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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

CONTRE-

préfixe
I. — Contre- marque l'inversion, l'oppos. par rapport à une première orientation, par rapport à une première action.
A. — Contre- marque l'inversion.
1. Le composé désigne l'inverse symétrique de la chose désignée par la base. Voir à la nomenclature contre-calque, contre-champ, contre-courbe, contre-empreinte, contre-épreuve, contre-hachure, contre-hermine, contre-taille, contretype, et, sur ce modèle :

contre-abside

substantif féminin
: « Abside terminant une église à l'opposé de l'abside principale » (Vogüé-Neufville 1971)

contre-cache

substantif masculin
: , cin. « Inverse symétrique du cache » (Lar. encyclop. Suppl. 1968)

contreplat

substantif masculin
: « Revers du plat » (Brun 1968)
2.Au fig. Le composé désigne la reproduction, mais avec des traits moraux négatifs de la chose désignée par la base. V. les sens fig. de contre-calque, contre-épreuve, contretype et le mot contrefaçon.
— Spéc. Les composés désignent une institution niant ou inversant les règles de fonctionnement ou les valeurs de l'institution désignée par la base. V. à la nomenclature contre-éducation, contre-morale, contre-société, et, sur ce modèle :

contre-cours

substantif masculin
: « Étude en commun, excluant l'enseignement professoral ». Des contre-cours qui ressemblent fort à des cours. En plus gai. Sans contrainte (Le Monde, 1973, cité ds Giraud-Pamart Nouv. 1974)

contre-France

substantif féminin
: [Rohan] s'épuise, en courant de ville en ville, à vouloir établir et organiser en France une contre-France (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 12, 1851-62, p. 333)

contre-gouvernement

substantif masculin
: L'idée de dresser, en face du pouvoir un « contre-gouvernement » inspiré du « shadow cabinet » britannique (Le Monde 7-5-66 ds Gilb., 1971); « influence occulte d'une faction organisée pour paralyser l'action du gouvernement légal » (dep. Ac. Compl. 1842)

contre-religion

substantif féminin
: C'est [Tannhäuser] l'amour effréné, immense, chaotique, élevé jusqu'à la hauteur d'une contre-religion, d'une religion satanique (Baudel., Art romant., 1867, p. 498)

contre-univers

substantif masculin
: Ce que d'abord elles [les femmes] cherchent les unes auprès des autres, c'est l'affirmation de l'univers qui leur est commun (...) elles se liguent pour créer une sorte de contre-univers dont les valeurs l'emportent sur les valeurs mâles (Beauvoir, Deux. sexe, 1949, p. 360).
B. — Le composé désigne un mouvement, une force, un agent, etc. de nature similaire à celui désigné par la base, mais qui agit en sens contraire, qui en neutralise les effets.
1.Le composé est un subst. qui fonctionne de manière autonome.
a)La base désigne un mouvement orienté. V. à la nomenclature contre-courant, contre-jour, contre-lame1, contre-pied, contreplongée, contresens, et relativement au temps, contrefugue, contrepoint, contretemps, et, sur ce modèle :

contre-admission

substantif féminin
: Celui-ci [le piston] continuant son mouvement rétrograde refoule le mélange dans la chaudière (...) De là les noms de contre-admission, ou de refoulement dans la chaudière donnés à cette phase (Herdner, Locomotives vap., s.d., p. 244)

contre-extension

substantif féminin
: Tracteur à levier du Dr Lambotte, avec attelle de contre-extension à glissière se fixant automatiquement (Catal. instruments chir. [Collin], 1935, p. 403). Attesté vers 1560 (A. Paré)

contre-flux

substantif masculin
: Et comme un fleuve qui reprend son cours après le contre-flux d'une grande marée (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 851)

contre-fuite

substantif féminin
: Derrière ce premier rideau, dans la profondeur des pâturages, les pitons phonolithiques, imitaient des ruines féodales. Ils fuyaient, d'une contre-fuite plus lente, trop gros pour aller vite, moins dociles aux suggestions de rapidité lancées par la voiture (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 244)

contre-houle

substantif féminin
: Cette mer démontée, dont les lames se heurtaient alors à celles que provoquait la nouvelle aire du vent. De là un choc de contre-houles qui eût écrasé une embarcation moins solidement construite (Verne, Tour monde, 1873, p. 119)

contre-marée

substantif féminin
: « Marée dont la direction est opposée à celle de la marée ordinaire » (Ac. 1932); attesté dep. 1636, Le P. Monet, d'apr. FEW t. 6, 1, p. 318 b

contreréfraction

substantif féminin
: Recourant aux vibrations diverses de l'éther, il a fait que par les chocs de doubles chocs moléculaires, ainsi que par les contreréfractions des réfractions originelles (Giraudoux, Amphitr. 38, 1929, II 2 p. 85)

contre-rythme

substantif masculin
: Cette crainte, cette honte, amènent le contre-rythme, le reflux, le besoin, fût-ce en reculant d'abord, en retirant vivement la sympathie précédemment confessée, de reprendre l'offensive et de ressaisir l'estime, la domination; le rythme double est perceptible dans les diverses périodes d'un même amour, dans toutes les périodes correspondantes d'amours similaires (Proust, Sodome, 1922, p. 829)

contrevue

substantif féminin
: Pour avoir la contre partie, la vue de l'autre côté, la contrevue pour ainsi dire (Péguy, V.-M. comte Hugo, 1910, p. 732)
b)La base désigne un agent, une force. V. à la nomenclature contre-choc, contre-coup, contre-feu, contre-force, contrepoids, contrepoison, contre-pression, contreréaction, contre-stimulant, et, sur ce modèle :

contre-angoisse

substantif féminin
: Ces motifs à leur tour, du seul fait qu'ils sont motifs d'un possible, se donnent comme inefficients, comme non-déterminants : ils ne peuvent pas plus produire le suicide que mon horreur de la chute ne peut me déterminer à l'éviter. C'est cette contre-angoisse qui en général fait cesser l'angoisse en la transmuant en indécision (Sartre, Être, 1943, p. 69)

contre-charme

substantif masculin
: Déjà la chance tourne, je le sens. Quelqu'un m'étrangle! ... Si vous ne prenez pas ma défense, c'est fini... Trouvez un contre-charme (Morand, Magie noire, 1930, p. 57); attesté dep. 1572 (Du Pinet trad. du, Comm. de Matthiolus sur Dioscoride, 540 a ds Hug.)

contre-effet

substantif masculin
: [Mme Caroline] , réfractaire d'habitude aux imaginations trop chaudes, se laissait pourtant aller à cet enthousiasme, n'en voyait plus nettement l'outrance. À la vérité, cela caressait en elle sa tendresse pour l'Orient, son regret de cet admirable pays, où elle s'était crue heureuse; et, sans calcul, par un contre-effet logique, c'était elle, ses descriptions colorées, ses renseignements débordants, qui fouettaient de plus en plus la fièvre de Saccard (Zola, Argent, 1891, p. 77)

contre-énergie

substantif féminin
: Le problème n'est pas seulement un problème d'être, c'est un problème d'énergie et par conséquent de contre-énergie. Dans cette communauté dynamique de l'homme et de la maison, dans cette rivalité dynamique de la maison et de l'univers, nous sommes loin de toute référence aux simples formes géométriques (Bachelard, Poét. espace, 1957, p. 58)

contre-ennui

substantif masculin
: Enfin la lettre de Mimi m'arriva tout exprès comme un contre-ennui (E. de Guérin, Journal, 1834, p. 9)

contre-folie

substantif féminin
: J'estime qu'on n'a chance de neutraliser la folie, dans la genèse des événements, qu'avec une certaine dose de contre-folie (Romains, Hommes b. vol., 1939, p. 153)

contre-goût

substantif masculin
: La lettre, je la ferai (...) ce n'est pas grand effort de surmonter un court ennui. (...). Ces contre-goûts sont bons comme une amertume, ils font agir la volonté pour les prendre et fortifient ensuite (E. de Guérin, Journal, 1840, p. 340)).

contre-poussée

substantif féminin
: Entre la poussée axiale du caractère, ses pesées latérales et la contre-poussée que nous exercerons sur lui par des contraintes pour l'enrichir et le stimuler, ce n'est pas un équilibre statique que nous devons réaliser, mais une tension prospective et un mouvement dialectique (Mounier, Traité caract., 1946, p. 721)

contre-violence

substantif féminin
: On ne peut contrecarrer la décision, qui est en notre absolu pouvoir, mais on peut contrarier physiquement son application physique, dévier et infléchir le déroulement empirique des actes : car on comprend que, dans l'intervalle, la force soit coextensive à l'effort et la contre-violence à la violence (Jankél., Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 257)

contre-volonté

substantif féminin
: Or cette contre-volonté qui coalise en un système toutes les puissances exclues, réussit souvent, c'est un fait, à supplanter la volonté même (Blondel, Action, 1893, p. 179)
c)La base désigne un acte juridique, une procédure parlementaire, etc. V. à la nomenclature : contre-lettre, contre-mesure, contreprojet, contre-proposition.
2.Le composé fonctionne à l'intérieur d'un syntagme prép. introd. par à, (ou, rarement, par en). V. à la nomenclature : à contre-biais, à contrebord, à contre-fil, à contre-mesure, à contre-poil, à contre-saison, à contre-voie; et, pour une part importante de leurs occurrences, les mots précédemment cités : contre-courant, contre-jour, contre-pied, contrepoint, contresens, contretemps, contrevent2, et, sur ce modèle :

à contre-clarté

locution
: Quelques chênes surgissaient çà et là : leurs ramures, à contre-clarté, noircissaient sur le ciel laiteux (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 55)

à contre-corps

locution
: Je suis horriblement fatigué, vraiment à l'extrême; avec la sensation du cerveau qui travaille à contre-corps (Valéry, Corresp., [avec Gide], 1919, p. 475)

à contre-fenêtre

locution
: Christine, assise à contre-fenêtre, n'était plus qu'une silhouette immobile et tassée (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 24)

à contre-lumière

locution
: L'obscurité, et sa position — à contre-lumière — lui permettaient de ne rien exprimer (Malraux, Cond. hum., 1933, p. 201)

à contre-lune

locution
: Voilà les trois peupliers, les trois sentinelles qui gardent la maison derrière le talus, voilà la maison... Elle est à contre-lune, ce n'est qu'une masse foncée (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 16)

à contremousson

locution
: Cependant ce détroit [des Célèbes] n'en est pas moins fréquenté tant par les baleiniers qui passent d'une mer à l'autre, que par les navires qui vont en Chine ou qui en reviennent à contremousson (Dumont d'Urville, Voy. Pôle S., t. 6, 1844, p. 194)

à contre-pluie

locution
: Cet auvent était établi devant sa porte, à contre-pluie (Pesquidoux, Livre raison, 1932, p. 138)

à contre-soleil

locution
: La joue montre, à contre-soleil, un duvet qui retient la lumière (Duhamel Suzanne, 1941, p. 186)

à contre-torrent

locution
: Jos-Mari et Kate décidèrent de quitter eux-mêmes le village et, marchant à contre-torrent, de monter au « Belvédère » (Peyré, Matterhorn, 1939, p. 252)

à contre-tangage

locution
: — Tu vois qu'elle me remarque, à contre-tangage (Céline, Mort à créd., 1936, p. 146)
— Avec des termes désignant un moyen de propulsion :

à contre-hélice

locution
: Le Nautilus suivait le torrent, rapide comme une flèche, malgré les efforts de sa machine qui, pour résister, battait les flots à contre-hélice (Verne, Vingt mille lieues, t. 2, 1870, p. 60)

à contre-vapeur

locution
: [Lorsque] la locomotive au lieu d'exercer un effort de traction, exerce un effort de retenue, (...) on dit que la locomotive travaille à contre-vapeur (A. Herdner, Locomotives vap., s.d., p. 240)
— Avec des subst. désignant des sentiments. V. à la nomenclature : à contrecœur, à contre-gré et :

à contre-bon sens

locution
: [Il] fait tout à contre-bon sens (M. de Guérin, Corresp., 1837, p. 311)
C. — Le composé désigne une action d'un type similaire à celle désignée par la base, et ayant pour fonction de la neutraliser.
1.La base est un verbe d'action. V. à la nomenclature : contre-attaquer, contrebattre, contrecarrer (la base est démotivée), contremanifester.
2.La base est un nom d'action (souvent déverbal). V. à la nomenclature : contre-attaque, contre-approche, contrebatterie, contrecarre, contre-espionnage, contreguérilla, contre-manifestation, contremarche, contre-mine, contre-mission, contre-offensive, contre-préparation, contreprojet, contre-proposition, contre-propagande, contre-réforme, contre-révolution, contreriposte, et, sur ce modèle :

contre-banquet

substantif masculin
: J'avais le pressentiment que ce pitre de Bergerat, dans sa haine contre moi, inventerait quelque chinoiserie pour entraver le banquet qu'on veut me donner. Il a inventé un contre-banquet Dumas (Goncourt, Journal, 1895, p. 713)

contre-Brumaire

substantif masculin
: J'eusse été [c'est Napoléon qui parle] l'objet, et la France l'infaillible victime d'un contre-Brumaire (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 52)

contre-campagne

substantif féminin
: On a fait une contre-campagne de presse, et on a payé à bureaux ouverts pendant quinze jours (Larbaud, Barnabooth, 1913, p. 159)

contre-croisade

substantif féminin
: Cependant une deuxième contre-croisade se préparait (Grousset, Croisades, 1939, p. 89)

contre-diplomatie

substantif féminin
: Un abbé chargé de toutes les iniquités de la contre-diplomatie de deux rois (Balzac, Illus. perdues, 1843, p. 718)

contre-grève

substantif féminin
: Les prix du revient de la vie deviendront impossibles, si un beau jour, les bourgeois ne font pas de la contre-grève (Goncourt, Journal, 1891, p. 111)

contre-intrigue

substantif féminin
: Et cependant, au lieu de lui faire donner du poison, une contre-intrigue que j'ignore a fait jeter ce vieillard aux « Présides » (Stendhal, Souv. égotisme, 1832, p. 121)

contre-procès

substantif masculin
: On juge à Berlin les « incendiaires » du Reichstag; on fait à Londres leur contre-procès (Guéhenno, Journal homme 40 ans, 1934, p. 247)

contre-rezzou

substantif masculin
: Baudouin retourna contre ceux-ci leur propre tactique, organisant et dirigeant lui-même des contre-rezzous (Grousset, Croisades, 1939, p. 63)
3.La base est un subst. désignant une personne. V. à la nomenclature : contre-espion, contre-manifestant, contre-révolutionnaire.
Remarque : En dehors de ces subst. qui correspondent à un subst. à valeur verbale ou à un verbe, il est tout à fait exceptionnel de trouver des composés formés directement sur des subst. désignant des pers. Noter cependant : contre-chouan. — Ainsi, reprit l'abbé, la police de Fouché sera plus dangereuse pour nous que ne le sont les bataillons mobiles et les contre-Chouans (Balzac, Chouans, 1829, p. 63) et le collectif contre-parti : Je reviens du Stabat. Les gens du village ne manqueront pas de dire dès demain que « j'ai tourné casaque ». Si j'allais à la messe dimanche matin, tout le « contre-parti » célébrerait décidément ma conversion. Je n'irai pas (Guéhenno, Journal « Révol. », 1938, p. 103).
II. — Contre- marque simplement le redoublement, la complémentarité.
A. — Le composé désigne la partie symétrique, le complément fonctionnel, la chose qui renforce celle que désigne la base. V. à la nomenclature : contre-allée, contre-digue, contre-espalier, contrescarpe, contrevallation; contre-batteur, contre-épaulette, contre-heurtoir, contre-platine, contre-sanglon; contrechâssis, contre-écrou, contre-fer, contre-latte, contre-mur, contre-porte, et sur ce modèle, en technologie :

contre-aiguille

substantif féminin
: On donne à ces derniers [les rails intérieurs] une forme allongée, (...), afin qu'ils puissent s'appliquer sur les rails extérieurs appelés contre-aiguilles sans former de saillie (Bricka, Cours ch. de fer, t. 1, 1894, p. 383)

contre-attache

substantif féminin
: Le choc avait rompu la contre-attache de toutes les ailes de gauche (La Landelle, 1868, ds Guilb. Aviat. 1965)

contre-bras

substantif masculin
: Chaque contre-bras peut être appelé à suppléer le bras qu'il croise (Resal, Ponts métall., t. 2, 1889, p. XXIV)

contre-câble

substantif masculin
: L'emploi des contre-câbles d'équilibre, nettement séparés du câble porteur, [afin de régulariser l'extraction] (Haton de La Goupillière, Exploitation mines, 1905, p. 292)

contre-clavette

substantif féminin
: La clavette [de la grosse tête de bielle motrice] est (...) retenue par une petite clavette de sûreté ou contre-clavette (Herdner, Locomotives vap., s.d., p. 171)

contre-douille

substantif féminin
: [Fixer] au moyen de la contre-douille qui vient se visser dans la douille du robinet d'entrée (Brunet, Matér. vinic., 1925, p. 444)

contre-éclisse

substantif féminin
: , lutherie. « Petite pièce de bois renforçant à l'intérieur les éclisses du violon ». 1re attest. 1901 (Grillet, Ancêtres violon, t. 2, p. 3)

contre-face

substantif féminin
: « Surface immobile qui ferme la partie opposée à la face de la meule de moulin qui broie le grain » (d'apr. Lar. 20e)

contre-fenêtre

substantif féminin
: « Seconde fenêtre, souvent amovible, ajoutée à une fenêtre ». 1re attest. 1319 (J.-M. Richard, Mahaut d'Artois, 295 ds Barb. Misc. 19, p. 13)

contre-foc

substantif masculin
: « Les vaisseaux de queue portent ordinairement quatre foques [sic], le grand foc, le second ou faux foc, le troisième ou contre-foc, le petit foc ou trinquette » (Mozin-Biber, t. 1 , s.v. foc, 1811)

contreforme

substantif féminin
: , impr. « Seconde forme qui permet l'impression d'une couleur différente sur un papier déjà imprimé » (d'apr. Comte-Pern. 1963; 1re attest. 1897 [E. Leclerc, Nouv. manuel typogr., p. 278])

contre-rail

substantif masculin
: « Portion de rail placée à l'intérieur de la voie, parallèlement au rail principal ». 1re attest. 1841 (Brees, Sc. pratique des chemins de fer, 135 ds Quem. ; aussi au sens de « rail en creux », 1844, Journal des chemins de fer, p. 179, col. 3 ds Bonn. 1920)

contre-rivure

substantif féminin
: « Petite plaque d'acier mise entre le bois et la tête du rivet » (Barb.-Cad. 1963)

contre-tige

substantif féminin
: Les tiges des pistons de grand diamètre sont prolongées à l'avant par une contre-tige d'un diamètre ordinairement moindre (Herdner, Locomotives vap., s.d., pp. 158-159)
— Dans d'autres domaines, on notera aussi :

contre-accent

substantif masculin
: , ling. « Accent succédant immédiatement à un autre » (Morier 1961)

contrefilet

substantif masculin
: , bouch.Synon. de faux-filet.Attesté ds Lar. Lang. fr.

contre-texte

substantif masculin
: , public. « Annonce correspondant à un texte informatif figurant à proximité » (Voyenne 1967)
Remarque : Le composé, parfois, ne désigne pas une chose de nature similaire à la base. V. à la nomenclature : contrecœur2, contrefort, et, aussi : contre-fond. « Fond d'une partie ajourée, réalisé avec un ton de peinture autre que celui de la face du panneau » (Barb.-Cad. 1963); contre-plaque. « Support métallique utilisé en prothèse dentaire pour fixer certaines facettes de porcelaine » (Méd. Biol. t. 1 1970).
B. — Le composé désigne une action de même nature que celle que désigne la base, dans une intention de vérification, de confirmation, de garantie supplémentaire (ou d'oppos., d'où les interférences possibles avec I C). Contre- est équivalent de contradictoire, au sens juridique. V. à la nomenclature : contre-appel, contre-assurance, contre-enquête, contre-expertise, contre-épreuve2, contre-guet, contre-mot, contre-opposition, contre-police, contreseing, contre-visite, et sur ce modèle :

contre-annonce

substantif féminin
: Madame de Balzac, ma mère, vous indiquera le numéro des « Débats » où la contre-annonce a été faite, mais probablement j'en laisserai là cette ignoble affaire (Balzac, Corresp., 1832, p. 139)

contre-assignation

substantif féminin
: [La somme primitive] s'était augmentée de toutes sortes de protêts, d'enregistrements, d'assignations, de contre-assignations, d'oppositions (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 243)

contre-examen

substantif masculin
: Après une séance de deux heures et de contre-examen le plus vétilleux de la part du colonel (Stendhal, L. Leuwen , t. 1, 1836, p. 142)

contre-garantie

substantif féminin
: C'est encore une contre-assurance que prend M. Rudler et une contre-garantie quand il écrit (Péguy, Argent, 1913, p. 1171)

contre-patrouille

substantif féminin
: On est harcelé. Tout le temps sur le qui-vive. Des patrouilles, des contre-patrouilles (Romains, Hommes b. vol., 1938, p. 149)

contre-requête

substantif féminin
: Arnauld saisit l'occasion d'adresser au Roi à son tour une contre-requête détaillée (Sainte-Beuve, Port-Royal , t. 4, 1859, p. 275)

contre-vérification

substantif féminin
: La tierce est habituellement suivie d'une épreuve définitive qui est une contre-vérification des dernières corrections (E. Leclerc, Nouv. Manuel typogr., 1932, p. 258)
— Spéc. Contre- signifie « en réponse à » :

contre-prédication

substantif féminin
: Des adversaires (...) entreprirent pour lui faire pièce [à Paul] une sorte de contre-prédication de l'Évangile (Renan, Hist. orig. Christianisme, Antéchrist, 1873, p. 15)

contre-rectification

substantif féminin
: La guerre des journaux commença, une série de rectifications, contre-rectifications, où les gens ne comprenaient plus rien (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 491)

contre-réplique

substantif féminin
: Et quand la « Libre Parole » se fit forte de prouver que le député Proust (...) et le sénateur Béral (...) avaient vendu leurs votes à Reinach, la France se pencha toute pour entendre la réplique, la preuve et la contre-réplique (Barrès, Leurs fig., 1901, p. 128). Enfin, après quelques répliques et contre-répliques, toutes fort bien déduites et vigoureusement articulées, le Sage Français [lui-même] et ses compagnons triomphèrent de ce Savonarole [un Franciscain], et l'ascenseur nous transporta jusques aux nues [au Montserrat] (Valéry, Entr. avec F. Lefèvre, 1926, p. 103)

contre-réponse

substantif féminin
: Aujourd'hui a paru, dans le « Figaro », une contre-réponse de Bonnetain (De Goncourt, Journal, 1887, p. 696)

contre-vœux

substantif masculin
: Tu acceptes avec remerciement et contre-vœux les vœux des menteurs (Giraudoux, Lucrèce, 1944, p. 20)
C. — Le composé désigne une pers. dont la fonction est d'assister la pers. désignée par la base. V. à la nomenclature contre-amiral, contremaître, contreposeur.
Prononciation et orthographe
[kɔ̃:tʀ̥]. Pour le trait d'union cf. supra. Seul le mot qui suit le préf. prend la marque du plur. : des contre-amiraux, des contre-expertises; une exception : des contre-vapeur dont le 2e terme reste invariable. GRAPHIE DES COMPOSÉS EN CONTRE- L'orthographe des composés en contre- (comme celle des composés en entre-) est peu cohérente. Les traditions typographiques et lexicographiques, du xviie au xxe s., ont imposé largement l'habitude du trait d'union, en contrariant un usage plus ancien où les éléments étaient le plus souvent soudés, ou parfois, libres. Si l'on considère les mots les plus fréquents (au-dessus de 20 occurr.) du fonds littéraire xixe -xxe s. du TLF, à l'exclusion des emprunts ou dérivés d'emprunts toujours soudés, on constate que : a) pour les composés dont le 2e terme est à initiale vocalique, le trait d'union est la règle, y compris pour contre-ordre (50 occurr. avec trait d'union, 2 formes soudées) que les dict. mod., à la suite de Ac. 1932 présentent sous la forme contrordre, la seule exception étant contrescarpe, toujours soudé. b) pour les composés dont le 2e terme est à initiale consonantique, sur un total de 27 mots, 15 présentent plus de 50% de leurs occurrences avec trait d'union : contrecarrer (100% de graphies soudées), contremander (5,6% de graphies avec trait d'union), contrevent (5,8%), contresigner (9,3%), contrefort (12,6%), contrepoint (23%), contrepoids (29,5%), contrebasse (36,5%), contrebalancer (38,2%), contremarque (44,4%), contretemps (48,5%), contresens (48,7%), contremaître (50,8%), contrepoison (55,5%), contrepartie (65,1%), contrebas (65,4%), contre-pied (72,5%), contrecoup (84%), contre-pente (86,6%), contrecœur (à) (88,8%), contre-révolutionnaire (91,7%), contre-vérité (95,6%), contre-courant (100%), contre-jour (100%), contre-lettre (100%), contre-révolution (100%), contre-torpilleur (100%). Pour les mots de faible fréquence où la proportion des graphies avec trait d'union est encore plus forte, le trait d'union est souvent l'indice que le composé n'a pas atteint le statut d'unité lexicale entièrement socialisée, qu'il est à la limite de la création d'auteur. « Le trait d'union est porteur d'expressivité... Il est senti en somme comme une note personnelle, un véritable signe de ponctuation, à l'égal des guillemets, ou de certains procédés phoniques ou graphiques d'insistance... » (N. Catach, J. Golfand, R. Denux, Orth. et lexicogr., Paris, Didier, tome II, à paraître). L'examen du corpus littéraire du TLF montre aussi que, hormis quelques textes de la fin du xviiie et du début du xixe, l'apostrophe unissant contre à des mots à initiale vocalique n'est pas usitée. La lexicographie moderne, à la suite de Ac. 1878, a réagi contre cet état d'anarchie et a adopté une attitude plus normative. P. ex. Ac. 1878 a soudé les mots usuels suivants : contrebasse, contrefort, contremaître, contremarche, contrepoids, contrepoint, contrepoison, contresens, contresigner, contretemps; Ac. 1932 a poursuivi dans le même sens en soudant contrebas, contrebasse, contrecœur, contrecoup, contrevérité, et pour les mots dont le 2e terme est à initiale vocalique, contrordre. Mais Ac. 1878 n'a pas adopté la même attitude novatrice pour les mots techn. que pour les mots usuels. Le mouvement ne commence qu'avec Ac. 1932, qui a soudé contrebatterie, contrechâssis, contreclef, contremarquer, contreproposition et a introduit, soudés, contrebattre et contreprojet. Le nombre des termes techn. qui ont conservé le trait d'union reste considérable et des mots nouveaux sont introduits avec trait d'union : contre-pointe, contre-police, contre-torpilleur. La commission de réforme de l'orthographe, dite Commission Beslais a proposé la soudure systématique, pour les mots dont le 2e terme est à initiale consonantique. Pour les composés dont le 2e terme est à initiale vocalique, elle a préféré garder le trait d'union, « sans toucher (...) aux mots déjà soudés » (cf. Rapport général sur les modalités d'une simplification éventuelle de l'orthographe française, Paris, Didier, 1965, pp. 36-37). Mme Catach, ds Lexicographie et orthographe, t. 2 (op. cit.) va plus loin et propose d'adopter systématiquement la soudure pour tous les composés de contre- avec suppression du -e devant initiale vocalique (ex. : contralizé).
Étymologie et histoire
Empr. au lat. contra-.
A.— A. et m. fr. Les composés et les empr. apparaissent en nombre au xiie s. Les mots figurant à la nomenclature du TLF et apparus avant la fin du xvie s. s'élèvent à 62, dont 6 emprunts. Les subst. s'élèvent au nombre de 45; au xiie s. : contradiction (empr.), contredit, contre-mont, contre-mur, contrepoids, contre-poil, contre-sangle; au xiiie s. : contradicteur (empr.), contrefaçon (empr.), contrecœur1, contrefort, contre-lettre, contrepartie, contre-scel; au xive s. : contravention (empr.), contrecœur2, contremaître, contre-mine, contrepoint, contreseing, contrôle, contrôleur; au xve s. : contreboutant, contrecarre, contre-échange, contre-fiche, contre-latte, contrepointe (escr.), contrevent; au xvie s. : contrebas, contre-chant, contreclef, contrecoup, contre-digue, contre-exemple, contre-feu, contre-fil, contre-haut, contremarque, contrepéterie, contre-pied, contrepoison, contre-porte, contrescarpe, contretemps. Les verbes sont au nombre de 16 : av. le xiie s. : contredire (empr., Eulalie, 880); au xiie s. : contrebattre, contremander, contrepasser, contrepeser; au xive s. : contre-sceller, contrôler, contrevenir (empr.); au xve s. : contrebouter, contreminer, contresigner; au xvie s. : contrebalancer, contrebattre, contrecarrer, contremarquer, contre-tirer. Le part. passé adj. contrefait date du xiie s. Mais la seule énumération des termes qui se sont maintenus en fr. mod. ne donne pas l'image du système de contre- en a. et m. fr. La caractéristique de ce système est une très large prédominance des composés verbaux ou déverbaux. Rien qu'au xiie s., indépendamment des composés cités ci-dessus, on a : subst. contrapel « protestation contre » (R. Alex.), contrecange « action en retour, revanche » (ibid.), contrecampion « champion opposé à un autre » (Herman, Bible), contrecors « rencontre de deux choses se déplaçant en sens contraire » (Oxf. Ps.), contrestance (R. Alex.), contremes « mets d'une autre espèce » (Horn), contrepan « caution, assurance » (Enéas), contrepesance (R. Alex.), contretenement (Wace), contreval (Roland); verbes : contratendre (Chr. de Troyes), contrebatre (ibid.), contrechavalcier (Athis), contredeinner « mépriser » (Wace), contrecrire (R. Alex.), contrester (Wace), contregaiter (sei) (ibid.), contregarder (Marie de France), contregarnir (sei) (Wace), contrejeter (ibid.), contreparler (L. Rois), contrepenser (ibid.), contreposer (G. de St Pair), contreprandre (Chr. de Troyes), contreprisier (Athis), contrerimoi(i)er « plagier » (Chr. de Troyes), contresalir (Voyage de Saint-Brendan), contretenir (sei) (Wace), contretorner (Herman, Bible), contrevaleir (Roland). La formation des composés se poursuit avec la même intensité jusqu'au xvie s. Contre- fonctionne avec n'importe quel subst. ou verbe exprimant une action au sens large. Voici, parmi bien d'autres, notés ds Hug. : verbes : contre-adorer « adorer d'une façon réciproque » (Amyot), se contrecourroucer « se courroucer contre une personne qui se courrouce » (Montaigne), contr'œillader « répondre à une œillade par une œillade » (Tahureau); subst. : contrecaresse « caresse en réponse à une caresse » (H. Estienne), contrefinesse « finesse en réplique à une finesse » (L. Le Roy), etc. L'examen de la nomenclature de Cotgr. 1611 permet de se faire une idée du système de contre- à l'autre bout de la période. Elle comporte 80 subst. et 55 verbes (ou part. passés) préfixés par contre-. Elle enregistre 31 des 45 subst. et 14 des 16 verbes apparus à la fin du xvie s. et figurant à la nomenclature du TLF (cf. supra). Manquent les subst. contre-mur (xiie s.), contrefaçon, contradicteur, contrepartie (xiiie s.), contre-boutant, contrefiche, contrelatte (xve s.), contre-chant, contrecoup, contre-digue, contre-exemple, contre-haut, contrepéterie, (xvie s.) et les verbes contrebattre et contrepasser (xiie s.). Cotgr. enregistre donc 49 subst., 36 verbes et 5 part. ou adj., absents de la nomenclature du TLF :
— Subst. de l'inanimé : contr-'adveu, contr'amour, contr'antidote, contr'applegement, contrebalance, contrebarre, contre-base, contrecedule, contrechange, contrechifre, contredite/contredise, contr'effort, contr'escript, contr-'essay, contr'estang, contre-fenestre, contrefente, contreferme, contrefinesse, contreflux, contrefrontail, contregage, contrehastier, contrehaulte (= haultecontre), contr-'invective, contremanche, contremand, contremandement, contremejane, contrepan, contrepant, contrepleige, contrepleigement, contrepoincte (= contrepoinct), contrepointerie, contrequictence, contretaille, contretemperament, contreteneur, contretenon, contretrahison, contreval; désignant des pers. : contre-garde, contrejouëur, contreouvrier, contrepenseur, contrepoinctier, contreporteur (= colporteur), contrequerant.
— Verbes : contrebondir, contrechanger, contrechanter, contrecharger, contrechifrer, contrediguer, contr'elider, contr'eschanger, contr'escrire, contr'ester, contrefermer, contreflater, contrefortuner, contregarder, contr-'imiter, contrelouër, contrelutter, contrementir, contremettre, contremonter, contremunir, contreoffrir, contrepaner, contrepenser, contrepeter, contrepicquer, contrepleiger, contreplier, contrerepliquer, contreseeller, contresommer, contresonner, contretaluër, contretenir, contretrancher, contrevenger.
— Part. ou adj. : contr'animé, contrebarré, contrepotencé, contre-soufflé, contretraversant.
B.— xviie et xviiie s. Les composés figurant à la nomenclature du TLF et apparus au xviie s. sont essentiellement formés à partir de subst. : 3 verbes seulement pour 26 subst. Subst. : contre-allée, contre-appel (escr.), contre-approche, contrebatterie (artill.), contrebiais (à), contrebord (à), contrechâssis, contre-épreuve, contre-espalier, contre-fugue, contre-hermine, contre-garde, contre-indication, contre-jour, contremarche, contre-pente, contresens, contre-terrasse, contrevallation, contrevent1, contrevérité, contre-visite, contrordre; désignant des pers. : contre-amiral, contreposeur, contrevenant; verbes : contre-épreuver, contre-hacher, contreventer. La tendance est la même au xviiie s. Le nombre de subst. figurant à la nomenclature du TLF et apparus de 1700 à 1780 est de 9, le nombre de verbes est de 3. Subst. : contre-courant, contre-enquête, contre-épaulette, contre-force, contre-hachure, contre-heurtoir, contre-lame1, contre-platine, contre-proposition; verbes : contrebuter, contre-calquer, contrefoutre (se). En conclusion, c'est du xviie s. que date le système actuel de contre-, avec des formations appartenant presque exclusivement à la classe des subst. D'un point de vue sém., c'est aussi au xviie s. que, parallèlement aux composés où contre- exprime la riposte ou l'opposition, s'affirme un type de composés où contre- exprime la répétition, le redoublement. Enfin on notera que, dès l'origine, avant même que ne se pose la question d'une éventuelle concurrence de anti- apparu au xvie s., on n'a pas de composés formés à partir d'adjectifs.
Bibliographie
Darm. 1877, p. 131. — Dub. Dér. 1962, p. 31 (s.v. contre-extension). — Gilbert (P.). Le Fr. de demain. Fr. Monde. 1973, n° 99, pp. 52-53. — Zribi (A.). Traitement de qq. préf. ds une gramm. générative du fr. Fr. mod. 1973, t. 41, pp. 58-67.