BARATTER
verbe transitif1. Séparés là, les deux ruisselets le sont pour toujours. Celui de la crème alimente une pompe, qui le monte dans la chambre à maturation. Avant d'être barattée, muée en beurre, elle doit mûrir... (, Le Livre de raison, 1928, p. 220)
— P. métaph. :
2. Autour de moi tout luit, des volets entr'ouverts filtre un rais de soleil. Les bielles du Diesel font des éclairs humides, barattent ce jet de lumière. (, Courrier Sud, 1928, p. 58)
— Au fig. :
3. ... et il [Durtal] s'appesantissait sur les turpitudes de cette fille trempée dès l'enfance dans les incestes, barattée dès sa puberté par des passions de vieillard... (, En route, t. 2, 1891, p. 63)
— Emploi pronom. Se baratter la cervelle. S'exciter, s'agiter en vain :
4. Ils [les ratés d'aujourd'hui] travaillent toujours de moins en moins (...) mais ils continuent à se surchauffer l'imagination, à se baratter la cervelle dans des cénacles ... (, Mon franc-parler, t. 6, 1894, p. 264)
Prononciation et orthographe
[baʀate], (je) baratte [baʀat]. Fér. Crit. t. 1 1787 propose la graph. barater avec un seul t.
Étymologie et histoire
Début xvie s. lait baraté « petit lait » (Regime de santé, f° 16 r° dans Gdf. Compl. : Lait batu et lait baraté); 1596 trans. barattrer « agiter la crème pour faire le beurre » (Hulsius, Dict.) fr.-alemand et alemand-fr., Noribergae) — 1611 (Cotgr. : Baretter) repris dep. Ac. 1762. Spécialisation du sens de l'a. fr. barater, bareter intrans. « s'agiter (avant le combat) » (1160-74 Wace, Rou, éd. Andresen, II, 3517 dans Keller, p. 115a) — encore attesté par Rabelais à l'emploi trans. au sens gén. « agiter, remuer » (1546, Tiers livre dans Hug.) — d'où l'a. fr. barate « agitation (avant le combat) » (1160-74 Wace, Rou, III, 9476 dans Keller, p. 353a), v. baraterie. L'étymon. lat. *būrattare « bluter la farine », lui-même d'orig. obsc. (Brüch dans Z. rom. Philol., t. 40, p. 317) manque de base solide.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 16.
Bibliographie
De Gorog 1958, p. 110. — Kuhn 1931, p. 202, 228.