JOBARD, -ARDE,
adjectif et substantif... un jobard qui ramasse avec joie un papier plié en quatre, qui le fourre dans sa poche, (...) entre furtivement dans une allée pour y développer sa trouvaille qui se trouve n'être qu'un prospectus de vente au rabais... (, Ni jamais, 1835, p. 280)
— [P. méton.] Emploi adj. Qui caractérise une telle personne, qui en est le fait. Il a un air jobard (Ac., 1935). Diderot, dont les « Salons » tant vantés lui paraissaient singulièrement remplis de fadaises morales et d'aspirations jobardes (, À rebours, 1884, p. 191). L'ignorance, les niaises pudeurs, les crédulités jobardes (, Désesp., 1886, p. 54).
Remarques
1.fam. D'une manière jobarde. Curieux d'alchimie et de traditions occultes, mais sans archaïque manipulation de substances, jobardement épris de toute absconse doctrine capable de travestir son néant (...) il gratifie d'excellents dîners tous les estomacs influents qu'il suppose coutumiers des reconnaissantes digestions (, Désesp., 1886, p. 23).
Jobardement
adverbe2.fam.Synon. rare de jobarderie, jobardise (infra dér. 2). Il n'a du rôle de médecin ici-bas, qu'une notion confuse, gâtée par sa confiance dans le jobardisme de ses contemporains (, Dev. douleur, 1931, p. 81).
Jobardisme
substantif masculin3.pop.Synon. de jobard. Ce n'est guère poli; je ne suis pas assez jobine, pour qu'on nous traite comme une mioche (Le Père Lantimèche 55 [Basset et Martin], 1805, ds Quem. DDL t. 19).
Jobin, -ine,
adjectifPrononciation et orthographe
[ʒɔba:ʀ], fém. [-aʀd]. Att. ds Ac. 1935.
Étymologie et histoire
1807 subst. jobbard (Francis, Désaugiers, Moreau, Taconnet chez Ramponneau, p. 7 (Barba) ds Quem. DDL t. 18); 1808 subst. (Frédéric [Dupetit-Méré], La Famille des Jobards ou Les Trois cousins, vaudeville en un acte, Paris, 1810, p. 12 : savez-vous ce qu'on appelle un Jobard, à Paris? [...] C'est une bête); 1834 adj. (Sainte-Beuve, Corresp., t. 1, p. 442). Dér. de job(e) « niais, sot » (v. job1 ); suff. -ard*. Cf. en m. fr. joubard (1571, M. de La Porte, Épithetes ds Gdf. : chien joubard), de sens obsc., défini « qui aime à plaisanter, à s'amuser » ds Gdf., « qui aime à folâtrer » ds FEW t. 4, p. 428b, non défini par Hug.; Gdf. cite également Jobar comme nom propre en 1161 (Cart. de St Loup, f° 40 v° , orig., Arch. Aube : Constantius Jobar), et un verbe a. fr. enjobarder « tromper, se moquer de » (fin xiiie s., Jean de Meung, Testament, ms. [Rome] Corsini, f° 154d [xive s.]). Le m. fr. et les dial. connaissent d'autres dér. de job(e) au sens de « sot, nigaud, niais » (FEW t. 4, p. 428b), v. jobelin.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 43.
Dérivés
1.fam. Duper, tromper (quelqu'un d'une grande naïveté, d'une grande crédulité). — Dis donc! le forgeron te fait de l'œil (...). Oh! Je suis bien tranquille, il est trop godiche... On le lui rendra, son argent. Mais, vrai, s'il avait affaire à de la fripouille, il serait joliment jobardé (, Assommoir, 1877, p. 492). — De ces huit ans, pas un jour ne s'est écoulé qui n'ait été pour votre « amie » l'occasion d'une petite canaillerie nouvelle; pas un soir, vous ne vous êtes couché qu'excellemment jobardé et cocufié comme il convient (, Boubouroche, 1893, I 3 p. 42). — [ʒɔbaʀde], (il) jobarde [ʒɔbaʀd]. — 1re attest. 1839 (Balzac, Illus. perdues, p. 388); de jobard, dés. -er.
Jobarder
verbe transitif2.fam. Grande naïveté, grande crédulité. Ce nom [d'Astier], grâce à vous, le voilà devenu synonyme d'ignorance et de jobardise, on ne peut plus le prononcer sans rire (, Immortel, 1888, p. 296). Ma science, mon sens critique (...) se développent, sans que toutefois, en ce qui me concerne ma crédulité, ma jobarderie de novice diminuent (, Double chance, 1958, p. 31). — [ʒɔbaʀdʀi], [ʒɔbaʀdi:z]. Ds Ac. 1935 : -derie. — 1res attest. a) 1836 jobarderie (Souvestre, Derniers Bretons, t. III, p. 22 ds Fr. mod. t. 18, p. 137); b) 1887 jobardise (Laforgue, Poésies, p. 153); de jobard, suff. -erie* (a), -ise* (b).
Jobarderie, jobardise,
substantif fémininBibliographie
— Quem. DDL t. 1 (s.v. jobarder); 5 (s.v. jobardisme); 18.