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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

SOLÉCISME

substantif masculin
A. —GRAMM. Faute contre la syntaxe au regard de la grammaire ou de l'usage jugé correct à une époque donnée. Solécisme grossier. Le thème de concours de Charles est très bien, mais il a malheureusement fait deux solécismes (Hugo, Corresp., 1839, p. 562). Ce lettré qui avait accompagné de son éloquence châtiée et mélancolique tant de cadavres obscurs, n'eut sur sa tombe que la harangue pleine de solécismes d'un maire bègue et libre penseur (Arnoux, Écoute, 1923, p. 208). V. barbarisme ex. 1 et 3, bistourné ex. de Baudelaire.
— P. méton. Mot fautif lui-même. Ce mot nous, dans l'Église catholique, est un solécisme, s'il ne se rapporte à tous (J. de Maistre, Pape, 1819, p. 81).
B. —P. ext.[Souvent suivi d'un adj. ou d'un compl. prép. de] Faute contre la règle, la norme, dans quelque domaine que ce soit. Elle remarque (...) dans les petites circonstances quotidiennes de la vie commune, de légers solécismes de goût (...) qui dénoncent chez le pauvre grand artiste les lacunes (...) de l'éducation première (Feuillet, Honn. d'artiste, 1890, pp. 199-200). Une revue littéraire, dans une chronique de quatre pages, avait salué « la beauté térébrante [sic] de ce génial solécisme artistique » (Aymé, Travelingue, 1941, p. 44).
Prononciation et orthographe
[sɔlesisb̭]. Ac. 1694, 1718: solecisme ; dep. 1740: -lé-.
Étymologie et histoire
1. 1265 gramm. solercisme (Brunet Latin, Trésor, I, 4, éd. F.-J. Carmody, p. 21); ca 1370 solöecisme (J. Le Fevre, Lamentations Matheolus, Leesce, I, 1089 ds T.-L.);
2. 1546 fig. id. (Rabelais, Tiers Livre, 11, éd. M. A. Screech, p. 89). Empr. au lat. soloecismus, empr. au gr. σολοικισμός « faute contre les règles du langage », dér. de σολοικίζω « manquer aux règles du langage », dér. de σόλοικος « qui fait des fautes en parlant », du nom d'une colonie d'Athéniens établis à Soles en Cilicie qui parlaient un mauvais patois.
Statistiques
Fréq. abs. littér.: 38.
Dérivés

Soléciser

verbe intransitif
[Corresp. à supra A] Faire des solécismes. Croyez que je ne m'exagère pas le mérite d'une phrase bien faite (...); un galant homme peut fort bien soléciser (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 5, 1863, p. 376). — [sɔlesize]. — 1re attest. 1548 soloeciser (Rabelais, Quart livre, Prologue, éd. R. Marichal, p. 24); de solécisme, d'apr. le gr. σολοικίζω « manquer aux règles du langage », suff. -iser*.
Bibliographie
— Gohin 1903, p. 280 (s.v. soléciser).