SPLEEN
substantif masculin• Par personnification.[Avec une majuscule] Dans ces grands parcs anglais peuplés d'arbres stériles, Où le Spleen au front pâle, à l'œil morne, au pas lent, De vapeurs obsédé, se promène en bâillant (, Œuvres, Maison rustique t. 1, 1821, p. 225).
— P. méton.
• Manifestation de cet état affectif. Le spleen, s'est-elle dit [la foule des poètes], plaît à la nation: Faisons-lui donc du spleen, de la consomption (, Crâneries, 1842, p. 158).
Spleen de qqc. Il faut que je te voye cinq à six jours. Je sens venir le dégoût de tout, qui est le spleen de l'amour (, Lettres Étr., t. 3, 1846, p. 347).
• Caractère, aspect de ce qui inspire un tel état. L'artiste est donc venu, qui aura rendu la mélancolique grandeur des sites anémiques couchés sous l'infini des ciels; voici donc enfin exprimée cette note poignante du spleen des paysages, des plaintives délices de nos banlieues! (, Art mod., 1883, p. 117).
Remarques
Spleenuosité
substantif fémininPrononciation et orthographe
[splin]. Éventuellement voy. longue comme en angl. Att. ds Ac. dep. 1798.
Étymologie et histoire
1745 spleen subst. masc. (J.-B. Leblanc, Lettres d'un François, t. 1, p. 118); 1748 spleen subst. fém. (I. de Yonge, Comtesse de Denbigh, in Hist. mss. Commission, Report on the mss of the Earl of Denbigh, 5, 167 ds Quem. DDL t. 25); 1750 (Prév., s.v. splenique : la maladie particulière aux Anglois, que nous nommons Spline d'après eux. Ils écrivent Spléen); 1760 spline subst. masc. (Diderot, Lettres à Sophie Volland, p. 167); 1763 spleen subst. masc. (Favart, Angl. à Bordeaux, VIII ds Bonn., p. 140). Empr. à l'angl. spleen, terme désignant la rate, att. dep. le xive s., puis spéc. la rate en tant que siège de la mélancolie, d'où son empl. pour désigner des manifestations excessives de l'humeur, et en partic., dep. la fin du xviie s. un état dépressif, la mélancolie ou une morosité maladive (v. NED). Spleen est issu directement, ou par l'intermédiaire de l'a. fr. esplen (fin xiiie s., G. de Bibbesworth, Traité, éd. A. Owen, 159), du lat. d'époque impériale splen, -is empr. au gr. σπλήν « rate » concurremment au lat. class. lien, -enis désignant cet organe considéré comme le siège des humeurs.
Statistiques
Fréq. abs. littér.: 182.
Bibliographie
Gohin 1903, p. 330. - Pohl (J.). Contribution à l'hist. de qq. mots. Arch. St. n. Spr. 1969, t. 205, p. 372.