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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

CONTREDIRE

verbe transitif
Opposer à une affirmation une opinion contraire.
A. —Emploi trans. dir.
1.[Le compl. d'obj. dir. désigne un inanimé abstr.] :
1. Un journal de l'État-Major ne disait-il pas récemment que non seulement il était indifférent que l'enquête de la Cour de Cassation aboutît à confirmer ou à contredire l'arrêt du conseil de guerre, mais que cet arrêt lui-même, (...) devait préjuger l'œuvre de la Cour de Cassation, et rendre la révision désormais impossible? (Clemenceau, Vers la réparation, 1899, p. 522)
— P. ext. (S') opposer à, aller à l'encontre de. Cette parole te venait de ma part, mais tu l'as ensuite « oubliée », parce qu'elle contredisait en toi le goût du plaisir (Green, Journal, 1942, p. 216). Pour contredire l'évolution technique, ils s'employèrent à la contester (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 14) :
2. Ceux qui ne voient pas Dieu ne m'ont jamais paru des hommes. Ce sont à mes yeux des êtres d'une espèce à part, nés pour contredire la création, pour dire non là où la nature entière dit oui... (Lamartine, Le Tailleur de pierre de Saint-Point, 1851, p. 426)
2.[Le compl. d'obj. dir. désigne une pers.] :
3. Un après-midi, dans la cour de la Sorbonne, je contredis vivement, sur je ne sais quel sujet, un jeune homme au long visage ténébreux : il me considéra avec surprise et déclara qu'il ne trouvait rien à me répondre. (S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958, p. 242)
— Emploi abs. J'aime à parler, pourvu que je contredise (Renard, Journal, 1908, p. 1160). Nous n'aimons point contredire quand nous aimons, ni approuver quand nous haïssons (Alain, Propos, 1929, p. 823) :
4. Je m'irritais enfin de ces paroles, qui précédaient trop ma pensée; j'eusse voulu tirer arrière, l'arrêter; mais je cherchais en vain à contredire ; et d'ailleurs m'irritais contre moi-même plus encore que contre Ménalque. (Gide, L'Immoraliste, 1902, p. 436)
— Emploi pronom.
a)Sens réfl. Soutenir successivement des opinions opposées. Une Isabelle qui rit, qui court dans l'herbe, qui se contredit trois fois par minute (Martin du G., Taciturne, 1932, II 7 p. 1291) :
5. Bien que Jean-Louis sût depuis longtemps que sa mère n'éprouvait aucune gêne à se contredire et qu'elle ne se piquait pas de logique, il fut stupéfait de la voir opposer à Dussol des arguments dont lui-même s'était servi contre elle, la veille au soir : ... (Mauriac, Le Mystère Frontenac, 1933, p. 161)
b)Sens réciproque :
6. Non seulement les différentes feuilles musicales se contredisaient l'une l'autre à cœur joie; mais chacune d'elles se contredisait elle-même, d'un article à l'autre. Il y aurait eu de quoi perdre la tête, si l'on avait tout lu. (R. Rolland, Jean-Christophe, La Foire sur la place, 1908, p. 683)
B. —Emploi trans. indir. Contredire à qqc., à une parole. Je ne contredirai jamais à cette formule (Breton, Nadja, 1928, p. 152). « Vous êtes une mauvaise nature! » s'écrie parfois Madame. Elle [Mouchette] n'y contredit pas (Bernanos, Mouchette, 1937, p. 1281).
Prononciation et orthographe
[kɔ̃tʀədi:ʀ], (je) contredis [kɔ̃tʀədi]. Ds Ac. 1694-1932. Cf. contre-. Contredire, dédire, interdire, médire, prédire présentent les formes contrediser, dédiser, interdiser, médiser, prédiser.
Étymologie et histoire
1. Ca 880 « refuser, s'opposer à, empêcher » (Eulalie, 23 ds Henry Chrestomathie5 , p. 3) — xvie s. ds Hug. ;
2. 1165-70 « dire le contraire » (Chr. de Troyes, Erec, 61 ds T.-L.); ca 1170 senz cuntredit (Rois, éd. E.-R. Curtius, p. 157); ca 1450 subst. contredisans (Mystère du Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 7190); xve s. se contredire (Villon, Ballade des proverbes, 9, éd. Longnon et Foulet, p. 79). Empr. au lat. class. contradicere « parler contre (quelqu'un, quelque chose), s'opposer à ».
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 724. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 717, b) 563; xxe s. : a) 1 229, b) 1 425.