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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

CANAPÉ

substantif masculin
A. — Siège à dossier, pourvu d'accoudoirs, où plusieurs personnes peuvent s'asseoir, pouvant aussi servir de lit de repos pour une personne. Canapé de cuir, de velours; canapé circulaire; se coucher, s'étendre sur un canapé :
1. Nous passâmes une heure ensemble, assis sur le même canapé, dans une grande pièce de la villa où il [Roosevelt] s'était installé. (De Gaulle, Mémoires de guerre, 1956, p. 79)
— P. métaph. Un roc qu'on appelle le Canapé (E. et J. de Goncourt, Journal, 1860, p. 806); des canapés d'herbes (Hugo, Les Chansons des rues et des bois, 1865, p. 54) :
2. Parfois je m'étendais au creux d'un canapé de roches, capitonné de mousses dorées... (A. Arnoux, Écoute s'il pleut, 1923, p. 36)
— P. ext.
1.HIST. Le canapé des doctrinaires, la faction du canapé. « Sous la Restauration, (...) nom que l'on donnait aux doctrinaires, à cause que l'on disait qu'ils formaient une coterie si peu nombreuse qu'elle tenait sur un canapé » (Littré).
2. Groupe très restreint de personnes soucieuses de demeurer entre elles. Un canapé d'hommes d'esprit :
3. Quoiqu'une Revue édifiante et de salon, le Correspondant, et le petit canapé qui la compose, en fasse son affaire [du renom de Mme Swetchine] depuis quelque temps... ils sont encore nombreux en France ceux qui ne savent pas même la première syllabe de ce nom... (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. 1, 1863-69, p. 310)
B. —[P. anal. de forme]ART CULIN. Tranche de pain de mie taillée en rectangle, frite ou grillée, dont l'épaisseur et la grandeur varient suivant le mets qu'elle doit supporter. Canapés pour hors-d'œuvre. Canapé d'anchois, de caviar, de foies de raies (Les Gdes heures de la cuis. fr., Grimod de la Reynière, 1838, p. 157); filets de bécasses en canapé (A. Viard, Le Cuisinier royal, 1831, p. 246) :
4. Il y avait des bêtes encore plus horribles : leur corps était fait d'une tranche de pain grillé comme on en met en canapé sous les pigeons; ... (Sartre, La Nausée, 1938, p. 82)
Prononciation et orthographe
[kanape]. Ds Ac. 1694-1932.
Étymologie et histoire
1648 [date de composition; impr. 1666] « large siège à dossier, où peuvent s'asseoir plusieurs personnes » (Voy. de Monconys, t. II, p. 84 ds Gay); 1787 art culin. (Fér. Crit. : Canapé [...] Petit pain garni de cornichon, d'anchois, etc.). Altération, avec changement de sens, de l'a. fr. conopé « rideau de lit » ca 1180 (Rom. d'Alexandre ds DG) 1508-17 canope (Fossetier, Chron. Marg., ms. Brux. 10510, f° 133 r° ds Gdf.), encore en fr. mod. terme d'hist. anc. au sens de « moustiquaire » (Lar. 20e) ; l'a. fr. conopé est issu du lat. conopeum, conopium proprement « moustiquaire » d'où « sorte de lit entouré d'une moustiquaire » (Varron, Rust., 2, 10, 8 ds TLL s.v., 346, 30); forme dissimilée canopeia ds Properce, 3, 11, 45 (var.), ibid., 346, 33; lat. médiév. canapeum, xive s. (Glossar. Provinc. Lat. ex Cod. reg. 7657 ds Du Cange t. 2, p. 72a). Le lat. est empr. au gr. κωνωπει̃ν « moustiquaire » dér. de κώνωψ « moustique ». L'hyp. d'un empr. par l'intermédiaire de l'ital. canapè « sorte de lit » (FEW t. 2, 1, p. 1057b) fait difficulté quant à la chronol., l'ital. étant post. (xviie -xviiie s. Salvini ds Batt.) au fr. et lui étant au contraire empr. (DEI).
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 1 021. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 1 091, b) 2 071; xxe s. : a) 2 339, b) 893.
Bibliographie
Meier (H.). Französisch canapé und cidre. Neueren (Die) Sprachen. 1953, t. 43, pp. 182-185.