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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

DÉRAISONNABLE

adjectif
A. —[En parlant d'une pers.] Qui manque de raison dans ses actes ou dans sa manière d'être. Une conduite déraisonnable, des goûts déraisonnables. Lucile était violente, impérieuse, déraisonnable (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 35). Soyez déraisonnables tout un jour. Vous aurez, pour la triste raison, tout le reste de la vie (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 515).
Syntagmes : a) Synon. absurde, extravagant, incohérent, inconscient, inconséquent, insensé, irréfléchi, farfelu (fam.), loufoque (fam.). b) Anton. équilibré, posé, réfléchi, sage, sensé.
— Emploi subst. masc. à valeur de neutre. Ce goût dépravé de l'absurde, ce désir du déraisonnable que chacun de nous porte caché dans un repli de son cœur (A. France, Vie littér., 1890, p. 335).
— Ds le domaine de la pathol., littér. Synon. de aliéné mental. Cet homme (...) qui voulant expliquer à des visiteurs d'un hôpital d'aliénés qu'il n'était pas lui-même déraisonnable, malgré ce que prétendait le docteur (Proust, Fugit., 1922, p. 540).
B. —[En parlant d'une proposition, d'une situation] Qui s'écarte de la raison. Aujourd'hui, j'ai reçu de très convenables propositions de location [de la maison] pour six ans. Eh bien, c'est illogique et déraisonnable (Goncourt, Journal, 1870, p. 576).
Prononciation et orthographe
[deʀεzɔnabI̥]. Ds Ac. 1694, s.v. desraisonnable; ds Ac. 1718-1932, sous la forme moderne.
Étymologie et histoire
1370-72 desraisonnable (Oresme, Ethique, éd. A. D. Menut, p. 143). Dér. de raisonnable*; préf. dé(s)-*, (lat. dis-); cf. l'a. fr. desraisnable, 1re moitié xiiie s. (Comm. sur les Ps., Rich. 963, p. 266 ds Gdf.).
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 300. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 289, b) 388; xxe s. : a) 558, b) 484.
Dérivés

Déraisonnablement

adverbe
rare. D'une manière déraisonnable. Agir, parler, penser déraisonnablement. Lechy Elbernon. — (...) Qu'est-ce qui vous retient? Pourquoi ne vous tuez-vous pas? Marthe. — Vous parlez déraisonnablement (Claudel, Échange, 1894, III p. 703). Il était comme son père entreprenant à l'excès, déraisonnablement confiant en son étoile (Beauvoir, Mém. j. fille, 1958, p. 197). — [deʀεzɔnabləmɑ̃]. Ds Ac. 1694 s.v. desraisonnablement; ds Ac. 1718-1932 sous la forme moderne. — 1re attest. 1353 (Varin, Archiv. administrat. de la ville de Reims, t. 3, p. 41 ds Littré); de déraisonnable, suff. -ment1 *, cf. 1220-25 desraisnablement (G. de Cambrai, Barlaam et Jos., 6164 ds T.-L.). — Fréq. abs. littér. : 11.