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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

CARRIÈRE1

substantif féminin
I. —
A. —Vx, littér. Terrain entouré de barrières et aménagé pour des courses de chars, des courses à pied, des passes d'armes.
B. —ÉQUITATION
1. Terrain pour les courses de chevaux.
Remarque : Synon. mod. champ de course.
— P. métaph. Ouvrir, fermer la carrière :
1. Cet élément du culte une fois développé, ouvrit la vaste carrière des superstitions humaines. (Chateaubriand, Essai sur les Révolutions, t. 2, 1797, p. 289)
• Entrer dans la carrière. Nous entrerons dans la carrière Quand nos aînés n'y seront plus (La Marseillaise Strophe des enfants, 1792).
— Loc. S'arrêter au milieu de la carrière (Ac. 1835-1932). Donner carrière à un cheval. Lui ouvrir le terrain de course, lui lâcher les rênes.
— Au fig. Donner libre carrière. Laisser le champ libre. Donner carrière à son imagination. Votre système (...) donne carrière à tous les débordements (Flaubert, Bouvard et Pécuchet, t. 2, 1880, p. 104).
— Emploi abs. Se donner carrière. Se déployer librement, sans frein. On racontait au sujet de ses cures [de Jésus] mille histoires singulières, où toute la crédulité du temps se donnait carrière (Renan, Histoire des origines du Christianisme, Vie de Jésus, 1863, p. 274).
2.TECHN. MILIT. :
2. « Les chevaux de carrière, la carrière en abrégeant, d'où monter la carrière, s'opposent aux chevaux de manège, ou manège, d'où monter le manège. L'équitation de manège, ou civile, est générale; celle de carrière comporte les manœuvres réglementées de l'arme; St-Cyr, 1903-05. » (R. Mulot, Notes manuscrites sur l'arg. de Saint-Cyr en, 1903-05, 1918-19 p. 474)
3.P. méton.
a)Vx. Distance qu'un cheval peut parcourir sans perdre haleine. Fournir sa carrière. Bien faire sa course.
b) Espace à parcourir dans une course. Courir sa carrière :
3. carnioli [à André] : ... Regarde là-bas ce noble vaisseau (...) il s'en va (...) gagner le libre Océan pour y courir sa carrière magnifique, ... (O. Feuillet, Scènes et comédies, 1854, p. 113)
— P. anal. Trajectoire d'un astre. Le soleil commence, achève sa carrière (Ac. 1835-1932).
— P. métaph. :
4. « Quel champ pour la contemplation, quelle carrière pour l'essor de la pensée, ... » (Crèvecœur, Voyage dans la Haute Pensylvanie, t. 3, 1801, p. 31)
II. —Au fig.
1.[En parlant de pers.] Cours de la vie :
5. Quiconque prolonge sa carrière sent se refroidir ses heures; il ne retrouve plus le lendemain l'intérêt qu'il portait à la veille. (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 2, 1848, p. 11)
— P. ext.[En parlant de choses] :
6. ... ces timbres [les « Bordeaux »], malgré la hausse, sont à un moment intéressant de leur carrière. (L'Œuvre, 2 févr. 1941)
2.Usuel. Profession où l'on s'engage et dont on peut parcourir les degrés. Carrière des ambassades, carrière diplomatique; officier, sous-officier de carrière :
7. ... il remâchait intérieurement les déboires d'une carrière sans avancement... (Proust, Sodome et Gomorrhe, 1922, p. 643)
— Abrév. La Carrière. Carrière diplomatique :
8. saqueville. — Pourquoi diable as-tu quitté la diplomatie? louis. — Aujourd'hui il faut être député pour devenir quelque chose dans la carrière. (Mérimée, Les Deux héritages, 1853, p. 24)
Prononciation et orthographe
[kaʀjε:ʀ] ou [kɑ-]. [a] ant. ds Dub., Pt Lar. 1968 et Lar. Lang. fr. ; cf. aussi Nod. 1844 et Littré. [ɑ] post. ds Barbeau-Rodhe 1930 (avec une demi-longueur), Warn. 1968; cf. aussi Land. 1834, Gattel 1841, Fel. 1851 et DG. Pour [ɑ] cf. encore Kamm. 1964, p. 97. [a] ou [ɑ] ds Passy 1914 et Pt Rob. Ds Ac. 1694-1932.
Étymologie et histoire
1534 équit. donner cent quarrieres « faire courir un cheval de tous côtés » (Rabelais, Gargantua, éd. Calder, Screech et Saulnier, chap. 21, 1. 130); 1524-40 id. carriere « espace où l'on fait courir les chevaux » (N. Herberay des Essars, Le Premier Livre de Amadis de Gaule, p. 199 ds IGLF); 1542-59 donner carriere [à un cheval] « (lui) laisser le champ libre » (Amyot, J. Caesar ds Gdf. Compl.); 1557 « cours des astres » (O. de Magny, Souspirs, p. 118 ds IGLF); av. 1560 « course quelconque » (Du Bellay, Œuvres, t. II, p. 17, ibid.); 1585 se donner carriere « se divertir » (N. du Fail, Contes d'Eutrapel, t. II, p. 97, ibid.); av. 1630 « cours de la vie » (D'Aubigné, Lettre au Président d'Expilly ds Œuvres, éd. Réaume et Caussade, t. 1, p. 355); 1671 « voie où l'on s'engage dans la vie » (Pomey); av. 1680 « profession qui présente des étapes » (Patru ds Trév. 1704); 1694 « temps pendant lequel on exerce une profession » (Ac.). S'agissant d'abord d'un terme d'équit., plutôt qu'empr. à l'a. prov. carreira « chemin » (Bl.-W.5 ; FEW t. 2, pp. 414-415) attesté dep. le xiie s. (v. Rayn. et Levy Prov.), prob. empr. à l'ital. carriera (Wind, p. 68; DEI ; Dauzat 1973; REW3, n° 1718; EWFS2 ) attesté dep. le xiiie s. au sens « chemin de chars » (Pannuccio del Bagno ds Batt.) et au sens « course rapide d'un cheval » dep. le début du xvie s. (Berni, ibid.), lui-même prob. empr. à l'a. prov. carreira, aussi carriera, le suff. -iera n'étant pas autochtone en ital. (v. Rohlfs, n° 1114 et Migl.-Duro, p. 163 et p. 173). L'a. prov., de même que l'a. fr. char(r)iere, a. pic. car(r)iere, quar(r)iere « chemin (de chars) » (xiie s. ds Gdf. et T.-L.), sont issus du lat. vulg. *carraria « id. », adj. fém. substantivé tiré de (via) carraria « voie pour chars », dér. de carrus (char*).
Dérivés
1.

Carriérisme

substantif masculin
Aspiration inconditionnelle, mais prudente à la réussite, à la satisfaction à tout prix d'ambitions personnelles, en particulier dans les carrières politiques, administratives, syndicales, etc. Morice a parlé, la bonne poire. Il a étalé son carriérisme, cet affreux pathos humanitaire, artistique et social (J. Rivière, Correspondance, [avec Alain-Fournier], 1908, p. 63). — 1re attest. 1908 (id.) ; de carrière, suff. -isme*. — Fréq. abs. littér. : 2.
2.

Carriériste

substantif masculin
Arriviste à tout. Coppée. — Il avait une vertu, il était charitable, il donnait sans calcul. Ce n'était pas un placement. À part cela, c'était un carriériste. Un homme extrêmement avisé (Barrès, Mes cahiers, t. 7, 1908-09, p. 334). — [kaʀjeʀist] ou [kɑ-]. Seule transcr. ds Pt Rob. qui admet [a] ant. ou [ɑ] post. — 1re attest. 1909 (id.) ; de carrière1, suff. -iste*. — Fréq. abs. littér. : 1.
Bibliographie
Gottsch. Redens. 1930, p. 307. — Grimaud (F.). Pt gloss. du jeu de boules. Vie Lang. 1968, p. 112. — Rat (M.). Sur le front du vocab. : définir. Déf. Lang. fr. 1965, pp. 9-10. — Wind 1928, p. 68.