffixe -ade est plus souvent employé aujourd'hui dans la langue familière que dans la langue littéraire. On peut le regretter, car il est clair, expressif et agréable à l'oreille. » (Hug. Mots disp. 1967).
C.— Finales homophones. alcade, subst. masc. « de l'esp. alcalde, empr. à l'ar. al-gādī, le juge » (Dauzat) alidade, subst. fém. « règle utilisée chez les marins, du lat. médiév. alidada, empr. à l'ar. al-idhāda, la règle » (ibid.) malade, adj. et subst. « du lat. male habitus, « qui se trouve en mauvais état »; a remplacé le lat. aeger » (ibid.) pastenade, subst. fém. mis pour pastenague, sorte de raie; « forme du nord de la langue d'oc » (ibid.) troubade, subst. masc., abréviation de troubadour « troupier, soldat » (Pt Rob.)