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Voir également: anesthésique, adjectif 
Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

ANESTHÉSIQUE

adjectif et substantif
MÉDECINE
I. —Adj. Qui rend insensible, qui produit une anesthésie locale ou générale. Agent, méthode, sommeil anesthésique.
— Au fig. :
1. Buccaferrata, enflammé par l'idée d'amener à bien son croquis, ne vit pas l'espèce de prostration anesthésique où le spectacle d'un cadavre avait précipité Jean-Paul. (F. Fabre, Le Roman d'un peintre, 1878, p. 114)
• P. plaisant. :
2. Tous les jours — cependant — les anesthésiques bibliothèques me font quelques heures de paix, où la lecture de formules, de malaises précipités en vertigineuses dispositions, tourne sous mes yeux longtemps. (P. Valéry, Correspondance, [avec A. Gide], 1893, p. 188)
Remarque : Sur le synon. anesthésique, qui n'a pas vécu, cf. étymol.
II. —Substantif
A. —Subst. masc. Substance qui calme la douleur, qui endort la sensibilité locale ou générale. Absorber un anesthésique, opérer sans anesthésique :
3. Quelle singulière époque, se disait Des Esseintes, que celle qui, tout en invoquant les intérêts de l'humanité, cherche à perfectionner les anesthésiques pour supprimer la souffrance physique et prépare, en même temps, de tels stimulants pour aggraver la douleur morale! (J.-K. Huysmans, À rebours, 1884, p. 225)
4. Comme un malade grâce à un anesthésique assiste avec une pleine lucidité à l'opération qu'on pratique sur lui, mais sans rien sentir, je pouvais me réciter des vers que j'aimais ou observer les efforts que mon grand père faisait pour parler à Swann du duc d'Audiffret-Pasquier, ... (M. Proust, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, 1913, p. 24)
— Au fig. :
5. C'était [le cinéma] aussi un anesthésique, un opium, un oubli, ... (P. Vialar, Tournez jolies gosses, 1956, p. 91)
B. —Subst. masc. ou fém. Personne soumise à une anesthésie. Anesthésique total.
— Au fig. Celui (ou celle) qui n'éprouve plus de sentiments, qui vit dans l'indifférence :
6. J'ai connu un pauvre anesthésique total, qui n'éprouvait plus la joie ni la peine. (L. Daudet, L'Hérédo, 1916, p. 11)
Prononciation
[anεstezik].
Étymologie et histoire
I.— Adj. 1847 (Physiologie. Communication verbale concernant les effets de l'inhalation du chloroforme sur des individus soumis à des opérations chirurgicales, par M. Roux ds Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Ac. des sc., Paris, Gauthier-Villars, t. 25, p. 887 : Je viens un peu tard, dit M. Roux, pour entretenir l'Académie du nouvel agent qui paraît remplacer l'éther comme moyen anesthésique).
II.— Subst. 1850 (Chirurgie. De l'éthérisation, par M. A. Velpeau, ibid., t. 30, p. 268 : L'activité de l'esprit humain s'est tellement attachée à la question des anesthésiques, au surplus, qu'elle n'a jamais cessé complétement de s'en occuper). Dér. de anesthésie*; suff. -ique*, cf. fr. anesthétique adj. de même sens 1847 empr. à l'angl. anœsthetic, attesté dep. 1846 (Holmes, Letter to W. T.G. Morton, 21 nov. ds DAE s.v. anœsthesia : The state produced ... should, I think, be called « anœsthesia ». This signifies insensibility ... The adjective will be « anœsthetic »).
Statistiques
Fréq. abs. litt. : 14.
Bibliographie
Duval 1959. — Fromh.-King 1968. — Galiana Déc. sc. 1968. — Garnier-Del. 1961 [1958]. — Lal. 1968. — Littré-Robin 1865. — Marcel 1938. — Méd. Biol. t. 1 1970. — Uv.-Chapman 1956. — Vieill. 1970.