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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

BARATTER

verbe transitif
Battre la crème du lait dans un récipient spécial (cf. baratte) pour la transformer en beurre :
1. Séparés là, les deux ruisselets le sont pour toujours. Celui de la crème alimente une pompe, qui le monte dans la chambre à maturation. Avant d'être barattée, muée en beurre, elle doit mûrir... (Pesquidoux, Le Livre de raison, 1928, p. 220)
— P. métaph. :
2. Autour de moi tout luit, des volets entr'ouverts filtre un rais de soleil. Les bielles du Diesel font des éclairs humides, barattent ce jet de lumière. (Saint-Exupéry, Courrier Sud, 1928, p. 58)
— Au fig. :
3. ... et il [Durtal] s'appesantissait sur les turpitudes de cette fille trempée dès l'enfance dans les incestes, barattée dès sa puberté par des passions de vieillard... (Huysmans, En route, t. 2, 1891, p. 63)
— Emploi pronom. Se baratter la cervelle. S'exciter, s'agiter en vain :
4. Ils [les ratés d'aujourd'hui] travaillent toujours de moins en moins (...) mais ils continuent à se surchauffer l'imagination, à se baratter la cervelle dans des cénacles ... (Coppée, Mon franc-parler, t. 6, 1894, p. 264)
Prononciation et orthographe
[baʀate], (je) baratte [baʀat]. Fér. Crit. t. 1 1787 propose la graph. barater avec un seul t.
Étymologie et histoire
Début xvie s. lait baraté « petit lait » (Regime de santé, f° 16 r° dans Gdf. Compl. : Lait batu et lait baraté); 1596 trans. barattrer « agiter la crème pour faire le beurre » (Hulsius, Dict.) fr.-alemand et alemand-fr., Noribergae) — 1611 (Cotgr. : Baretter) repris dep. Ac. 1762. Spécialisation du sens de l'a. fr. barater, bareter intrans. « s'agiter (avant le combat) » (1160-74 Wace, Rou, éd. Andresen, II, 3517 dans Keller, p. 115a) — encore attesté par Rabelais à l'emploi trans. au sens gén. « agiter, remuer » (1546, Tiers livre dans Hug.) — d'où l'a. fr. barate « agitation (avant le combat) » (1160-74 Wace, Rou, III, 9476 dans Keller, p. 353a), v. baraterie. L'étymon. lat. *būrattare « bluter la farine », lui-même d'orig. obsc. (Brüch dans Z. rom. Philol., t. 40, p. 317) manque de base solide.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 16.
Bibliographie
De Gorog 1958, p. 110. — Kuhn 1931, p. 202, 228.