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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

CHIENDENT

substantif masculin
BOT. Graminée dont les racines longues et traçantes sont nuisibles aux cultures :
1. ... il fallait voir le domaine : plus une taupe dans les prés, plus un fil de chiendent dans les terres, plus un tertre non relevé, plus une serve qui ne tînt l'eau. (Pourrat, Gaspard des Montagnes, À la belle bergère, 1925, p. 181)
• Brosse de chiendent :
2. Dans la cuisine aux volets clos, il entendit sa femme qui frottait le parquet avec une brosse de chiendent. (Aymé, La Jument verte, 1933, p. 42)
Syntagmes : [Se rapportant à l'utilisation des racines de chiendent] Décoction de chiendent (Geoffroy, Manuel de méd. pratique, 1800, p. 35); eau de chiendent (Balzac, Le Médecin de campagne, 1833, p. 102); infusions de chiendent (E. Garcin, Guide vétér., 1944, p. 115); perruque de chiendent (Balzac, Correspondance, 1832, p. 135).
— P. anal. Le chiendent d'une séditieuse moustache (Bloy, La Femme pauvre, 1897, p. 10); une ténacité de chiendent (H. Bazin, Vipère au poing, 1948, p. 17).
— P. métaph. La petite fleur bleue, le chiendent de l'âme, c'est difficile à extirper et ce que ça repousse! (Huysmans, Là-bas, t. 1, 1891, p. 243).
— Au fig., fam.[P. allus. à la difficulté à extirper cette plante d'un terrain] Complication, embarras. — Vous ne tiendriez pas dans un train de voyageurs, (...). Il faudrait enlever les banquettes : vous vous rendez compte du chiendent? (Sartre, Le Sursis, 1945, p. 178).
• Voilà le chiendent. Voilà le nœud de l'affaire, le point embarrassant (cf. Farrère, L'Homme qui assassina, 1907, p. 341).
Prononciation et orthographe
[ʃjε̃dɑ̃]. Pour la prononc. de -en- par [ε̃] dans chiendent, cf. chien. Cf. aussi Fouché Prononc. 1959, p. 14 et 19 où il souligne : « L'opposition qui existe entre chiendent avec [ε̃], et chienlit avec [ɑ̃] provient du fait que ce dernier mot est pour chie-en-lit.  » Cf. encore Kamm. 1964, p. 165, et Buben 1935, § 94. Ds Ac. 1694-1932.
Étymologie et histoire
1. [1340 chiendant topon. (A.N. JJ 73, f° 184 r° ds Gdf. Compl.)]; 1551 Chiendent bot. (Belon, Nat. des oys., 2, XXIII, ibid.); 1859 brosse de chiendent (Ponson du Terrail, Rocambole, t. 5, p. 279);
2. 1690 fig. « difficulté » (Fur.). Composé de chien* et de dent*; le mode de formation du mot est insolite en fr. (cf. dent de chien, FEW t. 2, p. 194b); le type chiendent remonte peut-être à un lat. médiév. *cani(s) dente, cf. l'a. fr. chevauqueue « prèle » continuant le lat. caballi coda (FEW t. 2, p. 530b et 533a; v. aussi Nyrop t. 3, § 566).
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 83.
Bibliographie
Gottsch. Redens. 1930, p. 26. — Rog. 1965, p. 50.