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POUSSIÈRE, subst. fém.
A. −
1. Au sing.
a) Mélange de particules solides, de nature très diverse, extrêmement ténues et légères, qui se maintiennent en suspension dans l'air ou qui se déposent sous forme d'une pellicule poudreuse. Il est vrai que la petite sera beaucoup mieux à respirer l'air d'ici que la poussière du boulevard Raspail, dit, avec un peu de hâte, Paleyzieux (Daniel-Rops,Mort, 1934, p.391).Il reprit sa marche en traînant les pieds; la poussière blanchissait ses souliers (Sartre,Mort ds âme, 1949, p.116).V. désherbé rem. b s.v. désherber ex. de Malègue:
1. La lourde chaleur d'une fin de journée d'été tombait sur la route d'où s'élevait, bien qu'aucune brise ne soufflât, une poussière blanche, crayeuse, opaque, suffocante et chaude, qui se collait sur la peau moite, emplissait les yeux, entrait dans les poumons. Maupass.,Contes et nouv., t.1, En fam., 1881, p.338.
SYNT. a) Poussière blonde, noire; poussière âcre, aveuglante; poussière légère, lourde. b) Poussière de l'asphalte, de la chaussée, de la route, des rues; couleur de poussière; bouffée, colonne, nuage, tourbillon de poussière; chemin plein de poussière; chaleur et poussière. c) Être blanc, gris, noir de poussière; être couvert de poussière; avaler de la poussière; se rouler, traîner dans la poussière; soulever la poussière; poussière qui pénètre partout, poussière qui vole.
P. méton., au plur., rare, littér. Nuages de poussière. Au moindre coup de vent, de grandes poussières s'envolaient, couvrant les talus et les haies de leur cendre (Zola,Terre, 1887, p.290).À travers les poussières que ce vent furieux soulevait, là-bas, par-dessus les abîmes où gît la plaine de Sparte, nous découvrîmes des crêtes puissantes et nombreuses qui pointaient dans le ciel (Barrès,Voy. Sparte, 1906, p.181).
Loc. verb.
Littér. Mordre la poussière. Tomber à terre dans une lutte; p.méton., périr dans un combat. Il lève sa lance, elle pousse son javelot, et fait mordre la poussière au musulman qui tombe sur le sable, victime de son zèle (Cottin,Mathilde, t.1, 1805, p.289).Plût aux Dieux qu'aux plaines troyennes La lance lycienne, ô père, T'eût fait mordre la poussière! (Claudel,Choéphores, 1920, p.925).
Au fig. Subir un échec humiliant, essuyer une défaite désastreuse. Garantir au peuple français quelques-uns des droits qu'il ne peut perdre sans se déchirer le sein par la guerre civile, ou sans mordre la poussière comme les esclaves (Staël,Consid. Révol. fr., t.2, 1817, p.402).Si les 106 députés socialistes (...) avaient voté contre lui (...) Edgar Faure, réduit à 295 suffrages, aurait mordu la poussière (L'Humanité, 19 janv. 1952, p.1, col. 4):
2. La glorieuse journée du 10 août 1792 peut être décisive pour le triomphe de la liberté, si vous savez profiter de vos avantages. Un grand nombre des satellites du despote a mordu la poussière, vos implacables ennemis paraissent consternés... Marat,Pamphlets, Aux Fr. patriotes, 1792, p.298.
Au fig., vieilli
Baiser la poussière des pas/des pieds de qqn. Manifester à quelqu'un une grande dévotion, l'idolâtrer. Sois mon appui, mon guide, et souffre qu'en tous lieux, De tes pas adorés je baise la poussière (Lamart.,Médit., 1820, p.166).Je ne puis que me traîner à vos pieds, en baiser la poussière (A. Dumas père, Angèle, 1834, v, 3, p.194).
Se couvrir/être couvert d'une noble poussière. Participer/avoir participé à de nombreux combats. (Ds Ac. 1798-1878, Littré, Lar. 19e).
Jeter de la poussière aux yeux de qqn. Chercher à éblouir quelqu'un. Synon. jeter de la poudre aux yeux de qqn (v. poudre A 1). (Ds Littré, Guérin 1892).
[P. allus. au passage du Nouveau Testament où Jésus, donnant ses instructions aux douze apôtres, formule le conseil suivant: Lorsqu'on ne vous recevra pas et qu'on n'écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds (Matth. X-14)] Secouer la poussière de ses pieds, de ses sandales, de ses souliers. S'éloigner à jamais d'un endroit (où l'on a été mal reçu); p.ext., renoncer définitivement à quelque chose. Je secouai la poussière de mes souliers sur le seuil de la vieille Sorbonne (A. France,Vie fleur, 1922, p.415):
3. Si le maître refusoit ces hôtes du Seigneur [des pèlerins], ils faisoient un profond salut, se retiroient en silence, reprenoient leurs besaces et leurs bâtons, et secouant la poussière de leurs sandales, s'en alloient, à travers la nuit, chercher la cabane du laboureur. Chateaubr.,Génie, t.2, 1803, p.399.
b) Ensemble de particules très fines, de matières diverses, qui s'accumulent à la surface des objets dans les endroits clos. Poussière fine, impalpable; poussière d'un appartement, d'une bibliothèque, d'un plancher; nid à poussière; dossiers, livres pleins de poussière; enlever, essuyer, ôter la poussière d'un meuble; chiffon, torchon à poussière; faire la poussière (fam.). Jacquotte était une infatigable plieuse de linge, par caractère frotteuse de meubles, amoureuse d'une propreté tout ecclésiastique (...). Ennemie de la poussière, elle époussetait, lavait, blanchissait sans cesse (Balzac,Méd. camp., 1833, p.32).Par un geste, qui lui était habituel, elle passa la main sur les meubles pour y chercher de la poussière. −C'est propre, dit-elle à Renée qui rougissait (Dabit,Hôtel Nord, 1929, p.64).
Faire de la poussière. Soulever de la poussière. Il se met à balayer, mais il n'est guère adroit. Mais ne faites donc pas tant de poussière! (Balzac,Corresp., 1819, p.30).Tandis que le jeune Auguste, ravi de tomber dans ce remue-ménage, furetait, disparaissait derrière la montagne de cartons, au milieu de laquelle Delestang semblait se retrancher. Ce dernier faisait beaucoup de poussière, en jetant de haut les journaux de la bibliothèque (Zola,E. Rougon, 1876, p.49).Vous faites de la poussière dans la chambre, je vas vous épousseter (Huysmans,Soeurs Vatard, 1879, p.157).
Au fig., péj., vieilli. S'agiter beaucoup pour se faire remarquer, se comporter avec ostentation. C'est M. Frément, qui, depuis qu'il a été à Paris, fait un embarras!... une poussière!... cela fait pitié! (Kock,Âne M. Martin, 1862, p.26):
4. Que de gens j'ai vu faire de la poussière, qui voudraient bien à présent être aussi avancés que moi! Dame! Je ne brille pas, non plus; je ne cherche pas à m'en faire accroire: je vais tout doucement, et je n'ai pas de plus grand plaisir que quand je vois tomber ceux qui voulaient courir plus vite que moi. Leclercq,Prov. dram., Mariage manqué, 1835, II, p.62.
2. Au sing. ou au plur. Particule extrêmement fine et légère (de terre desséchée ou, p.ext., de matières diverses); grain de poussière. Avoir une poussière dans l'oeil; poussières qui dansent dans un rayon de soleil. Une glace nettoyée de ses poussières (Bourget,Essais psychol., 1883, p.31).Elles dépensent de l'amour à poursuivre la moindre poussière dans les recoins des immenses corridors, et ne posent le balai que pour saisir la bêche et le râteau (Barrès,Colline insp., 1913, p.132).Il détourna la tête, donna, comme pour en chasser quelque poussière, une chiquenaude à ses longues moustaches de chanvre rouillé (Duhamel,Désert Bièvres, 1937, p.66).
B. − P. anal.
1. Au sing. ou au plur. (gén. suivi d'un compl. déterm. ou d'un adj.)
a)
α) (Substance pulvérulente composée de) minuscules débris résultant de l'effritement d'un matériau solide. Synon. poussier (v. ce mot I A).Poussières minérales; poussières nocives, toxiques; poussière de bois, de craie, de froment, de mica, d'or, de quartz; mastic desséché en poussière; à l'état de poussière (infra ex. 5).Une ouvrière, au visage tout noirci par la poussière de fer (Goncourt,Journal, 1893, p.412).La chaux en poussière envahit les meubles, les vêtements, le linge, poudra les têtes et les mains, brûla les yeux (Bloy,Femme pauvre, 1897, p.233).Au seuil elle secoua ses jambes, elle avait de la poussière de foin plein sur elle (Giono,Gd troupeau, 1931, p.47).
Poussière de charbon. Charbon réduit, au cours de l'abattage et des manipulations, en débris pulvérulents d'une extrême ténuité. Synon. poussier (v. ce mot I B 1).La poussière de charbon se collait en masque noir sur le visage suant des hommes oppressés par les aspirations brûlantes devant le foyer rouge (Hamp,Marée, 1908, p.50).La nécessité de saupoudrer de poussière de charbon le moule avant le coulage de la fonte, et ensuite l'objet qui vient d'être coulé, plonge à chaque instant ces ouvriers dans un nuage de poussière charbonneuse (Macaigne,Précis hyg., 1911, p.310).
Coup de poussière(s). Déflagration provoquée dans une galerie de mine par l'inflammation spontanée de la poussière de charbon en suspension dans l'air. Synon. coup de poussier*.[Des] essais (...) ont mis en lumière l'influence remarquable des coudes pour arrêter un coup de poussières [dans une galerie de mine] (Vennin, Chesneau,Poudres et explosifs, 1914, p.557).V. poussier I A 1 ex. de Quillet.
Poussière volcanique. (Amas de) particules émises par un volcan au cours d'une éruption, pouvant demeurer en suspension dans l'atmosphère pendant de longues périodes et être transportées par le vent sur diverses parties du globe terrestre (d'apr. Villen. 1974). Le puy de la Vache à l'horizon, dont le cratère s'échancre, tout déchiré, tout rouge de poussière volcanique! (Bourget,Disciple, 1889, p.103):
5. Des scories à l'état de poussière, telles que de la pouzzolane pulvérisée et des cendres grisâtres aussi fines que la plus fine fécule, se tenaient en suspension au milieu de leurs épaisses volutes (...). Après l'éruption de 1783, en Islande, pendant plus d'une année, l'atmosphère fut ainsi chargée de poussières volcaniques que les rayons du soleil perçaient à peine. Verne,Île myst., 1874, p.591.
Loc. verb.
S'envoler, partir, tomber en poussière. [Le suj. désigne un matériau solide] Se désagréger. L'émiettement s'achevait, les plafonds eux-mêmes devaient s'écrouler et s'envoler en poussière, ainsi qu'une construction barbare et vermoulue, emportée par le vent (Zola,Bonh. dames, 1883, p.734).Ces plantes s'étaient séchées. Leurs feuilles recroquevillées craquaient sous les doigts et tombaient en poussière (Bosco,Mas Théot., 1945, p.39).Il est des vases, des monnaies et des tissus qui, déjà désagrégés par le temps, tombent en poussière au premier souffle d'air qui les effleure (L'Hist. et ses méth., 1961, p.266).
Au fig. Ces illusions ont été grossières; mais qui ne les a eues? Elles ont été brisées; qui n'a vu de même tomber les siennes en poussière? (Sand,Lettres voy., 1834, p.114).Toutes les explications qu'il nous a données durant un grand nombre d'années tombent en poussière (Maeterl.,Trésor humbles, 1896, p.125).
Mettre, réduire qqc. en poussière. Réduire quelque chose en minuscules fragments. Synon. désagréger, pulvériser.Nous allions vers la guerre, qui devait mettre en poussière mon mur paysan, le village, et tant d'autres choses (Alain,Propos, 1922, p.375).Les faïences sont fabriquées avec de l'argile plastique et du quartz réduit en poussière impalpable (Bourde,Trav. publ., 1928, p.144).Les fèves [de cacao] sont (...) réduites en poussière (Brunerie,Industr. alim., 1949, p.37).
β) Poussière (d'eau). Nuée de fines gouttelettes provenant d'une chute ou d'un tourbillon d'eau. Cette cascade qui tombe, et qui, en tombant rejaillit en poussière, le bruissement de cette eau (...) firent sur moi une telle impression que je détournai les yeux (A. Dumas père, Angèle, 1834, ii, 5, p.145).L'eau de la cascade, émiettée, pulvérisée par sa chute, arrivait en pluie torrentielle, en masse échevelée et furieuse (...). Une fine poussière d'eau était répandue comme un voile sur toute cette nature (Loti,Mariage, 1882, p.141).La pluie tombe, ou plutôt c'est de la poussière d'eau que le vent émiette des lourds nuages (Bourget,Ét. angl., 1888, p.67).
b) Au sing. ou au plur. Matière composée de corpuscules lui conférant généralement un aspect pulvérulent.
α) Au sing. Poussière (fécondante). Pollen. Au défaut des zéphirs, plus inconstants que les ondes, les insectes ailés, et surtout les mouches garnies de poils, se chargent de cette poussière fécondante en picorant les glandes nectarées des fleurs mâles, et vont la déposer au loin, au sein des fleurs femelles (Bern. de St-P.,Harm. nat., 1814, p.74).Chacune [des étamines] se compose d'un filet ou tige et d'une anthère, au sommet, où est contenue la poussière vivante, le pollen (Pesquidoux,Livre raison, 1925, p.84):
6. ... un faux-ébénier, vêtu de grappes jaunes, éparpillait au vent sa fine poussière, une fumée d'or qui sentait le miel et qui portait, pareille aux poudres caressantes des parfumeurs, sa semence embaumée à travers l'espace. Maupass.,Contes et nouv., t.2, Fils, 1882, p.315.
β) ASTRON., au sing. ou au plur. Poussière cosmique, interplanétaire, interstellaire. Matière interstellaire ou interplanétaire composée de minsucules particules. La condensation ultérieure de poussières cosmiques disséminées dans l'espace suffit donc amplement, elle aussi, à la création de nouveaux mondes (Flammarion,Astron. pop., 1880, p.392).Les poussières interstellaires peuvent être non seulement absorbantes mais diffusantes (Schatzman,Astrophys., 1963, p.117).
γ) ENTOMOL. Pellicule poudreuse qui recouvre les ailes d'un papillon. Une idée ressemble à un papillon dont les ailes sont diaprées de mille couleurs, tandis que la poussière des ailes se compose de petits grains imperceptibles (Vigny,Journal poète, 1856, p.1328).Sans aller jusqu'à s'écrier avec le dithyrambique Diderot que, pour écrire sur elles [les femmes], il faut tremper sa plume dans les couleurs de l'arc-en-ciel et jeter sur son papier la poussière des ailes du papillon (Sainte-Beuve,Port-Royal, t.5, 1859, p.339).Les magnifiques dessins qui ornent les ailes des Lépidoptères résultent de l'assemblage de petites palettes microscopiques, les écailles. C'est la poussière colorée qui colle aux doigts lorsqu'on saisit sans précaution les ailes d'un Papillon (G. Mathot,Les Papillons, Paris, P.U.F., 1976, p.35).
2. [P. allus. à la Bible, en partic. Gen. III-19: C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière] Ce qui reste du corps humain après la mort; débris humains mêlés à la terre dans laquelle ils reposent. Un monsieur devait lui envoyer de «la pâte des martyrs», mélange de cire pascale et de poussière humaine prise aux catacombes, et qui s'emploie dans les cas désespérés (Flaub.,Bouvard, t.2, 1880, p.138).Ses pierres tombales, sous lesquelles la noble poussière des abbés de Combray, enterrés là, faisait au choeur comme un pavage spirituel (Proust,Swann, 1913, p.59).Que reste-t-il de Marie? Cette fois encore, je compris que pour elle, sa petite Marie était cette poussière, ces ossements (Mauriac,Noeud vip., 1932, p.194).
Être réduit en poussière; retourner, tomber en poussière. Disparaître. Vous voyez un homme qui est sur le point d'être réduit en poussière. L'heure de mon heureux sommeil est arrivée (Chateaubr.,Martyrs, t.2, 1810, p.126).Les morts durent bien peu. Laissons-les sous la pierre! Hélas! Dans le cercueil ils tombent en poussière moins vite qu'en nos coeurs! (Hugo,Feuilles automne, 1831, p.730).Depuis le temps que l'homme vit de la terre, s'y couche pour dormir ou pour pleurer, jusqu'à ce qu'il s'y abîme et retourne en poussière, la nature est devenue humaine (Mauriac,Journal 1, 1934, p.21).
P. ext. Réduire en poussière. Détruire entièrement. Synon. anéantir.Tous ces couples [de forces], agissant sur tous les éléments d'un fil conducteur parcouru par un courant et soumis à l'action d'un autre courant ou de la terre, devraient immédiatement briser le fil et le réduire en poussière (H. Poincaré,Électr. et opt., 1901, p.275).
Au fig. [La science actuelle] réduit homme et humanisme en poussière (David,Cybern., 1965, p.20).
C. − Au fig.
1. [P. réf. à la ténuité ou à la multiplicité des particules composant la poussière]
a) Une poussière de. Un très grand nombre de (petits éléments éparpillés). Poussière de cellules, d'étoiles. Les maisons (...) s'éparpillaient ensuite en une poussière de cheminées indistinctes (Zola,Bonh. dames, 1883, p.763).Ces surfaces terrestres [les îles du Pacifique] vont s'émiettant, se dispersant en une poussière d'îles dont les marins se racontaient, du temps de Marco Polo, «qu'il y en avait 12.700, toutes habitées sans compter celles qu'on ne sait pas» (Vidal de La Bl.,Princ. géogr. hum., 1921, p.126).Voici une industrie formée d'une grande firme et d'une poussière de petites firmes qui appliquent le prix imposé par la grande (Univers écon. et soc., 1960, p.4-9).
b) Chose sans importance. Une poussière, un rien, de la couleur sur de la toile, une simple apparence qui rompait tout leur bonheur (Zola,L'OEuvre, 1886, p.266).On pouvait espérer que les peintres et sculpteurs qui ont signé cet étrange papier tiendraient à prouver par leurs oeuvres que tout ce qui les a précédés, depuis Thomas Couture, n'était que poussière à côté d'eux (Lhote,Peint. d'abord, 1942, p.165).
Loc. fam. [En parlant de ce qui peut se comptabiliser, en partic. d'une somme d'argent ou de l'âge de qqn] Et des poussières. Et un peu plus. Il a quarante ans et des poussières. 33 briques et des poussières (Esn.1966).
2. Littér. [P. réf. au processus de dégradation, de déssèchement, à l'idée de souillure qu'implique la poussière]
a) Usure (due au temps écoulé); résultat de cette action. La poussière des ans, près du plafond, ternit Un chérubin ouvrant six ailes de granit (Hugo,Fin Satan, 1885, p.862).Cheveux gris, poussière du temps (Renard,Journal, 1901, p.666).En feuilletant ces gros livres on sent certaine vie renaître de la poussière des siècles (Guéhenno,Journal «Révol.», 1937, p.61).
b) État d'abandon (d'un lieu), état de léthargie (d'une institution). Poussière des bibliothèques, des écoles. Longtemps ensevelis [les décrets] dans la poussière du greffe, il y seraient toujours restés, s'ils n'en avaient été tirés par l'administration municipale (Marat,Pamphlets, Appel à la Nation, 1790, p.151).La poussière des anciennes institutions à moitié démolies (Tocqueville,Anc. Rég. et Révol., 1856, p.66).Les écrits des philosophes, des orateurs, des jurisconsultes et des poètes anciens furent tirés de la poussière des cloîtres (A. France,Révolte anges, 1914, p.238).
c) Manque d'éclat, impureté (de quelque chose). J'ai voyagé, j'ai poli mes manières, j'ai secoué la poussière d'une éducation mesquine pour m'en faire une plus conforme à un homme du monde (Leclercq,Prov. dram., Espr. désordre, 1835, iv, p.255).Pour retremper leurs esprits, pour les laver de la poussière du siècle, selon un usage constant à l'issue de ces grandes crises, il leur ordonne, en juillet 1850, d'aller faire une retraite à la chartreuse de Bosserville (Barrès,Colline insp., 1913, p.103).Dès l'aube, j'étais dans l'eau, une eau fraîche et transparente où je m'enfouissais, où je m'épuisais en des mouvements désordonnés pour me laver de toutes les ombres, de toutes les poussières de Paris (Sagan,Bonjour tristesse, 1954, p.15).
d) Condition inférieure, misérable (d'une personne), médiocrité (d'une existence). Il faut être sorti de la poussière pour ne pas respecter de longs souvenirs, surtout quand le malheur les consacre (Staël,Consid. Révol. fr., t.1, 1817, p.406).Voyez cet homme: il est né par hasard, par malheur, dans un taudis, dans un bouge, dans un antre, on ne sait où, on ne sait de qui. Il est sorti de la poussière pour tomber dans la boue. Il n'a eu de père et de mère que juste ce qu'il en faut pour naître (Hugo,Nap. le Pt, 1852, p.190).Brotonneau: (...) Il y a vingt ans que nous sommes mariés. Thérèse: Oui... Vingt ans de médiocrité, de poussière, d'humiliation. Toi, tu n'en souffrais pas (Flers, Caillavet,M. Brotonneau, 1914, i, 16, p.10).
(Faire) sortir, tirer qqn de la poussière. Tirer quelqu'un d'une condition misérable. Idéaliste, comme on l'est après dîner, il aimait, à la façon de Dieu le père, à faire de temps en temps sortir de la poussière quelque pauvre bougre, afin que se manifestât la grandeur de son pouvoir (Rolland,J.-Chr., Amies, 1910, p.1091).
REM.
Anti-poussière, subst. fém.Quant aux services collectifs, en plus des panneaux correspondants −télésignalisation et téléimpression des demandes émises depuis les studios −ils comprendront: une surveillance vol-incendie pour chaque studio, un dispositif anti-poussière et anti-noyade à la piscine (Le Point, 27 août 1979, p.49, col. 3).
Prononc. et Orth.: [pusjε:ʀ]. Ac. 1694 et 1718: -ssiere; dep. 1740: -ssière. Étymol. et Hist. A. 1. Fin xiies. «terre desséchée, réduite à l'état de fines particules» (Sermons St Bernard, 31, 16 ds T.-L.); 2. fin xiiies. possere «restes matériels de l'homme après la mort» (Dialogue âme et raison, XXXIII, 7, ibid.); 3. 1563 reduire en poussière (B. Palissy, Récepte, p.46); 4. av. 1628 mordre la poussière «être vaincu» (Malherbe, II, 6 ds Littré); 5. 1628 jeter de la poussière aux yeux «éblouir par de beaux discours» (Paré, OEuvres, éd. J. F. Malgaigne, t.3, p.71); 1790 fig. faire de la poussière «s'agiter pour attirer l'attention» (Jean de Domfront, Je peux bien foutre mon avis..., p.13); 6. a) 1671 «chose insignifiante, rien» (Mmede Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, t.2, p.359); b) 1835 «argent, monnaie» (ds Esn.); 1938 et des poussières... «et un peu plus d'argent» (ibid.); 1939 id. «et un peu plus de temps» (ibid.); 7. 1770 «signe des années écoulées» (Raynal, Hist. phil., XIX ds Littré). B. 1. a) 1574 «toute matière réduite à l'état de fines particules» (Garnier, Cornélie, éd. W. Foerster, I, p.139); b) 1611 poussière de charbon (Cotgr.); 1890 les accidents de grisou et de poussières (F. Laur, Les Mines et usines en 1889, p.73); 1911 coup de poussière (Lar. mens., p.261c); 2. 1762 «pollen» (Ac.); 1765 poussière fécondante «id.» (Encyclop.); 3. 1878 poussières atmosphériques (Lar. 19eSuppl.); 1880 poussières cosmiques (Flammarion, loc. cit.); 1903 poussières microbiennes (Nouv. Lar. ill.). Mot rare et prob. région. (Lorraine, Hainaut, Wallonie, Franche-Comté) av. le xvies., dér. de l'a. fr. pous «même sens», du lat. pop. *pulvus, pulvera (v. poudre). Pous a donné poussière par l'intermédiaire de pousse «même sens», bien att. dans les dial. (v. Grandg., Jaub., Vautherin, J.-H. Bonhôte, Gloss. neuchâtelois, Neuchâtel), car il n'est pas rare qu'un s de flexion soit interprété comme un s du rad. et forme la base de dér., cf. les dér. de Lorraine, Bourgogne, Champagne: pousset, poussot, poussier (v. K. Jaberg, Mittelfranzösische Wortstudien ds Sache, Ort und Wort, pp.281-288, 293-299. V. aussi P. Lebel, Notes étymol. ds Fr. mod. t.10, p.285 à 293). Fréq. abs. littér.: 4393. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5681, b) 7716; xxes.: a) 6834, b) 5590. Bbg. Chautard Vie étrange Argot 1931, p.426. _ Quem. DDL t.4, 15, 16.