A.— Étymologie
1. Lat. -acea (lat. vulg. -acia) : bonace (1220) < bonacia (lat. pop.) fallace (xiiie) < fallacia « ruse, tromperie » filasse (1160) < filace < filacea < filum « fil » fouace (xiie) ou fougasse < focacea < focus
2. Lat. -ax/-acis :
a) contumace (subst. xiiie — adj. 1392) ou contumax « absent, défaillant en parlant de l'accusé » < contumax, contumacia donace ou donax < donax « petit mollusque » efficacité (1327) < efficace (1155) < efficax, -acis « qui produit de l'effet » fugacité (1827) < fugace (1550) < fugax, -acis < fugere « fuir » limace (1175) < limacia < limax, -acis « limace, colimaçon »
b) loquace (1764)/loquacité (1466) < loquax, loquacitas « bavardage » pugnace (1842)/pugnacité (1820) < pugnax, pugnacis < pugnare « combattre » sagace (1495)/sagacité (1444) < sagax, sagacitas « odorat subtil » salace (1555)/salacité (1560) < salax « lubrique », salacitas tenace (1501)/ténacité (1488) < tenax, tenacitas < tenere « tenir » vivace (1496)/vivacité (1488) < vivax, vivacitas « vitalité, vivacité » vorace (1603)/voracité (xive) < vorax, voracitas < vorare « dévorer » Rem.
1. Bonace « calme de la mer » < lat. pop. bonacia, sur malacia « calme de la mer » < gr. malakia, analysé en malus + acea et refait sur bonus à cause du sens. Cf. ital. bonaccia, prov. bonassa, même sens. Ce mot est empl. adjectivement : une mer bonasse « une mer calme ». D'où, peut-être sous l'influence de l'ital., caractère bonasse. Rem.
2. Substitution de suff. : caillasse < caillou — cf. cailloutis cocasse < coquard « coq » encore dans les pat. fougasse < fougade < ital. fogata grimace < grimmiche < grime milliasse < million rapace < rapal
— Etymol. douteuse : carcasse (1550) < charcois, carcois (?) jocasse (1775) « grosse grive » — peut-être du frq. jōc, juc « perchoir »
B.— Finales homophones
1. (Angl.) lovelace, palace, wallace
2. (All.) agasse, perlasse, potasse, védasse
3. (Provençal) bagasse/bagace (xvie) < prov. bagasse « prostituée » — cf. ital. bagascia, esp. bagase (tige de canne à sucre) patarasse (1687) < prov. patarasso < germ. paita « morceau d'étoffe » (Dauzat 1964) rascasse (1554 — Dauzat 1964) < prov. rascasso < rasco « teigne » (poisson à grosse tête hérissée d'épines)
4. (Italien) galéasse/galéace (1402 — Bl.-W.4 ) < ital. galeazza « grande galère » morasse (1845 — Bl.-W.4 ) terme de typogr., peut-être de l'ital. moraccio « noiraud » paillasse (subst. masc. XVIIIe — Dauzat) « bateleur » < ital. pagliaccio, personnage du théâtre ital. strasse (1690 — Dauzat) « bourre de soie » < ital. straccio « chiffon »
5. (Gr.) borasse (1830 — Ac.) < gr. borassos « dattes »
6. (Espagnol) calebasse (1555 — Bl.-W.4 ) < esp. calabaza (1542, calabasse) « fruit pouvant servir de récipient » mélasse (1664 — Bl.-W. melasche, 1508) < esp. melaza de mel « miel » pinasse (1461 — Bl.-W.4 ) < prob. esp. pinaza dér. de pino « pin » (embarcation à fond plat)
7. (Frq.) échasse (XIIe — Bl.-W.4 , Dauzat) au Moy. Âge eschace « jambe de bois, bâton » < frq. skakja, verbe skakan « courir vite » — cf. prov. escassa « béquille »
8. (Port.) sargasse (1604 — Bl.-W.4 ) < port. sargaço « variété de ciste et par ressemblance algue marine » < lat. salix, salicis « saule » Rem.
1. Pour qq. subst. on a hésité entre -as* et -asse/-ace : brouillas/brouillasse coutelas/coutelace dégueulas/dégueulasse populas/populace Doublets graph. (entre parenthèses les formes qui paraissent inusitées) : agace ou agasse (bagace) ou bagasse bonace ou bonasse (bonace est de préférence subst., l'adj. s'écrit bonasse) (culace) ou culasse (filace) ou filasse galéace ou galéasse (hommace) ou hommasse mollace ou mollasse (pinace) ou pinasse villace ou villasse (vinace) ou vinasse Rem.
2. Nyrop t. 3 1936 se demande par quelle voie on est arrivé à employer au masc. des adj. ayant la termin. fém. -asse (blondasse, bonasse, cocasse, fadasse, hommasse, laidasse, mollasse, savantasse, vx fr. mulace, riace), et pense qu'« il faut probablement supposer que les plus anciens de ces mots ne se sont employés d'abord qu'avec des substantifs féminins : la mer bonasse, une femme hommasse, et qu'ensuite la terminaison -asse s'est pour ainsi dire pétrifiée et a été étendue aussi au masculin : un garçon hommasse, un trait hommasse. » Il ajoute qu'« on pourrait peut-être aussi penser que des mots tels que hommasse, riace, ont été primitivement des substantifs féminins qu'on avait employés sans changement comme appositions : une hommasse — une femme hommasse — un garçon hommasse ; ce serait ainsi la même combinaison que dans une femme médecin. » Enfin il rappelle « qu'on a essayé de réagir contre l'emploi de -asse au masculin en créant une forme en -as (fadas et savantas sans doute à l'imitation des formes méridionales — cf. prov. sabentas) », que « Molière et La Bruyère se servent encore de savantas » et que « Le Larousse universel donne dégueulas à côté de dégueulasse » (Nyrop t. 3 1936, p. 101).
C.— Productivité. — Les créations nouv. ne sont pas très nombreuses (cf. Darm. 1877, p. 91 : « Je ne vois à citer que cocasse qui date de notre siècle »). On notera cependant : fouillasse dans le sens de « fouillis » fainéasse — cf. fainéant godasse < godillot jaunasse < jaune marmelasse — cf. marmelade ragougnasse < ragoût ragouillasse < ragoût vinasse 1836 (Dauzat 1964) pugnace 1842 (ibid.) brouillasse 1842 (ibid.) caillasse 1864 (ibid.) bourbasse < (Littré Suppl. 1877) bourdonnasse < (Littré Suppl. 1877) boutasse < (Littré Suppl. 1877) escargasse < (Littré Suppl. 1877) favasse < (Littré Suppl. 1877) grêlasse < (Littré Suppl. 1877) rubasse < (Littré Suppl. 1877) godasse 1881 (Bl.-W.4 .)
D.— Productivité du suffixe à différentes époques du fr. : — xiie s. : bécasse (Bl.-W.4 , Dauzat 1964); crevasse (ibid.) 1160 filasse (Dauzat) 1170 liasse, au sens de « faisceau » (Bl.-W.)
— xiiie s. : mulasse (ibid., Dauzat) 1250 paillasse (Bl.-W.4 , Dauzat) 1266 cuirasse (ibid.)
— xive s. : hommasse (ibid.); grimace (Bl.-W.4 ); molasse « grès tendre » (ibid.) 1368 gougasse (ibid., Dauzat)
— xve s. : lavasse « pluie » (Bl.-W.4 , Dauzat); brumasse (Dauzat) 1479 milliasse (Bl.-W.4 ) 1496 vivace (ibid.)
— xvie s. : 1501 tenace (ibid.) 1547 rosace (ibid.) 1549 coriace (ibid.) 1555 salace (ibid., Dauzat) 1555 populace (Bl.-W.4 ) 1578 chiasse (ibid.) 1581 culasse (écrit -ace) (ibid.) 1588 paperasse (ibid. ; 1553 — Dauzat)
— xviie s. : 1603 vorace (Bl.-W.4 ) 1646 savantasse (d'abord savantas) (ibid.) 1680 tignasse (ibid., Dauzat) 1680 traînasse (Bl.-W.4 )
— xviiie s. : 1700 blondasse (ibid.) 1726 fugace (ibid.) 1739 cocasse (Dauzat ; 1752 — Bl.-W.4 ) 1761 fadasse (Bl.-W.4 ) 1762 teignasse (ibid.) 1765 ferrasse (Dauzat) 1765 vinasse (cf, 1836) « vin à demi aigri » (Bl.-W.4 , Dauzat)
1. Lat. -acea (lat. vulg. -acia) : bonace (1220) < bonacia (lat. pop.) fallace (xiiie) < fallacia « ruse, tromperie » filasse (1160) < filace < filacea < filum « fil » fouace (xiie) ou fougasse < focacea < focus
2. Lat. -ax/-acis :
a) contumace (subst. xiiie — adj. 1392) ou contumax « absent, défaillant en parlant de l'accusé » < contumax, contumacia donace ou donax < donax « petit mollusque » efficacité (1327) < efficace (1155) < efficax, -acis « qui produit de l'effet » fugacité (1827) < fugace (1550) < fugax, -acis < fugere « fuir » limace (1175) < limacia < limax, -acis « limace, colimaçon »
b) loquace (1764)/loquacité (1466) < loquax, loquacitas « bavardage » pugnace (1842)/pugnacité (1820) < pugnax, pugnacis < pugnare « combattre » sagace (1495)/sagacité (1444) < sagax, sagacitas « odorat subtil » salace (1555)/salacité (1560) < salax « lubrique », salacitas tenace (1501)/ténacité (1488) < tenax, tenacitas < tenere « tenir » vivace (1496)/vivacité (1488) < vivax, vivacitas « vitalité, vivacité » vorace (1603)/voracité (xive) < vorax, voracitas < vorare « dévorer » Rem.
1. Bonace « calme de la mer » < lat. pop. bonacia, sur malacia « calme de la mer » < gr. malakia, analysé en malus + acea et refait sur bonus à cause du sens. Cf. ital. bonaccia, prov. bonassa, même sens. Ce mot est empl. adjectivement : une mer bonasse « une mer calme ». D'où, peut-être sous l'influence de l'ital., caractère bonasse. Rem.
2. Substitution de suff. : caillasse < caillou — cf. cailloutis cocasse < coquard « coq » encore dans les pat. fougasse < fougade < ital. fogata grimace < grimmiche < grime milliasse < million rapace < rapal
— Etymol. douteuse : carcasse (1550) < charcois, carcois (?) jocasse (1775) « grosse grive » — peut-être du frq. jōc, juc « perchoir »
B.— Finales homophones
1. (Angl.) lovelace, palace, wallace
2. (All.) agasse, perlasse, potasse, védasse
3. (Provençal) bagasse/bagace (xvie) < prov. bagasse « prostituée » — cf. ital. bagascia, esp. bagase (tige de canne à sucre) patarasse (1687) < prov. patarasso < germ. paita « morceau d'étoffe » (Dauzat 1964) rascasse (1554 — Dauzat 1964) < prov. rascasso < rasco « teigne » (poisson à grosse tête hérissée d'épines)
4. (Italien) galéasse/galéace (1402 — Bl.-W.4 ) < ital. galeazza « grande galère » morasse (1845 — Bl.-W.4 ) terme de typogr., peut-être de l'ital. moraccio « noiraud » paillasse (subst. masc. XVIIIe — Dauzat) « bateleur » < ital. pagliaccio, personnage du théâtre ital. strasse (1690 — Dauzat) « bourre de soie » < ital. straccio « chiffon »
5. (Gr.) borasse (1830 — Ac.) < gr. borassos « dattes »
6. (Espagnol) calebasse (1555 — Bl.-W.4 ) < esp. calabaza (1542, calabasse) « fruit pouvant servir de récipient » mélasse (1664 — Bl.-W. melasche, 1508) < esp. melaza de mel « miel » pinasse (1461 — Bl.-W.4 ) < prob. esp. pinaza dér. de pino « pin » (embarcation à fond plat)
7. (Frq.) échasse (XIIe — Bl.-W.4 , Dauzat) au Moy. Âge eschace « jambe de bois, bâton » < frq. skakja, verbe skakan « courir vite » — cf. prov. escassa « béquille »
8. (Port.) sargasse (1604 — Bl.-W.4 ) < port. sargaço « variété de ciste et par ressemblance algue marine » < lat. salix, salicis « saule » Rem.
1. Pour qq. subst. on a hésité entre -as* et -asse/-ace : brouillas/brouillasse coutelas/coutelace dégueulas/dégueulasse populas/populace Doublets graph. (entre parenthèses les formes qui paraissent inusitées) : agace ou agasse (bagace) ou bagasse bonace ou bonasse (bonace est de préférence subst., l'adj. s'écrit bonasse) (culace) ou culasse (filace) ou filasse galéace ou galéasse (hommace) ou hommasse mollace ou mollasse (pinace) ou pinasse villace ou villasse (vinace) ou vinasse Rem.
2. Nyrop t. 3 1936 se demande par quelle voie on est arrivé à employer au masc. des adj. ayant la termin. fém. -asse (blondasse, bonasse, cocasse, fadasse, hommasse, laidasse, mollasse, savantasse, vx fr. mulace, riace), et pense qu'« il faut probablement supposer que les plus anciens de ces mots ne se sont employés d'abord qu'avec des substantifs féminins : la mer bonasse, une femme hommasse, et qu'ensuite la terminaison -asse s'est pour ainsi dire pétrifiée et a été étendue aussi au masculin : un garçon hommasse, un trait hommasse. » Il ajoute qu'« on pourrait peut-être aussi penser que des mots tels que hommasse, riace, ont été primitivement des substantifs féminins qu'on avait employés sans changement comme appositions : une hommasse — une femme hommasse — un garçon hommasse ; ce serait ainsi la même combinaison que dans une femme médecin. » Enfin il rappelle « qu'on a essayé de réagir contre l'emploi de -asse au masculin en créant une forme en -as (fadas et savantas sans doute à l'imitation des formes méridionales — cf. prov. sabentas) », que « Molière et La Bruyère se servent encore de savantas » et que « Le Larousse universel donne dégueulas à côté de dégueulasse » (Nyrop t. 3 1936, p. 101).
C.— Productivité. — Les créations nouv. ne sont pas très nombreuses (cf. Darm. 1877, p. 91 : « Je ne vois à citer que cocasse qui date de notre siècle »). On notera cependant : fouillasse dans le sens de « fouillis » fainéasse — cf. fainéant godasse < godillot jaunasse < jaune marmelasse — cf. marmelade ragougnasse < ragoût ragouillasse < ragoût vinasse 1836 (Dauzat 1964) pugnace 1842 (ibid.) brouillasse 1842 (ibid.) caillasse 1864 (ibid.) bourbasse < (Littré Suppl. 1877) bourdonnasse < (Littré Suppl. 1877) boutasse < (Littré Suppl. 1877) escargasse < (Littré Suppl. 1877) favasse < (Littré Suppl. 1877) grêlasse < (Littré Suppl. 1877) rubasse < (Littré Suppl. 1877) godasse 1881 (Bl.-W.4 .)
D.— Productivité du suffixe à différentes époques du fr. : — xiie s. : bécasse (Bl.-W.4 , Dauzat 1964); crevasse (ibid.) 1160 filasse (Dauzat) 1170 liasse, au sens de « faisceau » (Bl.-W.)
— xiiie s. : mulasse (ibid., Dauzat) 1250 paillasse (Bl.-W.4 , Dauzat) 1266 cuirasse (ibid.)
— xive s. : hommasse (ibid.); grimace (Bl.-W.4 ); molasse « grès tendre » (ibid.) 1368 gougasse (ibid., Dauzat)
— xve s. : lavasse « pluie » (Bl.-W.4 , Dauzat); brumasse (Dauzat) 1479 milliasse (Bl.-W.4 ) 1496 vivace (ibid.)
— xvie s. : 1501 tenace (ibid.) 1547 rosace (ibid.) 1549 coriace (ibid.) 1555 salace (ibid., Dauzat) 1555 populace (Bl.-W.4 ) 1578 chiasse (ibid.) 1581 culasse (écrit -ace) (ibid.) 1588 paperasse (ibid. ; 1553 — Dauzat)
— xviie s. : 1603 vorace (Bl.-W.4 ) 1646 savantasse (d'abord savantas) (ibid.) 1680 tignasse (ibid., Dauzat) 1680 traînasse (Bl.-W.4 )
— xviiie s. : 1700 blondasse (ibid.) 1726 fugace (ibid.) 1739 cocasse (Dauzat ; 1752 — Bl.-W.4 ) 1761 fadasse (Bl.-W.4 ) 1762 teignasse (ibid.) 1765 ferrasse (Dauzat) 1765 vinasse (cf, 1836) « vin à demi aigri » (Bl.-W.4 , Dauzat)