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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

TRUBLE, TROUBLE3

substantif féminin
A. —PÊCHE. Petit filet de pêche en forme de poche, monté sur un cerceau, muni parfois d'un manche, et qu'utilisent aussi les pisciculteurs pour retirer les poissons des viviers. Truble à crevettes; truble de pisciculteur; pêcher à la truble. À l'île de Ré, les femmes et les filles pêchent, entre les roches et dans les herbiers, de grosses chevrettes avec une espèce de truble qu'elles nomment treille ou trulot (Baudr., Pêches, 1827). On y voyait aussi, contre la porte de la grange, une grande trouble à pêcher (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 45).
B. —Vieilli. Filet à papillons. C'était un de ces beaux phalènes qui, le soir, au dernier crépuscule, s'élancent de fleur en fleur et qu'enfant avec ma « trouble » à papillons je n'arrivais pas à saisir (Barrès, Cahiers, t. 7, 1908, p. 64).
Remarques

Troubleau

substantif masculin
Petit truble. [L'outillage] de mon fils est plus considérable; c'est d'abord un troubleau, sorte de sac en forte toile, monté sur un cercle de fer et armé d'un manche très-résistant, car cet instrument fait un rude travail (Sand, Impress. et souv., 1873, p. 350).
Prononciation et orthographe
[tʀybI̥], [tʀubI̥]. Ac. 1718: trouble ; 1762, 1798: truble ; dep. 1835: trouble ou truble (id. ds Littré (truble est « meilleur »)), Lar. Lang. fr., Rob. 1985. Selon Littré et Rob. 1985: « Ce mot est parfois employé à tort au masculin ».
Étymologie et histoire
1. 1160-74 plur. trubles « sorte de pelle » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, II, 3540), répandu dans les dial. norm. comme subst. masc. (FEW t. 13, 2, p. 342b);
2. « filet à poissons [sorte d'épuisette emmanchée à une perche] »
a) 1260 plur. trubles (Etienne Boileau, Métiers, éd. G. B. Depping, p. 262);
b) xiiie -xive s. masc. sing. pescheir au truble fig. « ne rien faire d'utile » [cette pêche ne rapportant que peu, v. G. Tilander, Lex. Renart, 1924, s.v. loche] (Renart, éd. E. Martin, XIV, 450, leçon ms. C, t. 3, p. 520);
c) 1269-78 fém. sing. prendre a la trible (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 13974); 1298, sept. pescier a la truvle (Chartes de Joinville, éd. N. de Wailly ds Bibl. Éc. Chartes, 6e série, t. 3, 1867, p. 597); 1704 trouble (Trév.). Truble, de genre masc. ou fém., est prob. issu du gr. de Marseille τρύβλιον subst. neutre, et τρύβλη fém. « bol, écuelle, assiette ». Le lat. trublium « id. » (empr. au gr.) ne peut en effet expliquer le vocalisme du fr.; en revanche, le caractère du mot fr. (techn. du pressoir, de la pêche) est tout à fait compatible avec l'hyp. d'un empr. dir. au gr. Du point de vue phonét., le traitement du gr. μύρτον « myrte » passé dans l'a. prov. murta (FEW t. 6, 2, p. 316b) postulant un ū, permet de déduire que le gr. [υ], long ou bref, passant dans le domaine gallo-rom., a connu la même évol. que le lat. ū. La forme a. fr. trible peut s'expliquer à partir de truble p. dissim. entre ü et la cons. labiale suiv. La forme trouble (cf. trubleau, troubleau), peut-être p. infl. de troubler*; FEW t. 13, 2, p. 343a et b.