RECOUPER
verbe transitifA. —
1.Qqn/qqc. recoupe qqc. Couper de nouveau un corps continu ou une ligne. Il est utile, lorsqu'on veut les consommer, de recouper le trognon [des choux-fleurs] et de les mettre tremper dans l'eau pendant un jour (, Potager mod., 1863, p. 716). Si (...) la pression tend à écraser le plafond [de la galerie de mine], on doit recouper ce faîte (, Exploitation mines, 1905, p. 633).
— Empl. pronom. réfl. indir. Et le silence recommença, infini, tandis que, machinalement, il se recoupait du pain, mangeant toujours (, Débâcle, 1892, p. 163).
— Spécialement
• COUT. Donner une coupe nouvelle et différente à (un vêtement). Ce vêtement avait été mal coupé, il a fallu le recouper (Ac., 1835-1935). P. métaph. Les deux vêtements de confection dont notre entendement dispose, mécanisme et finalité (...) ne vont ni l'un ni l'autre, mais (...) l'un des deux pourrait être recoupé, recousu, et, sous cette nouvelle forme, aller moins mal que l'autre (, Évol. créatr., 1907, p. XI).
• JEUX DE CARTES. Couper une seconde fois le paquet de cartes. Empl. abs. Aux jeux de cartes, lorsqu'on n'a pas coupé net il faut recouper (Ac., 1835-1935).
2.ŒNOL. Recouper des vins. Mélanger deux ou plusieurs vins d'origine et de qualité différentes. M. P.-K. Hartmann recoupait, pour sa clientèle anglaise, des vins parfaits sur la base d'Ay qui donne la force, Cramant la mousse, Verzenay le bouquet (, Champagne, 1909, p. 146).
B. —
1. Croiser, franchir quelque chose.
a)Qqc. recoupe qqc.[Dans un cont. métaph.] Et certes, Proust demeure aussi vivant à mes yeux que beaucoup de ceux qui lui ont survécu, — aussi vivant que Jean Cocteau dont la route recoupe la mienne à de longs intervalles (, Écrits intimes, Du côté de chez Proust, 1947, p. 207).
— Empl. pronom. réciproque. Les rues parallèles ou obliques dessinent, en se recoupant, des surfaces carrées ou rectangulaires, en trapèzes ou en triangles (, Charte Ath., 1957, p. 21).
b)Qqn recoupe qqc. Nous recoupons la piste d'un grand mâle (, Du monde entier, Chasse à l'éléphant, 1924, p. 160).
c)MIROIT. Croiser les traces du polissoir sur la surface d'une glace. (Dict. xixe et xxe s.).
2.Au fig.
a)Qqc. recoupe qqc. Avoir des points communs, des zones de convergences, avoir une intersection avec quelque chose. Synon. coïncider, converger; anton. diverger, s'écarter. L'expérience spirituelle recoupe les résultats de l'étude expérimentale (, Traité caract., 1946, p. 462). Le fond de tout, dans le conflit algérien, c'est que la pensée du général de Gaulle ne recoupe pas celle des hommes du G.P.R.A. [Gouvernement Provisoire de la République Algérienne] (, Nouv. Bloc-Notes, 1961, p. 314).
• Empl. pronom. réciproque. Jamais autant qu'en ces derniers mois nous fûmes à même de constater à quel point nos pensées se recoupent sans cesse (, Journal, 1926, p. 74). Comme peuvent se recouper dans l'esprit d'un détective deux séries d'indices dont l'exacte coïncidence échappe encore (, Beau tén., 1945, p. 80).
— En partic. Confirmer une information, un fait provenant d'autres sources. Vos renseignements complètent et recoupent des indications reçues d'autres sources (, Mém. guerre, 1954, p. 372). Peut-être existe-t-il au-dedans de nous, ce royaume auquel nous avons cru, sur la foi de ce qu'ils nous ont rapporté, et qui recoupait ce que nous découvrions en nous-même (, Mém. intér., 1959, p. 53).
b)Qqn recoupe qqc. (avec, par qqc.)
α) Faire que quelque chose rejoigne quelque chose d'autre. [Les Juifs] recoupent l'inquiétude juive, qui est leur, par l'inquiétude moderne, qui est nôtre et leur (, Notre jeun., 1910, p. 181).
β) Confronter l'une avec l'autre deux ou plusieurs informations de sources différentes de manière à voir si elles se confirment ou s'infirment. En recoupant ces renseignements avec d'autres provenant de la maison même de Dorothée, (...) on possédait les principaux éléments de l'affaire (, Scène capit., 1935, p. 141). Marat avait recoupé l'information par une autre voie; elle présentait donc un caractère de quasi-certitude (, Drôle de jeu, 1945, p. 128).
— [P. méton. de l'obj.] Je questionnai séparément les autres (...). J'ai essayé de les recouper, je leur disais: Avec ce chapeau-là comment était le reste de leurs vêtements? Non seulement ils étaient d'accord, mais ils me fournissaient des renseignements historiquement exacts sur le costume (, Cahiers, t. 7, 1908, p. 73).
• Empl. pronom. Et alors, nous nous recoupons. Nous revenons exactement à ce que nous disions (, Argent, 1913, p. 1291).
Prononciation et orthographe
[ʀəkupe], (il) recoupe [-kup]. Att. ds Ac. dep. 1835.
Étymologie et histoire
1.
a) Mil. xiie s. « diminuer » (Charroi de Nîmes, éd. D. Mac Millan, 536: Bien li a ore son vivre recopé);
b) 1174-76 « couper (d'un vêtement) » (Guernes de Pont Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2009) — 1605, v. Gdf. ;
2. 1549 « couper à nouveau » (Est.);
3. 1832 recouper des vins (Raymond);
4. 1832 jeux de cartes « couper à nouveau » (ibid.);
5. 1908 « apporter une vérification à des faits » (Barrès, loc. cit.). Dér. de couper*; préf. re-*.
a) Mil. xiie s. « diminuer » (Charroi de Nîmes, éd. D. Mac Millan, 536: Bien li a ore son vivre recopé);
b) 1174-76 « couper (d'un vêtement) » (Guernes de Pont Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2009) — 1605, v. Gdf. ;
2. 1549 « couper à nouveau » (Est.);
3. 1832 recouper des vins (Raymond);
4. 1832 jeux de cartes « couper à nouveau » (ibid.);
5. 1908 « apporter une vérification à des faits » (Barrès, loc. cit.). Dér. de couper*; préf. re-*.
Statistiques
Fréq. abs. littér.: 48.
Dérivés
Recoupage
substantif masculinBibliographie
— Gohin 1903, p. 372.