Logo Portail
Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

BAH

interjection
Fam. Exprime, suivant la nature du ton, l'étonnement mêlé de doute, l'absence de surprise ou de désappointement; ou au contraire, et le plus souvent, l'indifférence ou l'insouciance :
1. — Voilà un grand malheur, ai-je dit. — Bah !, reprit Ampère, c'est partout la même chose. (Delécluze, Journal, 1825, p. 136)
2. — O Pauline, m'écriai-je en lui serrant la main, je voudrais être riche! — Bah ! Pourquoi? dit-elle d'un air mutin. (Balzac, La Peau de chagrin, 1831, p. 153)
3. — Mon lieutenant, dit La Guillaumette, nous cherchons de l'argent que nous avons perdu. — Ah bah ! L'étonnement outré qu'il affectait avait toute l'insolence d'un démenti à froid. (Courteline, Le Train de 8 h 47, 1888, 2e part. 9 p. 201)
4. Le cousin continuait, hésitant et désabusé : — Je puis pas bien vous dire. Je sais pas si j'aurai l'argent. Ça doit être vendu vendredi matin, dernier délai? Je vous enverrai bien une dépêche la veille ou le matin? — Ah ! Bah! Bah! Bah! Vous savez bien que pour vingt mille de plus vous feriez la bonne affaire. (Malégue, Augustin, t. 1, 1933, p. 204)
Remarque : Souvent répété ou en loc. exclam. ah bah!
— Emploi subst., rare :
5. Bah ! Signifie Ce mal est peu de choses, et on y va remédier. Ce bah ! me paraît inusuel. On dit ce n'est rien ! Le bah ! usuel exprime insouciance, celui-ci énergie. (G. Esnault, [ Commentaire des Misérables lors du dépouillement I.G.L.F.], 1937)
Prononciation
1. Forme phon. : [bɑ]. 2. Homon. : bas, bât.
Étymologie et histoire
1. Ca 1170 ba interj. marquant le doute (Rois, p. 36, Ler. de Lincy ds Gdf. : Mais les fiz Belial distrent entre sei : Ba ! purrad nus cist de nos enemiz salver?), attest. isolée; non attesté dans les dict. jusqu'à 1823, Boiste ;
2. ca 1200 ba interj. marquant refus, négation, mécontentement (Aucassin et Nicolette, éd. H. Suchier, 10, 45 ds T.-L. : Pere, fait Aucassins, ne m'alés mie sermonant, mais tenés moi mes covens. — Ba ! Quex covens, biax fix?); seulement dans ce texte et non attesté dans les dict. jusqu'à 1823, Boiste ;
3. 1216 ba interj. marquant l'étonnement (R. de Clary, Constantinople, éd. Hopf, 101 ds T.-L. : ba, seigneur, dene connissiés vus que che fust chi femme Kyrsaac? ... Ba, dene me connissiés vus?) — 1285, J. Bretel, Tournois Chauvency ds T.-L.; non attesté dans les dict. jusqu'à 1823, Boiste ;
4. 1794 bah interj. marquant l'indifférence (Fabre d'Églantine ds Lar. 19e : ... Malgré vous et les vôtres, On vous fera bien voir... — Bah ! j'en ai bien vu d'autres). Onomat., imitant les cris d'étonnement, etc., dans la lang. parlée; à rapprocher du verbe batare « bayer* » dér. d'une onomat. de forme voisine, exprimant l'étonnement dans diverses lang. i.-e. (cf. IEW, s.v. bata-).
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 1 396. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 1 634, b) 4 001; xxe s. : a) 1 979, b) 1 208.