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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

INESPÉRÉ, -ÉE,

adjectif
[En parlant d'un événement heureux]
A. — Que l'on n'espérait pas ou que l'on n'espérait plus. Synon. imprévisible, imprévu, inattendu. Appui, bonheur, mariage, occasion, parti, résultat inespéré(e). C'est une affaire inespérée! Je ne te cache pas que je n'aurais pas cru qu'il t'épouserait. Embrasse-moi (Anouilh, Sauv., 1938, I p. 155). Mais, papa, demain, le professeur lui-même t'opérerait. C'est une chance inespérée (Camus, Cas intéress., 1955, 1er temps 5e tabl. p. 658).
B. — Qui dépasse toutes les espérances. Ces hauts et bas purement personnels, qui de temps à autre amènent dans une même société, à la suite de spéculations de bourse, une ruine retentissante ou un enrichissement inespéré (Proust, Sodome, 1922, p. 742).
— Emploi subst. Cette maison, je la loue au nom de Madame Vve Brégeras (...). Voilà donc une chose convenue sans hésiter : c'est l'inespéré (Villiers de L'I.-A., Corresp., 1889, p. 275).
Remarques
1.

Inespérable

adjectif
peu usité. Qu'on ne peut espérer, qu'on ne pouvait plus espérer. Profiter d'une situation inespérable et s'emparer du pouvoir (Green, Journal, 1934, p. 203). C'était trop beau, c'était inespérable cette victoire mystique, où la ferveur spirituelle tienne en respect la brutalité (Gide, Journal, 1948, p. 324).
2.

Inespérance

substantif féminin
littér.,rare. Absence d'espérance. Il n'est pas un de ses défauts que je ne retrouve en moi : la timidité, (...) l'incertitude sur la vocation, la crainte du public, l'inespérance dans l'avenir (Amiel, Journal, 1866, p. 67).
3.

Inespoir

substantif masculin
littér.,rare. Absence d'espoir. Votre croyance en la survivance des âmes est nourrie du besoin de cette quiétude et de l'inespoir de la pouvoir goûter durant la vie (Gide, Feuillets, 1923, p. 778).
Prononciation et orthographe
[inεspeʀe], [-ne-]. Att. ds Ac. dep. 1694; Ac. 1718 : inesperé.
Étymologie et histoire
1. 1466 « auquel on ne s'attendait pas » (P. Michaut, Le Doctrinal du temps présent, éd. Th. Walton, XXXI, 30 : d'une rumeur desordonnee doit venir homicide et murdre inespéré);
2. 1544 « qu'on n'espérait pas » (M. Scève, Delie, éd. E. Parturier, CXXXIX, 4). Dér. de espéré, part. passé de espérer* ; préf. in-1 *.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 357. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 463, b) 468; xxe s. : a) 621, b) 497.
Dérivés

Inespérément

adverbe
littér. De manière inespérée. Inespérément quelques gouttes d'eau viennent abattre un peu la poussière, rafraîchir et humecter l'air (Gide, Retour Tchad, 1928, p. 963). Des chefs-d'œuvre du Titien, de Tintoret, de Breughel (...) inespérément conservés et magnifiés par la seule patine, la vraie, qui est cet or doux, ce hâle blond que le temps dépose sur les surfaces peintes (Lhote, Peint. d'abord, 1942, p. 35). — [inεspeʀemɑ̃], [-ne-]. Ac. 1718 inesperément, ensuite inespéré-. — 1re attest. début xvie s. inespereement (Fossetier, Cron. Marg., ms. Bruxelles 10512, VIII, III, 10); de inespéré, suff. -ment2 *. — Fréq. abs. littér. : 15.