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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

RABROUER

verbe transitif
Recevoir quelqu'un ou lui répondre sans ménagements, en le repoussant avec des paroles dures et sur un ton cassant. Synon. rembarrer (fam.), envoyer au diable, envoyer* promener (fam.). Rabrouer un impertinent, se faire rabrouer, rabrouer vertement. Il leur a dit qu'elles se conduisaient mal avec moi (...) Il a rabroué ma nièce, qui a voulu parler (Balzac, Lettres Étr., t. 3, 1846, p. 334). Il est dangereux de réprimer brutalement ses curiosités, en rabrouant l'enfant ou en lui faisant honte de ses questions (Mounier, Traité caract., 1946, p. 147). Je sais bien que tu as de l'ouvrage, mais tu ne veux même pas que je t'aide, et quand je viens à la cuisine, tu me rabroues comme si je n'étais pas ta mère, mais une vieille bonne que l'on garde par charité (Butor, Passage Milan, 1954, p. 49).
— [P. méton. du compl. d'obj.] À ces questions, certains, parmi nos conseillers ou qui voudraient l'être, ont déjà répondu. Ç'a été pour rabrouer nos espérances. Les plus indulgents ont dit: l'histoire est sans profit comme sans solidité (M. Bloch, Apol. pour hist., 1944, p. 111).
Prononciation et orthographe
[ʀabʀue], (il) rabroue [-bʀu]. Fér. Crit. t. 3 1788 « il rabrouera, rabrouerait: prononcez ra-broû-ra, ra-broû-rè, en 3 syllabes ». Att. ds Ac. dep. 1694.
Étymologie et histoire
Fin xive s. (Eustache Deschamps, Dit des .IIII. offices, 249 ds Œuvres, éd. Queux de St Hilaire et G. Raynaud, VII, 183). Comp. du préf. ra-, v. re- et prob. du m. fr. brouer « gronder », proprement « écumer », av. 1488 (Sotie des sots « gardonnez » ou des trois coquins, 157 ds Le Recueil Trepperel, Les Sotties, éd. E. Droz, p. 104), cf. aussi le m. fr. et le fr. rebrouer « rabrouer », ca 1584 (Brantôme, Des Dames, 2e part. ds Œuvres compl., éd. L. Lalanne, t. IX, p. 487) — Pomey 1700, le pic. et le norm. rebrouer « id. » (FEW t. 15, 1, p. 292b); brouer est dér. de breu, v. brouet (Bl.-W.1-5).
Statistiques
Fréq. abs. littér.: 79.
Dérivés
1.

Rabrouement

substantif masculin
Action de rabrouer. Virelain parlait sec d'un ton de rabrouement (Arnoux, Solde, 1958, p. 53). — [ʀabʀumɑ̃]. — 1re attest. 1544 (Seyssel, tr. Appien, Guerre lib., ch. 5 ds Hug.); de rabrouer, suff. -ment1 *.
2.

Rabroueur, -euse

substantif
Personne qui a l'habitude de traiter les autres avec rudesse et sans ménagements. Le connétable, grand rabroueur de personnes, étoit à Bordeaux (Chateaubr., Ét. ou Disc. hist., t. 4, 1831, p. 287). — [ʀabʀuœ:ʀ], fém. [-ø:z]. — 1res attest. 1537 (Le Courtisan d'apr. Lar. Lang. fr.), 1573 rabroueur de petits enfans (Dupuys); de rabrouer, suff. -eur2 *.