DÉFERRER
verbe transitif1. J'ai vu le banc de pierre où le condamné était ferré et scellé pendant la messe, déferré seulement pour l'élévation, pour qu'on le mît à genoux. (, Journal, 1844, p. 561)
• Emploi pronom. à sens passif. Sa monture se déferrait du pied droit (, Le Temps, 1831, p. 84).
— P. métaph., fam. Décontenancer quelqu'un. Synon. déconcerter, démonter. Si on l'interrompait, il [Barrès] avait la réponse prompte et ne se laissait pas déferrer (, Mes années chez Barrès, 1928, p. 141) :
2. ... la jeunesse nous intimide parce que nous lui prêtons du secret. C'est la force de son silence. Nous le meublons de notre poche. Elle n'est pas longue à s'en rendre compte et à jouer de cette arme. Son silence devient systématique. Elle s'exerce à déferrer. (, La Difficulté d'être, 1947, p. 189)
Remarque : On rencontre ds la docum. chez Cocteau, Foyer artistes, 1947, p. 214 : un équipage déferré par la crainte et la manœuvre des voiles. Il semble que dans cet emploi il y ait une réminiscence du syntagme vieilli déferrer un navire (cf. Littré).
Prononciation et orthographe
[defεʀe] ou [-feʀe] par harmonisation vocalique; (je) déferre [defε:ʀ]. [ε] ouvert à l'inf. ds Fér. 1768, Fér. Crit. t. 1 1787, Nod. 1844, Fél. 1851, Littré, DG, Barbeau-Rodhe 1930, Warn. 1968 et Lar. Lang. fr.; [e] fermé ds Land. 1834, Gattel 1841, Passy 1914 et Pt Rob. Homon. déférer si l'on admet la prononc. avec [e] fermé.
Étymologie et histoire
1. Ca 1130 « enlever un ou plusieurs fers à une bête de somme » destriers desferrez (Couronnement Louis, éd. E. Langlois, 2257), en partic. 1289 « libérer un prisonnier » (Jacquemard Gielée, Renart le Nouvel, éd. H. Roussel. 1717);
2. ca 1200 [ms. fin xiiie s.] lances defferrees ([Richart de Semilli], Tournoiement des Dames, 36 ds Romania t. 28, p. 237); xive s. [ms.] « ôter le fer qui garnit » (G. de Coincy, Mir. Vierge, éd. F. König 1 Mir. 10, 1324, var. ms. f. Arsenal 3527);
3. 1580 « perdre contenance » (Montaigne, Essais, éd. A. Thibaudet, I, XXVI, p. 204); 1680 trans. « déconcerter quelqu'un » (Sorel, Polyandre, III, 443 ds Dub.-Lag.). Dér. de ferrer*; préf. dé-*.
2. ca 1200 [ms. fin xiiie s.] lances defferrees ([Richart de Semilli], Tournoiement des Dames, 36 ds Romania t. 28, p. 237); xive s. [ms.] « ôter le fer qui garnit » (G. de Coincy, Mir. Vierge, éd. F. König 1 Mir. 10, 1324, var. ms. f. Arsenal 3527);
3. 1580 « perdre contenance » (Montaigne, Essais, éd. A. Thibaudet, I, XXVI, p. 204); 1680 trans. « déconcerter quelqu'un » (Sorel, Polyandre, III, 443 ds Dub.-Lag.). Dér. de ferrer*; préf. dé-*.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 4.