Logo Portail
Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

CAHOTER

verbe
A. —Emploi trans.[Souv. à la tournure passive] Secouer par des cahots :
1. Les ornières cahotaient les grosses roues, les chaînes de l'attelage grelottaient au vent du matin, les sabres brillaient... (Hugo, Quatre-vingt-treize, 1874, p. 124)
— P. métaph.
1. Secouer rudement; malmener. La vie l'a cahoté :
2. Les récits coupés et rapides, en entraînant le lecteur, le cahotent. (Joubert, Pensées, t. 2, 1824, p. 121)
3. Au troisième acte [de Marion de Lorme], Mme Dorval, mal arrangée en Chimène, dit mal les vers du Cid ... l'acte fut cahoté. (Mme V. Hugo, Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, 1863, p. 154)
2. Jeter violemment de côté et d'autre, ballotter :
4. ... la forme tragique paraît plus en faveur aujourd'hui que la forme romantique. Nous sommes cahotés entre ces deux formes, ... (Zola, Nos auteurs dramatiques, 1881, p. 27)
B. —Emploi intrans. Être secoué de cahots :
5. Quand la voiture, cessant de cahoter, partit au trot, Pauline comprit qu'on avait rejoint la route et qu'on descendait vers la ville; à une fraîcheur, au roulement qui changea, qu'on passait sur le grand pont, plus tard. (Pourrat, Gaspard des Montagnes, Le Pavillon des amourettes, 1930, p. 232)
— P. anal. Avoir une démarche heurtée, irrégulière ou pénible :
6. Comme si Kyo eût craint de rentrer, il le regardait s'en aller, smoking cahotant le long du mur blanc. (Malraux, La Condition humaine, 1933, p. 217)
— P. métaph. :
7. Je n'ai presque rien fait d'Eugénie Grandet et des Aventures d'une idée. Il y a des moments où l'imagination cahote et ne va pas. (Balzac, Lettres à l'Étrangère, t. 1, 1850, p. 54)
Remarque : On rencontre parfois dans le même sens la forme pronom. :
8. ... en écrivant cette lettre, je vois, de ma fenêtre, les fiacres se cahoter dans les ruisseaux, éclaboussant chacun; ... (Zola, Correspondance, 1902, p. 149)
Prononciation et orthographe
[kaɔte], (je) cahote [kaɔt]. Ds Ac. 1694-1932.
Étymologie et histoire
xiiie s. peut-être attesté indirectement par le composé racahotée « abîmée (à force d'être rudement heurtée?) » (Chanson d'Aspremont, éd. L. Brandin, vers 5941, ms. 3e quart xiiie s. : Hé! Durendal ... Or estes si del tot racahotee); 1564 (J. Thierry, Dict. fr.-lat. ds Gdf. Compl. : Cahoter, faire des cahots). Orig. obsc. L'unique attest. du mot en a. fr. (s'il s'agit bien du même mot), ne permet guère d'accepter l'hyp. d'un étymon frq. *hottôn « secouer » [dont est dér. le frq. *hottisôn, v. hocher] (FEW t. 16, p. 233b; Bl.-W.5 ). Le corresp. m. néerl. hotten « secouer », Verdam (Valkh., p. 330) est un étymon plus vraisemblable. L'hyp. d'une orig. onomatopéique (EWFS2 ) ou celle d'un étymon lat. *quatottare, fréquentatif de quatere « secouer » (Bugge ds Romania, t. 4, 1875, p. 352) n'emportent pas la conviction.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 47.
Dérivés
1.

Cahotage

substantif masculin
Action de cahoter; son résultat. Je ne puis souffrir le cahotage d'une voiture (Ac., 1835-1932). P. métaph. Ce cahotage de tous les styles (Sainte-Beuve, Portraits contemp., t. 3, 1868, p. 409). — [kaɔta:ʒ]. Ds Ac. 1694-1932. — 1re attest. 1694 (Ac.) ; de cahoter, suff. -age*.
2.

Cahotement

substantif masculin
Même sens. Le cahotement [de la charrette] a provoqué ... un vomissement salutaire (Latouche L'Héritier, Dernières lettres de deux amans de Barcelone, 1821, p. 154). Fréq. emplois littér.p. méton. (« bruit »), p. anal. (« secousse »), p. métaph. Le cahotement d'une charrette s'éloignait (Mauriac, Le Baiser au Lépreux, 1922, p. 174). Un cahotement de fièvre (Daniel-Rops, Mort où est ta victoire?, 1934, p. 246). — [kaɔtmɑ̃]. Ds Ac. 1932. — 1re attest. 1769 cahotement des voitures (S. A. Tissot, De la santé des gens de lettres, Lausanne, éd. Grasset, p. 201); de cahoter, suff. -(e)ment1 *. — Fréq. abs. littér. : 10.
Bibliographie
Bugge (S.). Étymol. rom. Romania. 1875, t. 4, p. 352. — Sain. Sources t. 2 1972 [1925], p. 17; t. 3 1972 [1930], p. 400.