EN-1, EM-1
préfixeA. —[La base est un subst.]
1. Le préf. évoque l'entrée dans un espace déterminé.
a)[Le composé est un verbe, le plus fréq. en -er, ou son part. passé employé comme adj. ] Cf. embarquer, embouteiller, emprisonner, engouffrer, etc. : : « Mettre en bec ». Je ne vous donne pas mon argent pour embucquer de sucre ce jeune drôle (, E. Grandet, 1834, p. 109)
: « Mettre sous cloche ». Le médecin qui préside a une fille asthmatique, très jolie vraiment, mais on ne nous encloche pas ensemble (, Lettres Panizzi, 1870, p. 373)
: « Enfermer comme dans un corset ». Le philosophe du high-life (...) était encorseté dans un habit très serré sur les hanches (, Notre cœur, 1890, p. 311)
: « Entrer en forêt ». Un jour ayant quitté son frère d'armes Tinténiac s'enforesta (, Mém., t. 1, 1848, p. 113)
: « Entrer dans un fourgon ». La harde fourbue et aveugle qui allait s'enfourgonner [à la gare saint-Lazare] (, Paris, 1939, p. 151)
: « Mettre dans une redingote ». L'Homme se hâta, long, timide enredingoté jusqu'aux genoux (, Contes et nouv., t. 1 Bête à Maît'Belh., 1885, p. 195)
: « Mettre en sépulture ». Les filles de roi se faisaient ensépulturer dans des coffres faits à mon image (, Tentation, 1849, p. 456)
: « S'enfermer dans des tavernes ». Vive la joie! je m'entavernerai, je me battrai (, N.-D. Paris, 1832, p. 317)
: « Revêtir d'un veston ». Les gargotiers, qui avaient envestonné de toile, pour impressionner les passants, jusqu'à leurs laveurs de vaisselle (, Mt-Oriol, 1887, p. 31)
: « Entrer dans un wagon ». Coïncidence, c'est à pareille date que l'an dernier, je m'enwagonnais pour la Hollande (, Corresp., t. 3, 1869-96, p. 293)
embucquer
verbe transitifenclocher
verbe transitifencorseter
verbe transitifenforester (s')
verbe pronominalenfourgonner (s')
verbe pronominalenredingoter
verbe transitifensépulturer
verbe transitifentaverner (s')
verbe pronominalenvestonner
verbe transitifenwagonner (s')
verbe pronominal— Le verbe ou son part. passé employé comme adj. exprime la création d'un nouvel espace et le fait d'y pénétrer. Cf. emballer, empaqueter, encadrer, enchâsser... : : « Entourer de balustres ». Sur les longues pelouses embalustrées de marbre blanc, décorées de vases et de statues (, Pte paroisse, 1895, p. 296)
: « Mettre sous, derrière une barricade ». Tout entouré et tout embarricadé de papiers (, Journal, 1871, p. 796)
: « Entourer d'une bordure ». Dans les ouvrages en petit, qu'on veut embordurer (, Dict. portatif de peint. sculpt. et grav., 1757, p. XXXV)
embalustrer
verbe transitifembarricader
verbe transitifembordurer
verbe transitifRemarque : Dans qq. verbes, en- exprime l'idée d'une superposition. La superposition est l'un des sens du préf. lat. in- : enchevaler « monter à cheval »; endosser « mettre sur le dos ».
b)[Le composé est un subst.]
— Un subst. masc. en -age, en -ement pour exprimer
• une action ou le résultat de cette action. Cf. emballage, embouteillage, encaissement, encellulement...
• le résultat d'une action (le verbe correspondant n'est pas attesté). Cf. empelotonnage, embranchement, emplacement... : : Ces cathodes [de plomb] que l'on fond, d'où emplombage (, Métall. gén., 1923, p. 419)
: Des traces d'encuivrage (, Artill., Matér., 1908, p. 196)
emplombage
substantif masculinencuivrage
substantif masculin— Un subst. fém. en -ure pour exprimer le résultat d'une action ou un ensemble de caractères définis. Cf. enflure, enfonçure...
• Le verbe correspondant n'est pas attesté. Cf. embrasure, emplanture, empointure, encablure, encolure, empaumure...
c)[Le composé est un adj. (ou un part. passé employé comme adj.) : ] couvert de, enveloppé de (le verbe correspondant n'est pas attesté) : : « Pourvu d'une barbe ». Comme je ne suis pas ton bichon embarbé (, Poésies, 1898, p. 30)
: « Doté d'une moustache ». Il était tout emmoustaché d'herbes sales (, Regain, 1930, p. 229)
: « Orné de pompons ». Des mulets empomponnés de laine rouge et bleue (, Routes avent., 1958, p. 130)
: « Souillé par du sang caillé ». Je ne suis plus inquiet pour ma mémoire enfumée, encaillotée de sang (, J. Vingtras , Insurgé, 1885, p. 375)
: « Couvert de caoutchouc ». Jamais je n'avais caressé l'Albertine encaoutchoutée des jours de pluie (, Fugit., 1922, p. 117)
: « Couvert d'une cuirasse ». Deux jeunes Bretonnes de dix-huit ans, fraîches et gentilles, encuirassées dans leur étroit gilet de drap (, Contes et nouv., t. 2 Fils, 1882, p. 320).
: « Couvert de feuilles » [Promenades équestres] dans le grand silence enfeuillé de Fausses-Reposes et de Vélizy (, Demi-soldes, 1899, p. 293)
: « Orné de ramées ». La tête enramée — avec du laurier (, Port Tarascon, 1890, p. 256)
embarbé
adjectifemmoustaché
adjectifempomponné
adjectifencailloté
adjectifencaoutchouté
adjectifencuirassé
adjectifenfeuillé
adjectifenramé
adjectif2. Le préf. traduit l'entrée dans un état, l'acquisition d'une forme ou d'une qualité nouvelle.
a) Le composé exprime l'acquisition d'un aspect, d'une forme nouvelle.
— Le composé est un verbe ou un part. passé employé comme adj. : : « Faire un baluchon ». À nous trois, nous embaluchonnons la jeune fille dans mon manteau (, Myst. Paris, t. 3, 1842, p. 26)
: « Prendre la forme d'une boule ». Une patte aux petits doigts emboulés se crispe dans la terre (, Colline, 1929, p. 51)
: « Couvrir de buissons ». La vigne monte à cette palissade et l'embuissonne (, Journal, 1854, p. 145)
: « Déguiser comme pour une mascarade ». Il passa ainsi emmascaradé devant toute la paroisse (, Gaspard, 1925, p. 230)
: « Donner la migraine ». Je suis encore non pas précisément malade, mais las et emmigrainé (, Lettres M me de La Rochejacquelein, 1870, p. 154)
: « Barbouiller de peinture ». Est-ce que je finirai par m'empeinturlurer l'esprit? (, Journal, 1889, p. 37)
: « Prendre la forme d'une pelote ». C'est un beau fil de laine qui s'empelote autour du fuseau (, Porche Myst., 1911, p. 242)
: « Donner la forme d'un encorbellement ». L'étambot, curieusement encorbellé, nous dominait en plein (, Bourlinguer, 1948, p. 231)
: « Donner la forme d'un faîte ». Je vous apporte une assiette enfaîtée (, Survenant, 1945, p. 122)
: « Mettre en liasses » (cf. J. Humbert, Nouv. gloss. genev., 1852, p. 180)
: « Enduire de salive ». Elle bloque complètement la cellule, mastiquant et ensalivant la glaise qu'elle apporte (, Retour Tchad, 1928, p. 954)
: « S'infester de vermine ». On a laissé se galvauder, s'enverminer ce gentil peuple (, Routes avent., 1958, p. 157)
embaluchonner
verbe transitifembouler (s')
verbe pronominalembuissonner
verbe transitifemmascarader
verbe transitifemmigrainer
verbe transitifempeinturlurer
verbe transitifempeloter (s')
verbe pronominalencorbeller
verbe transitifenfaîter
verbe transitifenliasser
verbe transitifensaliver
verbe transitifenverminer (s')
verbe pronominal— [Le composé est un subst.] : « Fait de prendre la forme d'un buisson; amas de buissons ». La légèreté, la souplesse, l'embuissonnement de l'arbuste (, Journal, 1887, p. 722)
: « Objet ayant la forme d'une corbeille ». Il tient bras dessus bras dessous [le danseur] une forte paysanne à profil de Cérès coiffée à la sauvage d'un encorbeillement de fleurettes et de feuilles (, Sens et souv., 1895, p. 297)
: « Action d'enfaîter (cf. supra) ; ce qui en résulte ». C'était [une étable] un haut vaisseau de maison avec un enfaîtage de poutres en bréchet d'oiseau (, Chant monde, 1934, p. 275)
: « Fait de rouiller, la rouille ». L'enrouillement et la corrosion de l'acier et des fontes (J. phys. et Radium, 1927, p. 478)
embuissonnement
substantif masculinencorbeillement
substantif masculinenfaîtage
substantif masculinenrouillement
substantif masculinb)Au fig. Le composé exprime l'acquisition d'une qualité, d'un état : : « Pourvoir de pistoles ». En attendant que de nouvelles démarches eussent bien à l'effet d'encore m'empistoliser, pour oser ce néologisme (, Œuvres compl., t. 4 Mes pris., 1893, p. 395)
: « Pourvoir de dollars ». Toujours à plat ventre devant les locataires endollardés (, Espoir, 1937, p. 479)
: « Couvrir de fiel ». L'atmosphère enfiellée par tant d'haleines haineuses (, Morts, 1899, p. 211)
empistoliser
verbe transitifendollarder
verbe transitifenfieller
verbe transitif— En part.[En parlant de pers. dans des verbes qui sont, pour la plupart, des créations, voire des fantaisies d'aut.] Cf. enamourer, enjalouser... : : « Sommeiller, hiberner ». La ville emmarmottée dormait sous ce brouillard de septembre (, Gaspard, 1931, p. 248)
: « Imposer à quelqu'un la pratique du piano ». Au lieu de les encapuchonner, on les empianote (, Portr. hist. et littér., 1870, p. 143)
: S'encapricer de qqn de qqc. « S'enticher de quelqu'un de quelque chose ». La personne dont je m'encaprice sera, oui ou non, de celles qui nous font conjuguer le verbe « j'ai aimé » avec les variantes : « J'ai reçu un coup de pistolet... » (, Physiol. am. mod., 1890, p. 297)
: « Rendre pareil à un cauchemar ». Et pendant ce temps notre vie avec notre maîtresse continue, notre vie distraite (...) encauchemardée par des êtres qui sont sans rapports réels avec nous, pleine d'oublis, de lacunes, d'anxiétés vaines, notre vie pareille à un songe (, Prisonn., 1922, p. 147)
: , péj. « Rendre passionné de tout ce qui concerne Dieu ». Dans la tête de tous vos Jacobins qui veulent nous envertueuser et nous endéificoquer (, Dieux ont soif, 1912, p. 130)
: « Se mettre en grand deuil ». Et l'automne s'engrandeuille au bois de Boulogne (, Complaintes, 1885, p. 182)
: « S'enticher de religion ». Depuis que tu t'es enreligiosé (, Annette, t. 3, 1824, p. 98).
: « Avoir le culte de la vertu » (cf. France, loc. cit.)
emmarmotter (s')
verbe pronominalempianoter
verbe transitifencapricer (s')
verbe pronominalencauchemarder
verbe transitifendéificoquer
verbe transitifengrandeuiller (s')
verbe pronominalenreligioser (s')
verbe pronominalenvertuoser (s')
verbe pronominal— [Le subst. de base désigne un groupe d'animés, une classe soc., une race, et forme avec le préf. un verbe signifiant que l'on adopte l'aspect ou le mode de vie, de pensée de ce groupe, de cette classe] Cf. s'embourgeoiser.
• Familier : : « (Se) pourvoir d'une belle-mère emmerdante ». Moi ! les embellemerder, jamais ! (, Bonne Dame, 1891, p. 49). Embellemerder (s') [populaire] v. pr. Avoir une belle-mère (, Dict. arg.-fr. et fr.-arg., 1896, p. 101)
: « Rendre pareil à des animaux ». La chaleur (...) ce lourd siroco (...) embrasent le sang, affolent la chair, embestialisent (, Contes et nouv., t. 1 Marroca, 1882, p. 786)
: « Rendre allemand (boche) ». Les Hambourgeois ne sont pas des Prussiens., ils ne sont pas embochés pour un sou (, Bourlinguer, 1948, p. 281)
: « Rendre brigand ». Pitié de moi ! Me voilà embrigandé ! (, Dév. croix, 1953, 3e journée p. 576)
: « Se parer, se pommader... comme un Muscadin» (Littré)
: « Donner le caractère païen » (Littré)
: « Prendre les mœurs de la populace ». Et le fait est parfois que je m'empopulace D'une étrange façon (, Crâneries, 1842, p. 50)
: « Devenir crapule ». Les jeunes de maintenant, tous des fainéants! disait la mère Dumoussot (...) ils font du trafic, ils s'encrapulent (, Banl. sud-est, 1947, p. 213)
: « S'encanailler (au contact des ducs) ». Il disait qu'il allait s'enducailler, comme d'autres auraient dit s'encanailler (, Nouv. lundis, t. 7, 1863-69, p. 371)
: « Teinter de gauloiserie ». Il sied que la Postérité sache de quelle interprétation géniale l'auteur de Mauprat avait engauloisé la principale partie de la susdite proposition (, Œuvres compl., t. 5 Vingt-sept biogr. (A. Silvestre), 1896, p. 317)
embellemerder
verbe transitifembestialiser
verbe transitifembocher
verbe transitifembrigander
verbe transitifemmuscadiner (s')
verbe pronominalempaganiser (s')
verbe pronominalempopulacer (s')
verbe pronominalencrapuler (s')
verbe pronominalenducailler (s')
verbe pronominalengauloiser (s')
verbe transitif— [Le subst. en compos. désigne un nom propre (de pers., de lieu)] Le verbe composé exprime l'entrée dans une manière, l'adoption d'une manière d'être ou d'agir conforme à cette personne, à ce lieu ou à ce qu'ils représentent.
• Fam., noms de pers. : « Prendre la forme de pensée du comte J. de Baraglioul ». Votre pedigree, depuis lors, me paraît s'être un peu bien embaraglioulé! (, Caves, 1914, p. 859)
: « Engluer de bondieuseries ». Ah, diable! il va chercher à m'embondieuser (, Bacchantes, 1931, p. 165)
: « Exciter, aguicher ». Les yeux empriapés par une petite fille de douze ans (, Journal, 1856, p. 291)
: « Ennuyer beaucoup » (cf. Fustier, Suppl. dict. Delvau, 1889, p. 532)
: « Rendre quinaud, enjôler » (Littré).
embaragliouler (s')
verbe pronominalembondieuser
verbe transitifempriaper
verbe transitifencambronner
verbe transitifenquinauder
verbe transitif• Noms de lieux : : « Donner des joies comparables à celles du paradis ». Elle faisait les honneurs de façon à vous emparadiser dans chacune de ses questions (, Corresp., 1862, p. 59)
: « Donner la tournure, les mœurs des Camarguais.» Le receveur de l'enregistrement encamargué (Arnoux, Rhône, 1944, p. 365)
: « Rendre semblable à la noblesse, à la grandeur du palais de Versailles ». Une de ces grandeurs mortes, tristes à faire pleurer, et qui vous enversaillent l'âme (, Journal, 1865, p. 208)
emparadiser
verbe transitifencamarguer
verbe transitifenversailler
verbe transitifB. — La base est un adj. qualificatif : le verbe ou le part. passé en emploi adj. composé avec -en exprime l'acquisition d'une qualité, d'une vertu. Faire devenir + adj. Cf. embellir, embrunir, endurcir, enrichir... : : « Rendre maigre, devenir maigre » (Littré)
: , fam. « Enivrer, rendre paf ». Et d'abord, glapissait le renaudeur, faudrait pas essayer de m'empafer (, Paris, 1939, p. 176)
: « Rendre plus aigre, plus cuisant » (Littré).
: « Jouir d'un calme plat ». C'est à bord d'un voilier encalminé (, Drôle de jeu, 1945, p. 156)
: « Devenir cuistre ». Pendant cinquante ans, nos compatriotes, Sorbonne en tête, s'encuistrèrent de la plus déplaisante — et plaisante façon (, Stup. XIX e s., 1922, p. 205)
: « Rendre fort ». L'air trop rarement renouvelé, chargé d'azote et de vapeurs méphitiques, ne nous laisse ni croître ni enforcir (, Sous tilleuls, 1832, p. 75)
: « Rendre jaloux » (Littré)
: « Rendre lourd, alourdir ». Un homme que l'âge « enlourdissait », visiblement (, Tartarin Alpes, 1885, p. 33)
: « Rendre niais ». Le marié avait un air moitié amoureux, moitié victime, qui rapetisse et enniaise la chose (, Memor. 2, 1838, p. 252)
: « Faire devenir rouge, rougir ». Une mine tout enrougie d'aise (, Maîtres sonneurs, 1853, p. 316)
emmaigrir
verbe transitifempafer
verbe transitifenaigrir
verbe transitifencalminer
verbe transitifencuistrer (s')
verbe pronominalenforcir
verbe transitifenjalouser
verbe transitifenlourdir (s')
verbe transitifenniaiser
verbe transitifenrougir
verbe transitifC. —[Le mot de base est un verbe.]
1. Le verbe composé ou le part. passé en emploi adj. exprime le commencement d'une action : : « Faire dormir quelqu'un »
: « Commencer à dormir »
endormir*
verbe transitifendormir* (s')
verbe pronominalRemarque : Dans ce cas, c'est toujours l'idée « d'entrer dans quelque chose » qui apparaît, mais au figuré.
2. Le verbe composé est le doublet d'un verbe simple; employé souvent au fig., sa valeur est perfective cf. embrouiller, empresser, endurcir, enlacer : : « Charger ». C'étaient des bêtes que ma mère avait élevées, et qu'elle m'avait bien enchargée de soigner pour le mieux (, Jeanne, 1844, p. 139)
: « Mourir ». Laissez-la doncque s'emmourir tout à sa guise, not' bounn' vielle (, Gonfle, 1928, II 5 p. 1205)
: « Partir ». Avant que de m'empartir (, Louve Fr., 1959, p. 332)
: « Accabler en dupant ». Je t'ai rapporté plus que les chevaux dont tu enrosses les amis (, M. Fred, 1891, p. 191)
encharger
verbe transitifemmourir (s')
verbe pronominalempartir (s')
verbe pronominalenrosser
verbe transitifRemarque : Ces doublets sont aussi, dans une lang. poét., les vestiges de formes verbales dans lesquelles les part. passés étaient préfixés par -en. Enfondu. Mais non moins enfondue aux dons du Saint-Esprit (Péguy, Ève, 1913, p. 942). Encommencé. Laisser à tout jamais la tâche encommencée (Id., J. d'Arc, 1913, p. 678). Enrougi (cf. Sand, Maîtres sonneurs, 1853, p. 316). Le préf. en- serait donc ici l'indice d'un état atteint ou de l'acquisition complète d'une qualité.
D. —P. plaisant.
1.[La base est un syntagme nom. ou prép. auquel on adjoint un suff. verbal :] : (Cf. supra)
: (Cf. Delvau, Dict. de la lang. verte, 1889, p. 128)
: « Monter à califourchon ». J'encalifourchonnai un âne pacifique (, Nil, 1854, p. 289)
: « S'enrouler comme un escalier en colimaçon ». Rembrandt est le philosophe à barbe blanche qui s'encolimaçonne en son réduit (, Gaspard, 1841, p. 63)
enbondieuser
verbe transitifenbonnetdecotonner
verbe transitifencalifourchonner
verbe transitifencolimaçonner
verbe pronominal2.[La base est une formation expressive (souvent pop.) ou une onomatopée. ] Cf. s'emberlificoter : : « Cf. embringuer ». Je n'ai qu'un regret, je me trouve emberlingué de trop de philosophie (, Journal, 1893, p. 439)
: « Ennuyer ». Ils étaient si entassés (...) embistrouillés dans les chaises, raccrochés sur les monticules (...) qu'on pouvait plus rien entrer prendre (, Mort à crédit, 1936, p. 531)
: « Enfermer, prendre ». Ej' vas lui emburlucoquer el' musiau dans c'te toile à sac (, Gonfle, 1928, III 1 p. 1221)
: « Émouvoir ». Monsieur, vous avez l'air tout encharibotté! (, Roi s'amuse, 1832, p. 361)
: « Ennuyer ». Les ministres, je m'en sers quand j'en ai besoin. Et puis, je les enquiquine (, Passion J. Pasquier, 1945, p. 93)
emberlinguer
verbe transitifembistrouiller
verbe transitifemburlucoquer
verbe transitifencharibotter
verbe transitifenquiquiner
verbe transitifRemarque : Concurrence avec d'autres affixes. 1. Concurrence a-/ en-. La comparaison entre les textes anc. et mod. permet de remarquer qu'une grande quantité de mots préfixés par en-ont disparu ou ont perdu leur préf. « Lorsqu'il y a alternance formelle entre un verbe simple et un verbe préfixé, on peut dire qu'actuellement seule l'alternance a/ø est pertinente : grandir (intrans.), agrandir (trans.). L'alternance en/ø n'existe pratiquement plus; en conséquence les verbes en en- sont aussi bien transitifs, qu'intransitifs : « embellir un édifice »/« elle embellit ». Cette double valeur est elle-même peu fréquente, les autres verbes en en-n'ont qu'une valeur : enrichir (transitif) » (Pottier, Systématique des éléments de relation, Paris, C. Klincksieck, 1962, p. 325). La répartition entre les deux préf. est finalement imprécise d'autant plus qu'ils ont souvent une même valeur : appauvrir « rendre plus pauvre », enrichir « rendre plus riche ». Toutefois le préf. en- met l'accent sur une idée d'intériorité et par là, d'abondance de la substance désignée par le rad. alors que a- ne fait qu'en signaler la présence (cf. a-). 2. Le préf. é- qui peut marquer le changement d'état : échauffer « rendre chaud », éclairer « rendre clair », égayer « rendre gai », épurer « rendre pur ».
Morphologie
A.— Var. morphol. N devient m devant les consonnes m, b, p. Emmailloter, emballer, empailler. Rem. Toutefois, lorsque le verbe est formé sur un syntagme dont on distingue aisément les composants, le n se maintient. S'enbohémer (Delvau, Dict. de la lang. verte, 1889, p. 128). S'enbonnetcotonner (France 1907). S'enbondieuser (cf. supra).
B.— Combinaisons avec d'autres préf. 1. Avec ré-. Le verbe ainsi formé indique que l'action est faite à nouveau. Embarquer, débarquer, réembarquer. 2. Avec dé(s)-. Le verbe ainsi formé indique que l'action est faite en sens inverse, annihilant l'effet de l'action précédente. Embarquer, débarquer, désembarquer.
B.— Combinaisons avec d'autres préf. 1. Avec ré-. Le verbe ainsi formé indique que l'action est faite à nouveau. Embarquer, débarquer, réembarquer. 2. Avec dé(s)-. Le verbe ainsi formé indique que l'action est faite en sens inverse, annihilant l'effet de l'action précédente. Embarquer, débarquer, désembarquer.
Étymologie
A.— Lat. En- remonte au préf. lat. in-, lui-même issu de la préposition in : dans, sur, en parlant de l'espace et du temps, que l'on considère les choses en état de mouvement vers un but, d'où un sens moral de « pour, en vue de » ou de repos (d'apr. Ern.-Meillet 1959, p. 312).
— Le préf. a formé très tôt de nombreux verbes : incingere > enceindre (XIII) incantare > enchanter (XII) ingencrare > engendrer (XI) inflammare > enflammer (XII)
— De même on suppose en lat. vulg. : imbiberare > embrever (XIII) inclavare > enclaver (XII) infodire (class. infodere) > enfouir (XI) ingrassiare, incrassiare > engraisser (XI)
B.— A. fr. En a. fr., une forme participale avec en- peut correspondre à un verbe simple trans. ou à un verbe préfixé par a-. « Une certaine affinité entre en- (dont la visée finale inclut les limites, d'où l'impression de transmutation) et le morphème dynamique résultatif (-i, -é, -u) a fait que certains verbes (...) avaient en ancien français un participe passé en en- » (B. Pottier, Systématique des éléments de relation, 1962, p. 260) : archier, enarchié ; affaiblir, enfaibli ; amonceler, emmoncelé; seller, ensellé. Cf. également rougir, enrougi; fondre, enfondu; commencer, encommencé. Toutefois la tendance de la langue veut qu'un paradigme verbal se constitue d'après la forme génératrice, que celle-ci soit simple ou composée. Rougi se modèlera donc sur rougir, atapi sur atapir, amoncelé sur amonceler.
— Le préf. a formé très tôt de nombreux verbes : incingere > enceindre (XIII) incantare > enchanter (XII) ingencrare > engendrer (XI) inflammare > enflammer (XII)
— De même on suppose en lat. vulg. : imbiberare > embrever (XIII) inclavare > enclaver (XII) infodire (class. infodere) > enfouir (XI) ingrassiare, incrassiare > engraisser (XI)
B.— A. fr. En a. fr., une forme participale avec en- peut correspondre à un verbe simple trans. ou à un verbe préfixé par a-. « Une certaine affinité entre en- (dont la visée finale inclut les limites, d'où l'impression de transmutation) et le morphème dynamique résultatif (-i, -é, -u) a fait que certains verbes (...) avaient en ancien français un participe passé en en- » (B. Pottier, Systématique des éléments de relation, 1962, p. 260) : archier, enarchié ; affaiblir, enfaibli ; amonceler, emmoncelé; seller, ensellé. Cf. également rougir, enrougi; fondre, enfondu; commencer, encommencé. Toutefois la tendance de la langue veut qu'un paradigme verbal se constitue d'après la forme génératrice, que celle-ci soit simple ou composée. Rougi se modèlera donc sur rougir, atapi sur atapir, amoncelé sur amonceler.
Prononciation et orthographe
1. En- + voyelle. Doit normalement conserver le son nasal; ex. : enamourer [ɑ̃namuʀe], enivrer [ɑ̃nivʀe], enorgueillir [ɑ̃nɔʀgœji:ʀ]. Mais, sous l'infl. de mots du type énergie, énigme, énoncer, ils sont parfois orthographiés énivrer, énamourer, énorgueillir [enivʀe], [enamuʀe], [enɔʀgœji:ʀ]. Mart. Comment prononce 1913, p. 133, considère ces prononc. et ces graph. comme de véritables barbarismes, auxquels il demande de résister le plus possible. Littré constate l'incohérence de Ac. qui écrit énamourer mais enivrer. Pour éviter les ambiguïtés, Fér. Crit. t. 2 1787 propose d'écrire ennivrer, ennorgueillir, le redoublement de n préservant la nasale. Car, comme le souligne Buben 1935, § 96, c'est sous l'infl. de l'écriture (effet Buben) que la prononc. s'altère. L'orth. de ennui [ɑ̃nɥi] ne prête pas à confusion. Autrefois la prononc. [anɥi] était cour. à côté de [ɑ̃nɥi]. (Jusqu'au xviiie s.) on entend encore cette prononc. dans le Midi. Elle suppose l'existence de l'orth. annui [ɑ̃nɥi] dénasalisée au profit de la voyelle a. Il y avait en effet identité de prononc. entre les graph. en- et an- (= [ɑ̃]). Dès le xiiie s., il y avait confusion entre ces 2 graph. chez les copistes de Chrestien de Troyes et l'on note encore au xviiie s. : Les avantures de Télémaque. Aujourd'hui on écrit de même sans (sĭne), dans (de ĭntus), etc. (cf. Bourc.-Bourc. 1967, § 61, II). A partir du xvie s. commence le phénomène de dénasalisation. La tendance est à donner à la voyelle dénasalisée le timbre correspondant à la voyelle choisie pour écrire l'initiale. Ainsi, selon que l'on écrivait an(n)ui ou en(n)ui, l'on obtient [anɥi] ou *[εnɥi]. Le 2e segment nasal peut disparaître dans la graph. La présence de la nasale dans l'initiale mod. du mot s'explique p. anal. avec des mots du type enfermer dans lesquels en- se trouve devant une consonne autre que n et ne nécessitant pas le redoublement pour conserver la nasalité de la voyelle précédente. Dans un mot comme ennemi, il n'y a pas eu rétablissement de la nasale; on a écrit ennemi ou annemi pour figurer la prononc. [ɑ̃nəmi]. La dénasalisation aboutit à [εnəmi] dans le cas de la graph. ennemi, à [anəmi] dans le cas de la graph. annemi écrite aussi anemi. La prononc. [anəmi] et sa graph. an(n)emi n'ont pas prévalu et elles sont considérées comme tout à fait arch.; on les rencontre encore dans qq. provinces. La graph. ennemi et sa prononc. [εnmi] ou, p. harmonis. vocalique, [enmi] sont la graph. et la prononc. actuelles. Fér. Crit. t. 2 1787 propose d'écrire énemi pour éviter (ce serait utile aux étrangers) la nasalisation. 2. En- + h. a) En- + h lat. En- ne risque pas de perdre sa nasalité car h, bien que purement graph., empêche cependant la décomposition du préf. et il y a liaison; ex. : enherber [ɑ̃nεʀbe]. b) En- + h germ. Ici non plus il n'y a pas de perte de nasalité grâce à h, mais celui-ci, qui fut jadis aspiré (cf. ds Fér. 1768, Fér. Crit. t. 2, 1787, Gattel 1841, Besch. 1845, Littré et DG), provoque une pause rythmique qui empêche encore la liaison, bien que les dict. récents ne transcrivent plus l'aspiration de h. 3. En- + consonne. Le segment dental [n], placé devant les consonnes labiales [m], [b], [p], a subi, à l'époque où il se prononçait encore, l'infl. labialisante de ces consonnes et s'est transformé en labiale correspondante [m] d'où la graph. actuelle qui n'aurait plus sa raison d'être; ex. : emmener, embaucher, emporter.
Bibliographie
Darm. 1877, p. 137. — Wagner (R.-L.). Rem. sur la valeur des préverbes a- et en- en a. fr. In : [Mél. Gamillscheg (E.)] Tübingen, 1952, pp. 51-65.