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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

CAPUCIN, INE,

substantif
A. —Usuel
1.RELIG. Religieux, religieuse d'une branche réformée de l'ordre de saint François d'Assise, spécialisée dans la prédication populaire :
1. Les capucins de Phalsbourg n'osaient plus mendier; on les aurait assommés sur la route, car le régiment de La Fère, qui venait de remplacer celui de Castella, ne voulait pas les soutenir : ... (Erckmann-Chatrian, Histoire d'un paysan, t. 1, 1870, p. 118)
— Fam. Barbe de capucin. Longue barbe, comme celle que portent les religieux :
2. [Bois-Doré :] — ... Mais ce vieil écuyer à barbe de capucin, lisant en son livre de piété avec tant de recueillement. ... Il est vrai que rien ne ressemble tant à un honnête homme qu'un coquin qui sait son métier! (G. Sand, Les Beaux Messieurs de Bois-Doré, t. 1, 1858, p. 210)
— Expr. Capucin de carte. « Carte que les enfants plient longitudinalement pour la faire tenir droite et à laquelle ils font une entaille en angle aigu qu'ils retournent en la relevant pour lui donner l'air d'un capuce » (Littré). En France, enfin, les universitaires au bon cœur dégringolaient comme capucins de cartes en face d'un petit avocat autoritaire (M. Bloch, Apologie pour l'hist., 1944, p. 111).
2.Fam. Homme affichant une dévotion excessive.
• À la capucine. À la manière excessivement dévote ou extrêmement simple d'un capucin. Prêcher, s'habiller à la capucine (Lar. 19e).
B. —Spéc.[P. réf. à la barbe des capucins]
1.ZOOL. Petit singe d'Amérique tropicale appartenant à la famille des cébidés.
2.CHASSE.Synon. lièvre Le capucin trottait drôlement... La décharge de plomb l'atteignit par-dessous... (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 261).
Remarque : Attesté ds Rob., Lar. encyclop., Lar. Lang. fr.
3.HORTIC. Barbe-de-capucin. Salade que l'on fait pousser dans l'obscurité pour la blanchir.
Prononciation et orthographe
[kapysε̃], fém. [-in]. Fér. 1768 note : « Le peuple, en certaines provinces, dit capuchin ; c'est une mauvaise prononciation. » Ds Ac. 1798-1878.
Étymologie et histoire
1542 capussin « religieux d'une branche de l'ordre franciscain » (Rabelais, Tiers Livre, chap. 22, éd. Marty-Laveaux, t. 2, p. 109); 1580-92 capuchin (Montaigne, I, 36 ds Hug.), graphie attestée au xvie s. (Hug.); 1611 capucin (Cotgr.); 1585 emploi adj. « de capucin » (Pasquier, Lettres, XIII, 1 ds Hug.), rare; 1622 capucine « religieuse de la même branche » (Caquets de l'accouchée, éd. Marpon et Flammarion, 1922, 5e journée, p. 179). Empr. à l'ital. cappuccino « capucin », attesté ds Batt. dep. le xvie s. proprement « qui porte un capuchon » (en raison de la coule à capuchon particulièrement voyant portée par ces religieux), dér. de capuccio, v. capuchon. Les Capucins constituent une congrégation de l'Ordre des Frères mineurs érigée par bulle du 3 juillet 1528 à la demande de Louis et Raphaël de Fonsombrone, observants de la province de la Marche; l'autorisation d'établissement au delà des Monts fut accordée en mai 1574 (Théol. Cath., p. VI, 1re part., col. 821-822); la forme capucin qui l'emporte sur capuchin est peut-être due à une prononc. dialectale.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 363. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 558, b) 960; xxe s. : a) 586, b) 199.
Dérivés

Capucinade

substantif féminin
péj.,vieilli et fam. Sermon et, par extension, discours platement ou naïvement moralisateur, ressemblant aux sermons des capucins. Une capucinade ridicule; faire une capucinade. Outre le discours du général Gemeau, nous avons eu aujourd'hui d'autres capucinades humiliantes pour le premier corps de l'État et pour le sens commun (Mérimée, Lettres à Viollet-Le-Duc, 1870, p. 99). — [kapysinad]. Ds Ac. 1798-1932. — 1re attest. 1724 « sermon peu éloquent » (Lesage, Gil blas de Santillane, 1, 7, c. 3 ds Romanciers du XVIIIe s., éd. Etiemble, p. 864 : un discours diffus... une capucinade), qualifié de « fam » dep. Ac. 1798; de capucin, suff. -ade*. — Fréq. abs. littér. : 11.
Bibliographie
Dupont (L.). Les Pièges du vocab. ital. Genève, 1965, p. 40. — Gohin 1903, p. 237 (s.v. capucinade). — Hope 1971, p. 174. — Kohlm. 1901, p. 36. — Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. Rem. lexicogr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 367 (s.v. capucinade). — Sar. 1920, p. 49. — Wind 1928, p. 138, 199.