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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

CANDIDE

adjectif
A. —Littér., par fig. étymol.[En parlant d'inanimés] Qui est d'un blanc d'une pureté absolue. C'est trop peu d'être blanc, le lys était candide (Hugo, La Légende des siècles, t. 1, 1859, p. 35).
— P. métaph. :
1. Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques, Vêtu de probité candide et de lin blanc ; Et, toujours du côté des pauvres ruisselant, Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques. (Hugo, La Légende des siècles, t. 1 Booz endormi, 1859, p. 82)
Remarque : On rencontre ds la docum. une ext. de sens rare « qui est sans tache ». Nous voudrions être pareils, mon Dieu, à ce candide azur qui forme le ciel bleu (Ch. Guérin, Le Cœur solitaire, 1904, p. 48).
B. —Au fig.[En parlant d'une pers. ou de son être spirituel, de son expression]
1. Qui est d'une grande pureté morale. Une âme, un esprit candide; un air, un visage candide :
2. ... les hasards de la vie m'ont permis d'approcher plus d'un saint, pourvu qu'on veuille donner ce nom à ces hommes de mœurs simples et d'esprit candide, dont le royaume n'est pas de ce monde, ... (Bernanos, Sous le soleil de Satan, 1926, p. 281)
— En partic. Qui est sans détours, d'une spontanéité sans calcul :
3. La beauté même d'Odile n'était plus parfaite et il m'arrivait de découvrir dans ses traits les signes de la fausseté. C'était fugitif; cinq minutes plus tard, je retrouvais ce front lisse, ces yeux candides... (Maurois, Climats, 1928, p. 117)
4. En réalité, c'était [Sandro] un montagnard candide qui n'imitait rien et se montrait tel qu'il était. (Giono, Bonheur fou, 1957, p. 22)
2.[En parlant d'adultes](Plus ou moins) iron. ou péj.
a) Innocent par inexpérience de la vie :
5. Vaillant, le moins antipathique des trois, était un ouvrier candide qui avait pris au sérieux les promesses de la démocratie révolutionnaire. (L. Daudet, L'Entre-deux guerres, 1915, p. 7)
b) D'une naïveté choquante chez un adulte, un peu niais :
6. Après tout, peut-être le candide héros, aveuglé par un nouveau mirage, se figurait-il de bonne foi qu'il était allé en Algérie. (A. Daudet, Tartarin de Tarascon, 1872, p. 39)
Prononciation et orthographe
[kɑ̃did]. Ds Ac. 1694-1932.
Étymologie et histoire
1. xve s. « éclatant » (Oct. de Sainct-Gelays, Enéide, 78 r° , édit. 1540 cité par Delboulle ds R. Hist. litt. Fr., t. 4, p. 291) — 1611, Cotgr. ;
2. 1549 « bon, bienveillant » (Du Bellay, Deffence, II, 2 ds Hug.); 1611 « pur, franc, sincère » (Cotgr.); 1668 péj. (Hauteroche, L'Amant qui ne flatte point, IV, 3 ds Littré). Empr. au lat. candidus « éclatant (en parlant de la lumière des astres) » dep. Ennius ds TLL s.v., 239, 61 d'où « bon, sincère » dep. Horace, ibid., 244, 45.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 574. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 538, b) 857; xxe s. : a) 1 159, b) 825.
Bibliographie
Duch. 1967, § 45.4.