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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

BÉTOIRE, BÉTOURE,

substantif féminin
A. —GÉOL. Petit entonnoir naturel, généralement dans un sol calcaire, par où se perdent les eaux superficielles :
1. Il y aurait, au centre du marais, une place filtrante une considérable « bétoure », un boitout, par où, durant des mois, les eaux fuient vers les fonds souterrains. (J. de La Varende, L'Homme aux gants de toile, 1943, p. 106)
Remarque : 1. Attesté comme subst. fém. dans la plupart des dict. gén. du xixe et du xxe s.; donné comme subst. masc. dans Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Lar. 19e et Lar. encyclop. 2. Noël 1968 signale que l'emploi de ce mot norm. « se généralise en France ».
B. —Région. Puits artificiel, puisard pour absorber les eaux de pluie :
2. J'ai vu la maison entourée par l'eau, baignant dans un lac de cinq hectares qu'elle n'arrivait pas à épuiser malgré ses puits (...) ses étangs, ses bétoires... (J. de La Varende, La Normandie en fleurs, 1950, p. 214)
Prononciation et orthographe
[betwa:ʀ], [betu:ʀ]. L'orth. bétoire est de loin la plus fréq. : Plais.-Caill. 1958, Mots rares 1965, Noël 1968, George 1970 et tous les dict. gén. où le mot est mentionné. Littré, DG et Quillet 1965 donnent également bétoure. « On dit également bettoir et bétouve » (Nouv. Lar. ill.). Bétoir dans Baulig 1956.
Étymologie et histoire
1405 beteure « puisard naturel qui recueille les eaux inutiles » (Comptes Manoir Rouen, p. 58 dans IGLF Techn.); 1611 beturre (Cotgr.); 1700 bétoire (Liger dans Delb., Notes), repris sous cette graph. dep. 1820 (Lav.); 1880 boitout (Délib. du cons. mun. de Caen cité dans Moisy, s.v. bétoure); 1877 (Littré Suppl. : Bétoire ou bétoure). Terme dial. norm. remontant prob. à un lat. vulg. *bibitoria « trou pour l'eau, abreuvoir », de bibere « boire »; cf. les termes du Bas-Maine bayturas ou betura « mauvaise boisson », beturaye « boire beaucoup » (G. Dottin, Glossaire des parlers du Bas-Maine). À rapprocher, du point de vue de la forme, de l'adj. lat. médiév. bibitorius « qui sert à boire » (ixe s. Iohannes Diaconus dans Mittellat. W. s.v., 1461, 26). Boitout, par altération populaire.