GRACIER
verbe transitifA. —DR.[Le compl. d'obj. dir. désigne une pers.] Annuler la peine d'un condamné ou la commuer en une peine plus légère. Le droit de grâce n'a pas d'envers : le Roi, qui peut gracier le banqueroutier frauduleux, ne rend rien à la victime dépouillée (, Mais. Nucingen, 1838, p. 653). Les Allemands l'ont mise en prison et condamnée à mort, puis graciée au dernier moment (, Journal, 1945, p. 235). Aucun gouverneur n'oserait gracier une tueuse d'enfant. Nos concitoyens aiment la justice : ils foutraient le feu à la prison (, Requiem, 1956, 2e part. 7e tabl. p. 906).
— Absolument :
1. C'était le jour de la semaine où le ministre décide de gracier ou de guillotiner. Le paraphe au crayon rouge ou au crayon bleu qui indique le pardon ou l'exécution n'était pas encore tracé. (, Bella, 1926, p. 200)
B. —Au fig.Gracier qqn de qqc. Lui épargner quelque chose :
2. La maladie suivant son cours, emportait à chaque heure un peu de la vie de Jeanne. Elle ne se hâtait point, dans sa foudroyante rapidité, mettant à détruire cette frêle et adorable chair toutes les phases prévues, sans la gracier d'une seule. (, Page amour, 1878, p. 1066)
Remarques
Graciant, -ante,
participe présent adjectifPrononciation et orthographe
[gʀasje], (il) gracie [gʀasi]. Ds Ac. 1835-1932. Cf. grâce.
Étymologie et histoire
Ca 1050 « rendre grâce » (St Alexis, éd. Chr. Storey, 540 : Trestut le pople lodet Deu e graciet); en a. et m. fr. 1336 « remettre une amende » (Lit. Phil. VI, in vol. 9 arestor. parlam. Paris ds Du Cange, s.v. gratificare 2); 1832 « faire grâce à un criminel » (Raymond). Il est difficile d'y voir un dér. de grâce, à l'aide de la dés. -er; peut-être empr. au lat. médiév. gratiare, cf. FEW t. 4, 247b, note 11.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 78.
Bibliographie
Darm. 1877, p. 67.