INÉLUCTABLE
adjectif... si la mort appartient aux phénomènes naturels que je ne puis pas plus empêcher que la chute de la pluie ou les mouvements des astres, ma volonté cesse de s'y intéresser (...). La peur naît d'une illusion, car elle prescrit à l'activité humaine de s'occuper de la mort, dont l'inéluctable nécessité lui demeure cependant étrangère. La peur nous révolte contre la nécessité. (, Essai signif. mort, 1949, p. 227)
Remarque : Chez Flaubert, avec une intention ironique. J'ai rencontré l'inéluctable Harrisse, homme qui connaît tout le monde et qui se connaît à tout (Corresp., 1871, p. 298).
— Emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui s'accomplit fatalement. Toujours il avait adoré l'inéluctable, qui le dispensait de vouloir (, Célibataires, 1934, p. 776). Il n'y a pas en moi protestation contre l'inéluctable; mais je ne puis pousser l'amor fati jusqu'à l'acceptation du désastre (, Journal, 1940, p. 48).
Prononciation et orthographe
[inelyktabI̥]. Att. ds Ac. dep. 1878.
Étymologie et histoire
1500 adj. (Octovien de Saint-Gelays, Énéide, B.N. 861, f° 82b ds Gdf. Compl.), attest. isolée; à nouv. ca 1790 (C. Desmoulins, s. réf. ds S. Mercier, Néol., t. 1); 1886 subst. (Moréas, Cantil., p. 110). Empr. au lat. ineluctabilis « insurmontable, inévitable », dér. au moyen du préf. in- (in-1 *) de eluctabilis, « qu'on peut surmonter », lui-même dér. de eluctari, « surmonter en luttant », lequel est dér. au moyen du préf. e- (é-1 *) de luctari, « lutter ».
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 173.
Dérivés
1.rare. Caractère de ce qui est inéluctable. Synon. fatalité, inexorabilité, nécessité. Inéluctabilité. Une même excitation portée dans des conditions identiques, déclenche inéluctablement la même réaction réflexe (, Sc. nat., 1960, p. 262). — [inelyktabilite]. — 1re attest. 1960 id.; de inéluctable, suff. -(i)té*.
Inéluctabilité
substantif féminin2. D'une manière inéluctable. Synon. fatalement, forcément, immanquablement, implacablement, inévitablement, inexorablement, infailliblement, nécessairement. L'apologiste catholique, nécessairement et inéluctablement voué à l'exécration plus ou moins prochaine de ses coreligionnaires (, Journal, 1899, p. 307). Une inconséquence décevante, inéluctablement souveraine (, Exp. int., 1943, p. 91). — [inelyktabləmɑ̃]. — 1re attest. 1872 (Gautier, Guide Louvre, p. 27); de inéluctable, suff. -ment2 *. — Fréq. abs. littér. : 16.