RENCARD, RENCART,
substantif masculinA. — Renseignement confidentiel. D'après les rancarts le type est seulabre [seul] (, Razzia, 1954, p. 39). Donner tous les rencards (Esn. 1966). Faire un rancart. Procurer un renseignement confidentiel (d'apr. Esn. 1966). Filer un rencard (Cellard-Rey 1980). V. condé ex. 5.
B. —Pop. Rendez-vous. Avoir (un) rencart (avec qqn), donner un rencart; être en retard pour un rencart. La Gestapo exige que Mathilde rembobine le rencard avec Carac manqué par sa faute: ce sera l'occasion d'un guet-apens (, Drôle de jeu, 1945, p. 218). Et il lui file un rancart pour l'apéritif à la brasserie du Sphéroide (, Zazie, 1959, p. 166).
• Être au rencard. Être au rendez-vous. Toute la Cour était au rencard pour la noce à Dagobuche (, Douze récits hist., 1947, p. 2).
— « Rendez-vous confidentiel » (Esn. 1966). J'ai rencard avec lui, où qu'tu sais (Esn., 1966). Je fus prévenu par un libéré (...) de me rendre à la grille de l'hoste où un fagot (...) voulait me jacter. — Je me rendis à ce rancard (, Mém., Cavale, 1929-34, dép. par G. Esnault 1953 p. 1).
Prononciation et orthographe
[ʀɑ̃ka:ʀ]. Homon. rancart. Lar. Lang. fr. : rancard, rencard pour A et B; Rob. 1985: A rancard ou rancart « on écrit aussi rencard », rancart (Esn., loc. cit.); B rancard ou rancart « on écrit parfois rencard ou rencart », rancart (Queneau, loc. cit.). Prop. Catach-Golf. Orth. Lexicogr. 1971, p. 213: rencart (rendez-vous), rencard (renseignement).
Étymologie et histoire
I. 1889 faire un rancart « donner un renseignement confidentiel » (Barrère, Argot and slang ds Fr. mod. t. 22, p. 143).
II. 1898 « rendez-vous » (d'apr. Esn.). I mot d'orig. incertaine. Peut-être déverbal altéré, sous l'infl. de renseigner* et de (mettre au) rancart*, de racorder « instruire » (1842 d'apr. Esn.), var. de recorder, att. en a. fr. aux sens de « se souvenir de » (ca 1050 sei recorder, Alexis, éd. Chr. Storey, 546) et de « raconter, rapporter » (1160-74, Rou, éd. A. J. Holden, II, 1957). Recorder représente le lat. recordari « se souvenir de » (Esn. ; Cellard-Rey 1980). Il n'est pas impossible que faire un rancart soit à rapprocher de l'anc. expr. du vocab. jur. faire un recort « faire une enquête testimoniale, dresser un procès-verbal » (ca 1260, Livre de Jostice et de plet, éd. Rapetti, p. 62), formée de faire* et de recort, déverbal de recorder, encore att. au sens de « attestation, témoignage » ds Cotgr. 1611 et Trév. 1771 (FEW t. 10, p. 160b; T.-L.; Gdf.). II mot d'orig. incertaine. Peut-être abrègement et altér., sous l'infl. du précédent, de rencontre* ou plus vraisemblablement, déverbal de rencarrer « rentrer chez soi ou dans un lieu sûr après un coup » (1897, Bruant, Chansons et monologues ds Esn., s.v. encarrer), lui-même dér. de encarrer « entrer », dér. de carre « coin » (Esn. ; Cellard-Rey 1980).
II. 1898 « rendez-vous » (d'apr. Esn.). I mot d'orig. incertaine. Peut-être déverbal altéré, sous l'infl. de renseigner* et de (mettre au) rancart*, de racorder « instruire » (1842 d'apr. Esn.), var. de recorder, att. en a. fr. aux sens de « se souvenir de » (ca 1050 sei recorder, Alexis, éd. Chr. Storey, 546) et de « raconter, rapporter » (1160-74, Rou, éd. A. J. Holden, II, 1957). Recorder représente le lat. recordari « se souvenir de » (Esn. ; Cellard-Rey 1980). Il n'est pas impossible que faire un rancart soit à rapprocher de l'anc. expr. du vocab. jur. faire un recort « faire une enquête testimoniale, dresser un procès-verbal » (ca 1260, Livre de Jostice et de plet, éd. Rapetti, p. 62), formée de faire* et de recort, déverbal de recorder, encore att. au sens de « attestation, témoignage » ds Cotgr. 1611 et Trév. 1771 (FEW t. 10, p. 160b; T.-L.; Gdf.). II mot d'orig. incertaine. Peut-être abrègement et altér., sous l'infl. du précédent, de rencontre* ou plus vraisemblablement, déverbal de rencarrer « rentrer chez soi ou dans un lieu sûr après un coup » (1897, Bruant, Chansons et monologues ds Esn., s.v. encarrer), lui-même dér. de encarrer « entrer », dér. de carre « coin » (Esn. ; Cellard-Rey 1980).
Dérivés
Rencarder
verbe transitif2.Rare. « Gratifier d'un rendez-vous » (Bruant 1901 ds Esn. 1966, s.v. rencard1).
Bibliographie
— Chautard Vie étrange Argot 1931, p. 665.