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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

DISCONTINUER

verbe
I. —Emploi trans.
A. —[Le suj. désigne un animé considéré comme agent de l'action; l'objet désigne toujours un entier décomposable en phases successives] Interrompre la suite d'une opération unique et de soi continue, ou d'une série continue d'opérations distinctes.
1.[Le compl. d'obj. est un subst. ou un de ses équivalents]
a)[Le compl. d'obj. désigne une chose dont le traitement se développe dans le temps] Discontinuer un bâtiment (Ac.) :
1. Un murmure involontaire échappé à l'assemblée qu'il [le chanteur] tenait comme attachée à ses lèvres, acheva de le troubler; il s'assit, et discontinua son air. (Balzac, Sarrasine, 1831, p. 428)
— P. ext.[Le compl. d'obj. désigne une chose finie que le suj. a déjà précédemment faite] Ne plus faire, ne plus répéter. Depuis plusieurs jours le temps a été très mauvais. L'Empereur a discontinué ses promenades du matin (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 500). Un danseur (...) ayant discontinué ses battements quotidiens, fait des entrechats gauches (Taine, Notes Paris, 1867, p. 309).
b)[Le compl. d'obj. est un subst. d'action qui désigne une opération se développant dans le temps] :
2. Au lieu de s'arrêter après chaque pas pour relever sous une autre forme derrière lui ce qu'il avait abattu, il [Bonaparte] ne discontinuait pas son mouvement de progression parmi des ruines... (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 2, 1848, p. 642)
2.[Le compl. d'obj. est un verbe à l'inf. précédé de la prép. de] Mme Strauss, que je ne puis discontinuer d'appeler Mme Bizet (Goncourt, Journal, 1887, p. 659) :
3. Quoi qu'il en soit des prétentions des souverains et des nations, l'Église, elle, n'a pas discontinué de proclamer son droit imprescriptible d'intervenir dans les choses temporelles « ratione peccati ». (Maritain, Primauté du spirituel, 1927, p. 39)
3.Emploi abs. Voilà trois mois et demi que j'écris sans discontinuer du matin au soir (Flaub., Corresp., 1847, p. 48) :
4. Autrefois, je savais mon jour de nom par une cousine qui me donnait (...) quelque petit cadeau. En revanche, je lui souhaitais la Sainte-Eulalie. Nous avons discontinué par accord mutuel... (Mérimée, Lettres à une autre inconnue, 1870, p. 18)
B. —[Le suj. désigne un inanimé susceptible d'action ou de développement, en vertu de sa nature propre ou de sa finalité]
1.[Le compl. d'obj. est un subst. ou un de ses équivalents] Interrompre la suite d'une opération unique et continue ou d'une série continue d'opérations distinctes. Pendant onze siècles, de Thalès à Justinien, leur philosophie [des Grecs] n'a jamais discontinué sa pousse (Taine, Philos. de l'art, t. 2, 1865, p. 101) :
5. La barque suivait le bord des îles. (...) à l'arrière la bauche qui traînait ne discontinuait pas son petit clapotement doux dans l'eau. (Flaubert, M me Bovary, t. 2, 1857, p. 104)
2.[Le compl. d'obj. est un verbe à l'inf. précédé de la pré. de] Ne plus accomplir ou éprouver la suite d'une opération unique et de soi continue ou d'une série continue d'opérations :
6. Ce n'est pas que mon cœur ait discontinué d'être le plus paisible des cœurs; mais il y a là [dans ma position] quelque chose de ridicule. (O. Feuillet, Scènes et proverbes, 1851, pp. 335-336)
II. —Emploi intr.[Le suj. désigne un inanimé] Ne plus avoir de suite.
A. —[Le suj. désigne un inanimé ayant un développement spatial] :
7. ... la double ligne de maisons ne discontinua plus; et, sur la nudité de leurs façades, se détachait, de loin en loin, un gigantesque cigare de fer-blanc, pour indiquer un débit de tabac. (Flaubert, L'Éducation sentimentale, t. 1, 1869, p. 131)
B. —[Le suj. désigne un inanimé ayant un développement temporel] Subitement, une grande clarté se fit, la pluie discontinua, les nuées se désagrégèrent, le vent venait de sauter (Hugo, Travaill. mer, 1866, p. 355). Ici, à Croisset, il pleut sans discontinuer; on est dans l'eau (Flaub., Corresp., 1876, p. 360) :
8. ... le Palais de Justice sauta (...) Le lendemain la Banque sauta (...) Les explosions ne discontinuaient pas. (France, L'Île des pingouins, 1908, p. 416)
Remarque : Le verbe est employé le plus souvent avec une négation, en partic. sous la forme sans discontinuer.
Prononciation et orthographe
[diskɔ̃tinɥe], (je) discontinue [diskɔ̃tiny]. Ds Ac. 1694-1932.
Étymologie et histoire
1. 1314 descontinuer méd. « diviser, inciser » (H. de Mondeville, Chirurgie, 2144 et 2145 ds T.-L.);
2. ca 1393 discontinuer « cesser, ne pas continuer de » (Ménagier de Paris, I, 176, ibid.). Empr. au lat. médiév. discontinuare « interrompre » (1267 ds Latham).
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 108.