DÉTENIR
verbe transitifA. —[Le compl. désigne une chose]
1.[Le compl. désigne une chose concr.] Avoir entre les mains, à sa disposition, légalement ou illégalement quelque chose qui appartient à autrui. Détenir une clé :
1. raoul. — Enfin j'ai lu l'article des successions. Or, ma tante Anastasie m'a laissé cent cinquante mille francs. Vous les détenez illégalement, puisque je suis majeur et que j'ai droit à ma fortune. (, Les Faux bonshommes, 1856, II 7 p. 67)
2.[Le compl. désigne le plus souvent une chose abstr.] Avoir, posséder.
a)[Le suj. désigne un animé, un de ses attributs, une collectivité] Détenir la majorité, un don, un monopole, un record. Quels pouvoirs cet esprit ne savait-il pas détenir? (, Enf. d'Aust., 1902, p. 26).
b)[Le suj. désigne un inanimé abstr., parfois une chose concr.] Vérités contrôlées — que, seule, la religion détient (, J. Barois, 1913, p. 220). Ces parures détiennent un attrait de pierreries froides (, Pays connu, 1949, p. 35).
B. —[Le compl. désigne une pers.] Retenir quelqu'un dans un lieu, en particulier en prison, pour différentes raisons officielles ou non, selon une décision légale ou arbitraire. Détenir qqn (en prison); être détenu pour dettes. J'ai connu Jacques à l'hôpital, où j'étais moi-même détenu par une longue maladie (, Scènes vie boh., 1851, p. 204) :
2. N'avait-il pas [Bonaparte] fait arrêter et détenir prisonniers pendant des années les voyageurs anglais qui se trouvaient en France au moment de la rupture du traité d'Amiens? (, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 2, 1848, p. 638)
— Emploi pronom. réfl., rare. Saint Léobard qui se détint dans le creux d'un roc, à Marmoutiers (, Oblat, t. 1, 1903, p. 167).
Prononciation et orthographe
[detni:ʀ] ou [dεtni:ʀ] selon DG et Pt Rob. Warn. 1968 considère la var. avec [ε] ouvert comme relevant du lang. cour. au même titre que [detni:ʀ], la prononc. du lang. soutenu étant [detəni:ʀ]. (Je) détiens [detjε̃] ou [dεtjε̃]. Cf. tenir. Pour l'hésitation entre [e] fermé et [ε] ouvert quand l'e protonique porte l'accent aigu, cf. Buben 1935, § 14. Le verbe est admis ds Ac. 1694-1932. Conjug. cf. tenir. Homon. détint et déteint (de déteindre).
Étymologie et histoire
1. 1160-74 « s'emparer de » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, I, 1435);
2. 1176 « garder, retenir (quelqu'un) » (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. M. Roques, 74); 1176-81 (quelque chose) (Id., Chevalier Lion, éd. M. Roques, 2276);
3. 1306 « retenir prisonnier » (Joinville, St Louis, éd. N. de Wailly, 302); 1826 part. passé subst. (Mozin-Biber). Empr. au lat. class. detinere « retenir, empêcher, tenir occupé », avec adaptation sur tenir*.
2. 1176 « garder, retenir (quelqu'un) » (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. M. Roques, 74); 1176-81 (quelque chose) (Id., Chevalier Lion, éd. M. Roques, 2276);
3. 1306 « retenir prisonnier » (Joinville, St Louis, éd. N. de Wailly, 302); 1826 part. passé subst. (Mozin-Biber). Empr. au lat. class. detinere « retenir, empêcher, tenir occupé », avec adaptation sur tenir*.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 328. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 44, b) 86; xxe s. : a) 579, b) 960.