Logo Portail
Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

ANAGOGIE

substantif féminin
A. —Seulement au sing.
1.PHILOS., THÉOL. MYSTIQUE. Élévation de l'âme vers les choses divines. Synon. extase :
1. Il faut le dire : Gracian a décidément quitté l'anagogie escarpée et sublime de Platon pour les chemins fleuris, mais insidieux de la démagogie, qui est agogie par douceur et suavité... (V. Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957, p. 6)
— P. compar. :
2. Les tours, les clochers, s'envisagent, d'après la théorie de Durand, évêque de Mende au xiiie siècle (...) et leurs sommets sont l'anagogie de cette perfection que cherchent à atteindre, en s'élevant, ces âmes... (J.-K. Huysmans, La Cathédrale, 1898, p. 122)
2.EXÉGÈSE. Recherche du sens spirituel et mystique des Écritures :
3. On nomme (...) Anagogie l'interprétation figurée d'un fait ou d'un texte des saintes Écritures, le passage d'un sens naturel et littéral à un sens spirituel et mystique : par exemple, les biens temporels promis aux observateurs de la Loi sont, dans le sens anagogique, l'emblème des biens éternels réservés dans la vie future aux hommes vertueux. (Bach.-Dez., 1882)
B. —Seulement au plur.,ANTIQ. GR. Sacrifice pour obtenir symboliquement une heureuse traversée, célébré chaque année à Éryx en Sicile à l'occasion des fêtes commémorant le départ d'Aphrodite pour la Libye.
Remarque : Attesté ds la plupart des dict. gén. du xixe s.
Prononciation et orthographe
[anagɔʒi]. Guérin 1892 réserve une entrée spéc. à la forme anagogies, subst. fém. plur. Lar. encyclop., s.v. anagogie précise : « on dit aussi anagogisme ».
Étymologie et histoire
[1495 anagoge (Jeh. de Vignay, Mir. hist., XXVII, 85, éd. 1531 ds R. Hist. litt. Fr., t. 2, p. 112)];
1. 1560 théol. « recherche du sens mystique des textes sacrés » (Viret, Cuisine papale, 23, Fick, ibid. : S'ensuit que par anagogie Ils font un merveilleux devoir Pour la grace du pape avoir Par leurs prédications);
2. 1771 id. (Trév. : Anagogie. Élévation de l'esprit aux choses célestes et éternelles);
3. 1752 antiq. (Trév. : Anagogies. Fêtes qui se célébroient par les habitans d'Erix [...] en Sicile, en l'honneur de Venus). Empr. au lat. médiév. anagogia, au sens 1, Albert Le Grand, Summ. théol. I, 1, 5, 4, p. 27a . 9 ds Mittellat. W s.v., 609, 54 : quatuor sunt sensus sacrae scripturae : ... anagogia, in qua de summis et coelestibus traditur, per quae ad superna ducimur; sens 2, Id., Is. 33, 21, p. 362, 96, ibid., 609, 64 : allegoria fidei astruit sinceritatem, analogia desideratam ... beatitudinem. Le lat. médiév. anagogia, p. anal. avec les termes d'exégèse allegoria, tropologia, a remplacé le lat.-chrét. anagoge, attesté au sens 1, St. Jérôme, Epist., 120, 8 ds TLL s.v., 15, 35 : in Ies. 1, 1, 3, bos iuxta anagogen refertur ad Israel, lui-même empr. au gr. chrét. ἀναγωγή « action d'élever l'âme », Synésius, (ive -ve s.), 50 c ds Bailly, d'où « sens des choses (spirituel) », Grég. de Nazianze (ive s.), 2, 412, ibid. ; le sens 3 représente le plur. neutre gr. (pris pour un fém.) τὰἀναγώγια (ἱερά) « sacrifice pour obtenir une heureuse traversée » de ἀναγώγιος, adj. « qui gagne le large », Elien (iiie s.) V. H., 1, 15 ds Bailly.
Statistiques
Fréq. abs. litt. : 1.
Bibliographie
Bach.-Dez. 1882. — Bailly (R.) 1969 [1946]. — Bél. 1957. — Bénac 1956. — Boiss.8. — Bouillet 1859. — Prév. 1755.