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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

BASTONNADE

substantif féminin
Volée de coups de bâton :
1. C'était quelquefois, souvent même, un homme couvert de guenilles et de fange, ivre-mort, gorgé de lard et de morue, que Brulard faisait pendre la tête en bas pendant qu'on lui administrait, comme digestif, une vigoureuse bastonnade. (Sue, Atar Gull, 1831, p. 16)
Syntagmes : Craindre, donner, infliger, recevoir la bastonnade.
Remarque : Ac. 1835-1932, Guérin 1892 et Quillet 1965 le disent « familier ».
— En partic.
1. Châtiment consistant en des coups de bâton :
2. Un voyageur m'a raconté que nous avons l'avantage de posséder sur nos territoires asiatiques une peuplade chez qui le sentiment de l'honneur est si exquis que lorsqu'un coupable a été condamné à la bastonnade, il la reçoit avec allégresse pourvu que le châtiment lui semble mérité. (Barrès, Mes cahiers, t. 8, 1909-11, p. 255)
Remarque : « Chez tous les peuples la bastonnade s'administre sur le dos; chez les musulmans seuls on l'applique sous la plante des pieds » (Besch. 1845).
3. Un Marocain qui toucherait à ce produit [le bitume], dont Muley XXXIV a fait le généreux abandon, recevrait la bastonnade sur la plante des pieds, et serait assis sur un pal à la récidive. (Reybaud, Jérôme Paturot, 1842, p. 31)
2. « Dans les bagnes, châtiment qui consiste à appliquer des coups d'une corde goudronnée » (Lar. 19e) :
4. Le forçat qui doit recevoir la bastonnade, est étendu sur le ventre (...) le Boye, armé d'une corde goudronnée, de quinze à vingt lignes de diamètre, lui en applique quinze, vingt-cinq ou cinquante coups. (F. Vidocq, Les Voleurs, 1836, p. 35)
Prononciation
[bastɔnad]. Demi-longueur pour la voyelle de syll. finale dans Passy 1914.
Étymologie et histoire
1482 (G. Flameng, Passion de S. Didier, 59 [Carnaudet] cité par Delboulle d'apr. Quem. : Tire toy près, ou tu auras la bastonnade). Empr. soit à l'ital. bastonata (Kohlm., p. 32; Tracc., pp. 113-114; Wind, pp. 58-59) attesté dep. le xvie s. (Boccace, Déc. 2-5 [composé entre 1348-1353] dans Batt.), soit à l'esp. bastonada (Rupp., p. 40; Schmidt, pp. 631-632) attesté dep. le xiiie s. (Al., p. 661a), soit à l'a. prov. bastonada (Littré) attesté ca 1343 Leys d'Amors dans Rayn. I-II, p. 195a; ces mots sont dér. du corresp. en chacune de ces lang. du fr. bâton*. Bl.-W.5 semble opter pour la 1re hyp. en rapprochant ce mot des mots du vocab. milit. empruntés à l'ital. à la même époque; cependant bastonnade ne paraît pas appartenir au vocab. militaire.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 42.
Bibliographie
Kidman (J.). Les Empr. lex. du fr. à l'esp. des orig. jusqu'à la fin du xve s. Paris, 1969, pp. 55-58. — Pope 1961 [1952], § 379. — Sar. 1920, p. 59.