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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

APHONIE

substantif féminin
Perte de la voix consécutive à une paralysie, une lésion ou une inhibition des organes de l'appareil phonatoire :
1. — « Les cordes vocales ? » — « En piteux état! Vous entendez ma voix. Et encore, ce soir, grâce aux soins que j'ai pris toute la journée, je peux parler. Bien souvent, c'est l'aphonie complète. » — « Lésions inflammatoires des cordes? » — « Non. » — « Lésions nerveuses? » — « Non plus. C'est la superposition des bandes ventriculaires tuméfiées qui produit l'aphonie. » — « Évidemment, ça doit empêcher toute vibration. » (R. Martin du Gard, Les Thibault, Épilogue, 1940, p. 887)
2. Une jeune fille à qui sa mère a interdit de revoir le jeune homme qu'elle aime, perd le sommeil, l'appétit et finalement l'usage de la parole. Au cours de l'enfance, on trouve une première manifestation d'aphonie à la suite d'un tremblement de terre, puis un retour à l'aphonie à la suite d'une peur violente. (Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, 1945, p. 187)
Remarque : Dans l'aphonie la faculté d'articuler reste intacte, contrairement à la mutité qui est une incapacité d'articuler.
— Vx. (État d') absence de l'usage de la parole :
3. Les langues ont commencé; mais la parole jamais, et pas même avec l'homme. L'un a nécessairement précédé l'autre; car la parole n'est possible que par le verbe. Toute langue particulière naît comme l'animal, par voie d'explosion et de développement, sans que l'homme ait jamais passé de l'état d'aphonie à l'usage de la parole. Toujours il a parlé, et c'est avec une sublime raison que les Hébreux l'ont appelé âme parlante. (J. de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg , t. 1, 1821, p. 132)
Remarque : Ex. unique. Aphonie est en it. dans le texte.
— P. ext. Absence de bruit :
4. Il n'est sorti de la mer qu'une aurore ébauchée et sans sourire. La transformation des ténèbres en lumière, avec ses changeantes merveilles, son aphonie et sa mélodie, ses étoiles éteintes tour à tour dans l'or et les roses du matin, ne s'est point opérée. (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 4, 1848, p. 403)
Prononciation
[afɔni].
Étymologie et histoire
1617 aphonie (Habicot d'apr. R. Chauvelot, Étude sur le vocab. fr. du XVIIe s. ds Presse Méd., 26 août 1950, t. 58); 1752 (Trév. : Aphonie. Extinction de voix qui arrive aux malades par le vice des organes destinés à cette fonction). Empr. au gr. ἀφωνία « impuissance à parler, aphonie », Hippocrate, Epid., 3, 1098 ds Bailly.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 22.
Bibliographie
Bonv. 1969. — Bouillet 1859. — Chevallier 1970. — Garnier-Del. 1961 [1958]. — Lar. méd. 1970. — Littré-Robin 1865. — Méd. 1966. — Méd. Biol. t. 1 1970. — Nysten 1824. — Pomm. 1969. — Privat-Foc. 1870. — Quillet Méd. 1965. — Rheims 1969.