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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

FLEURER

verbe transitif
A. — Répandre, exhaler une odeur :
... je respirais, avec une sensualité réfléchie, le mélange de leurs parfums. Mme Saint-Alban déplaçait une nue lourde d'odeur brune, l'encens de ses cheveux crépus et de ses bras dorés. Ma mère fleurait la cretonne lavée, le fer à repasser chauffé sur la braise de peuplier, la feuille de verveine citronnelle (...) elle exhalait la senteur des laitues arrosées, car la fraîche senteur se levait sur ses pas, au bruit perlé de la pluie d'arrosage. (Colette, Mais. Cl., 1922, p. 189)
— Au fig. L'une, la Toilette, représentant une femme décolletée, avançant sur la sortie de sa poitraille, un sommet de chignon et un bout de pif, tandis qu'elle attache une jarretière sur un bas bleu, fleure à plein nez la prostituée qui nous est chère (Huysmans, Art mod., 1883, p. 176).
— Expressions
• Fam. Cela fleure comme baume. [En matière d'intérêt] Cela paraît être une affaire offrant des garanties et lucrative. (Ds Ac. 1798-1878).
• Sa réputation fleure comme baume, ne fleure pas comme baume. Il a une excellente, une mauvaise réputation. (Ds Ac. 1798-1878).
B. — Respirer (une chose odorante), sentir, flairer. Il parla de cette persistante odeur de cannelle expirant très au loin, dans les odeurs moins définies qu'exhalaient ses gants (...) et il fleura ses doigts (Huysmans, Là-bas , t. 1, 1891, p. 244).
— Au fig. On y fleurait [dans cette demeure] , connaissant l'homme, dès le corridor d'entrée, une sorte d'affirmation politique ou plus exactement sociale qui me pénétrait de respect, presque d'enthousiasme (Duhamel, Terre promise, 1934, p. 42).
Remarques
1.

Fleurance

substantif féminin
hapax.Synon. de odeur, exhalaison. Ça vient sur moi, ça me couvre de couleur, de fleurance et de fruits et ça fond dans la nuit sur ma droite (Giono, Baumugnes, 1929, p. 152).
2.

Fleurant, ante,

participe présent employé comme adjectif
Des champs et des verts pourpris La Fleurante nouveauté, Las, demain aura été. N'es-tu pas fleurante pomme, O Francine de renom, Et tant frétillarde, comme Tourterelle en sa saison! (Moréas, Pèlerin pass., 1891, p. 97).
Prononciation et orthographe
[flœʀe], [flø-]. Ds Ac. dep. 1718.
Étymologie et histoire
xive s. [ms.] (Ysopet I ds Fables inédites des XIIe, XIIIe et XIVe s. et fables de La Fontaine, éd. A. C. M. Robert, t. 1, p. 77; cf. éd. J. Bastin, t. 2, p. 257 : flairoit). Dér. avec dés. -er de fleur « odeur » (ca 1175 flaör, Horn, éd. M. K. Pope, 2711, encore vivant dans les dial., cf. FEW t. 3, p. 610b) du lat. pop. *flator, corruption du class. flatus, flatus « souffle, haleine, respiration » peut-être sous l'infl. de fœtor « mauvaise odeur ».
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 66.