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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

DÉSINTÉRESSEMENT

substantif masculin
A. —Gén. laud. Attitude par laquelle une personne néglige ses intérêts propres pour servir ceux d'autrui. Faire qqc. avec désintéressement. Synon. détachement, abnégation.
1.[L'absence d'intérêt est plutôt d'ordre matériel]Anton. intéressement :
1. Le thème de l'emprunt et le thème du diplôme alternaient dans les hymnes que nous chantions à l'avenir. Il y avait, dans les efforts de mon père, une part de désintéressement sincère : il désirait la science d'abord pour elle-même; l'orgueil et l'argent ne jouaient pas le premier rôle, en principe; mais l'argent, le cruel argent finissait toujours par venir à l'avant-scène. (Duhamel, Chronique des Pasquier, Le Jardin des bêtes sauvages, 1934, p. 88)
2.[Plutôt d'ordre personnel, affectif ou moral; souvent en assoc. avec abnégation, noblesse, oubli de soi, sacrifice] Aimer avec désintéressement (cf. Duras, Édouard, 1825, p. 143). Se conduire en héros, en martyr, avec noblesse, avec désintéressement (Barrès, Cahiers , t. 10, 1913-14, p. 311) :
2. Si, dans les occupations qui remplissent presque tout notre temps, nous ne suivons d'autre règle que celle de notre intérêt bien entendu, comment prendrions-nous goût au désintéressement, à l'oubli de soi, au sacrifice? (Durkheim, De la Division du travail social, 1893, p. V)
B. —Dans un cont. dépréc. Manque total d'intérêt pour quelque chose ou quelqu'un; indifférence. Synon. désintérêt. Des gens qui regardent les paysages avec le désintéressement particulier aux ruminants (Debussy, M. Croche, 1926, p. 69) :
3. À son réveil, elle [la Faustin] s'était tout à coup découvert une espèce de désintéressement affadi et écœuré de tout ce qui l'intéressait le plus, les autres jours. (E. de Goncourt, La Faustin, 1882, p. 172)
Prononciation et orthographe
[dezε̃teʀεsmɑ̃]. Ds Ac. dep. 1694.
Étymologie et histoire
1656 (Pascal, Provinciales, 16e lettre, éd. L. Lafuma, p. 446). Dér. du rad. de désintéresser*; suff. -ment1 *.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 602. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 857, b) 738; xxe s. : a) 975, b) 846.
Bibliographie
Gohin 1903, p. 303.