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Voir également: bouclier, adjectif 
Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

BOUCLIER

substantif masculin
A. — Arme défensive que l'on tient devant soi pour se protéger :
1. Le roi arrive et s'assoit. Quelques princes l'entourent qui portent son sabre, sa masse d'armes, son bouclier. (J. Gobineau, Correspondance, [avec Tocqueville], 1857, p. 287)
— P. métaph. :
2. Le droit est l'épée des grands, le devoir est le bouclier des petits. (Lacordaire, Conf. de Notre-Dame, 1848, p. 246)
3. Lyautey me dit : — La Lorraine a servi de bouclier à la France cette fois encore, comme toujours à travers les siècles. (Barrès, Mes cahiers, t. 13, 1921, p. 14)
— P. anal.ASTRON. Bouclier d'Orion. Constellation qui, dans nos pays, est visible l'hiver. GÉOL. « Partie consolidée de l'écorce terrestre, stable et rigide, formée de terrains anciens fortement granitisés et métamorphisés » (George 1970). Le bouclier africain. MINES. « Sorte de carapace métallique utilisée pour le percement d'un tunnel » (Poignon 1967). ZOOL. « Parties dures composant le test des animaux articulés, comme les tergites des insectes » (Séguy 1967). Les boucliers de l'esturgeon (Cuvier, Leçons d'anat. comp., t. 1, 1805, p. 119).
B. —P. ext. Dispositifs de protection divers.
— ARTILL. Les pièces allemandes (...) munies de boucliers (Joffre, Mémoires, t. 1, 1931, p. 62).
— PHYS. NUCL. Bouclier biologique, thermique.
C. —Au fig. Ce qui constitue un moyen de défense ou une protection contre une agression quelconque. Servir de bouclier; se faire un bouclier de; se mettre sous le bouclier de qqn :
4. Le silence est mon refuge et mon bouclier. (Amiel, Journal intime, 1866, p. 111)
5. « Quelle sécurité est la vôtre, Dolorès! Comme vous paraissez protégée — à l'abri d'un bouclier invisible. » (Gracq, Un Beau ténébreux, 1945, p. 165)
— Loc. fig. Une levée de boucliers. Protestation unanime :
6. Je vous dirai même qu'au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été une levée de boucliers, un véritable tollé. (Proust, Le Côté de Guermantes 1, 1920, p. 235)
Prononciation et orthographe
1. Forme phon. : [buklie] ou [-klije]. Le mot est transcrit sans yod dans Fér. 1768, Fér. Crit. t. 1 1787, Land. 1834, Gattel 1841, Nod. 1844, Fél. 1851, Littré et Warn. 1968. Il est transcrit avec yod dans DG, Dub., Pt Rob. et Pt Lar. 1968. Littré fait la rem. suiv. : « Autrefois bouclier était, en poésie, de deux syllabes, et Rotrou a encore suivi cet archaïsme. Écrit bucler, comme il l'était souvent, ce mot était dissyllabique; écrit bouclier, quelques indices portent à croire que, dans la prononciation, une des consonnes tombait : bouclier ; de là l'usage de le faire dissyllabique, lors même que la prononciation avait changé ». (Cf. aussi DG : « Au xvie siècle, et encore dans Rotrou bou-klyé » y = j). 2. Forme graph. — Besch. 1845 boucler ou bouclet : « s'est dit autrefois pour bouclier.  » (cf. aussi Lar. 19e, s.v. bouclet).
Étymologie et histoire
1. Ca 1100 escut bucler « bouclier garni d'une bosse » (Roland, éd. Bédier, 526); apr. 1268 bouclier « arme défensive » (Claris et Laris, 2439 dans T.-L.);
2.
a) 1460-70 levee de boucler « vive opposition » ([Simon Gréban], Actes des apôtres, vol. II, f° 45a dans Gdf. Compl.);
b) xvie s. « soutien » (Du Bellay, Œuvres poét. dans IGLF Litt.) et plus partic. dans l'expr. faire bouclier de « s'appuyer sur » (Calvin, Sermon sur le Deutéronome, p. 274a dans Gdf. Compl.). Ell. du syntagme escut boucler c.-à-d. « écu garni d'une boucle », avec substitution du suff. -ier* à la finale -er, celle-ci étant prob. due à un b. lat. bucculare, -is dér. de buccula (cf. début ve s. le subst. b. lat. bucculare « récipient », Marcellus Empiricus dans TLL s.v., 2230, 8; EWFS2 ), parallèlement à la forme en -é*, dér. directement de boucle, attestée dep. la fin du xiie s. (Aliscans, 149 dans T.-L. : ces escus bouclés).
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 622. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 1 430, b) 1 262; xxe s. : a) 523, b) 433.
Bibliographie
Darm. Vie 1932, p. 56, 68. — Rog. 1965, p. 94.