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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

AVANT-GOÛT

substantif masculin
A. —Peu usité. Goût que l'on a par avance d'un aliment ou d'une boisson. Anton. arrière-goût :
1. La grappe a la longueur d'un doigt et l'aspect d'un cône effilé. Que l'on se figure la petitesse des fleurs dans chaque grapillon : c'est un minuscule amas de calices d'où s'élève le plus fin et le plus pénétrant des parfums, comme si la plante précieuse voulait donner par là un avant-goût de la saveur du fruit et de l'arôme du vin. (Pesquidoux, Le Livre de raison, 1925, p. 84)
— P. anal.[En parlant de la beauté d'un pays] :
2. J'allais voir le soleil de Provence, ce ciel qui devait me donner un avant-goût de l'Italie et de la Grèce... (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 2, 1848, p. 63)
B. —Au fig. Sensation ou sentiment que l'on éprouve à l'idée d'un bien futur, moral ou physique, ou d'un mal à venir ou à la représentation d'une situation, d'une personne, de ses qualités ou de ses défauts.
1.[En parlant d'une pers., d'une condition soc.] :
3. Vachette, le Vachette fils du restaurant, dont Claudin nous avait donné un avant-goût par l'écho de ses charges, vient à notre table au dessert... (E. et J. de Goncourt, Journal, 1861, p. 927)
Remarque : Cf. aussi E. et J. de Goncourt, Journal, 1858, p. 490 : « une instruction enfin des façons et de ce que l'on pourrait appeler l'âme sociale de l'homme par l'éducation, par un avant-goût du monde... »
2.[En parlant de la vie et de la mort] Avant-goût de la mort :
4. À cet appétit de la mort, qui s'en donnait tous les avant-goûts, succéda bientôt dans cette âme un autre sentiment de l'agonie chrétienne : ... (E. et J. de Goncourt, M me Gervaisais, 1869, p. 291)
5. ... Évariste s'enfuit et courut chercher auprès d'Élodie l'oubli, le sommeil, l'avant-goût délicieux du néant. (A. France, Les Dieux ont soif, 1912, p. 230)
— P. anal.[En parlant de la vie éternelle] Avant-goût de Paradis (Ac. 1798-1878), avant-goût des joies du Paradis (Ac. 1932) :
6. ... le christianisme l'a [l'homme] placé dans les champs de l'espérance. La jouissance. La jouissance des sentimens honnêtes sur la terre, n'est que l'avant-goût des délices dont nous serons comblés. (Chateaubriand, Génie du Christianisme, t. 1, 1803, p. 371)
7. On y suit une douceur, une majesté, et comme un avant-goût des joies éternelles. (Claudel, Correspondance, [avec Gide], 1899-1926, p. 121)
Remarque : Parfois empl. p. plaisant. pour souligner les effets néfastes de la mysticité; p. anal. et p. iron., Chateaubriand parle de « l'avant-goût des joies » que donne la loi de la presse (La Liberté de la presse, 1822-28, p. 314).
Prononciation
[avɑ̃gu].
Étymologie et histoire
1610 (F. de Rémond ds Delboulle, Rec. ds DG : Avant goust). Dér. de goût*; élément préf. avant-*.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 94.
Bibliographie
Ac. Gastr. 1962.