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ABSOLUTION, subst. fém.
I.− Sens relig.
A.− THÉOL. Sentence par laquelle le confesseur, dans le sacrement de pénitence, remet les péchés au pénitent :
1. ... je vous rappellerois avec les historiens que la reine Jeanne étoit mineure; (...) que le contrat dont nous parlons étoit le prix de l'absolution qu'elle négocioit avec le pape, au tribunal duquel elle étoit citée pour le meurtre de son mari ... M. Robespierre, Discours,Pétition avignonois, 1790, p. 587.
2. Le pape lui donna l'absolution en lui imposant pour condition de se réconcilier avec l'archevêque de Mayence et tous ceux à qui il avait fait tort, de construire et de doter un monastère au lieu de ceux qu'il avait brûlés, de faire publiquement amende honorable sur les ruines de Fritzlar, et enfin d'entrer lui-même dans un ordre religieux. Ch. de Montalembert, Histoire de Sainte Élisabeth de Hongrie,1836, p. 293.
3. Mais au bout de sa confession que, dans son innocence, Richepin croyait effroyable, le confesseur des chenapans sortit de son confessionnal, l'embrassa, lui dit : « Je t'administrerai le coup de torchon − l'absolution − samedi et nous mangerons ensemble le Bon Dieu dimanche. » E. et J. de Goncourt, Journal,mai 1882, p. 174.
4. Enfin, reprit-il, et si, à la Trappe, le moine, révolté par l'outrage prolongé de mes fautes, me refuse l'absolution et m'empêche de communier? J.-K. Huysmans, En route,t. 1, 1895, p. 246.
5. La pénitence fut lourde, l'absolution ajournée. P. Adam, L'Enfant d'Austerlitz,1902, p. 192.
6. ... le visage impénétrable, la main droite levée, il murmurait la formule de l'absolution. R. Martin du Gard, In memoriam,1920, p. 567.
Rem. Le prêtre donne l'absolution (ex. 2) ou administre l'absolution (ex. 3). L'absolution est une formule que le prêtre accompagne d'un geste de bénédiction (ex. 6). L'absolution peut être refusée (ex. 4), ajournée (ex. 5), donnée sous certaines conditions (ex. 2) et a pu même être négociée (ex. 1).
B.− DR. CANON. ,,Sentence écclésiastique qui, revêtue de certains caractères et d'une certaine solennité, relève une personne de l'excommunication et des autres censures qu'elle avait pu encourir.`` (Guérin 1892).
C.− LITURG. Courte prière qui termine chaque nocturne des matines et les heures canoniales.
II.− P. ext., lang. cour. Effacement d'une faute dont on obtient le pardon, la rémission :
7. Adieu, ma chère amie; je t'embrasse, et donne-moi l'absolution, avec Eugénie, de ma très vénielle faute. M. de Guérin, Correspondance,1835, p. 234.
8. La direction jésuite n'est point sévère, elle n'a pas la dureté que lui prête le préjugé populaire : elle est plutôt faite à l'image du gouvernement romain, de ce gouvernement généralement doux, un gouvernement d'indulgence presque paternelle et de facile absolution pour les fautes qui ne s'attaquent pas à son principe, ... E. et J. de Goncourt, Madame Gervaisais,1869, p. 189.
9. ... le fond de tout notre système philosophique et littéraire, c'est l'absolution de tout ce qui est humain. E. Renan, L'Avenir de la science,1890, p. 355.
10. Mon cher fils, regarde seulement cette foule, et tu comprendras ce qu'est Hélène. Elle est une espèce d'absolution. Elle prouve à tous ces vieillards que tu vois là au guet et qui ont mis des cheveux blancs au fronton de la ville, à celui-là qui a volé, à celui-là qui trafiquait des femmes, à celui-là qui manqua sa vie, qu'ils avaient au fond d'eux-mêmes une revendication secrète, qui était la beauté. Si la beauté avait été près d'eux, aussi près qu'Hélène l'est aujourd'hui, ils n'auraient pas dévalisé leurs amis, ni vendu leurs filles, ni bu leur héritage. Hélène est leur pardon, et leur revanche, et leur avenir. J. Giraudoux, La Guerre de Troie n'aura pas lieu,1935, I, 6, p. 50.
III.− DR. (cf. Cap. 1936). Décision de justice par laquelle un accusé est déclaré non punissable, bien que convaincu du fait qui lui est reproché. Parmi les circonstances qui procurent l'impunité, on peut noter les suivantes :
Le fait dont l'accusé est déclaré coupable n'est pas défendu par une loi pénale.
Le fait est défendu par une loi pénale, mais l'action publique est éteinte par la prescription, l'amnistie, la chose jugée.
Il existe au profit de l'accusé reconnu coupable une excuse légale absolutoire.
L'absolution occupe une place intermédiaire entre la condamnation qui est prononcée contre un individu à la fois coupable et punissable et l'acquittement qui suppose que l'inculpé n'est pas coupable.
P. ext., dans la lang. cour. Acquittement, déclaration d'innocence :
11. ... les chefs, même ignorants et imprévoyants, ne risquaient jamais rien de plus qu'une souffrance de vanité, sans rien qui ressemblât à une punition. C'est que l'affaire d'un chef c'est de punir, non d'être puni. (...) Quelquefois on a réuni trois généraux pour en juger un; le résultat était toujours l'absolution majeure. (...) Tout est réglé d'avance; on devine les conclusions et les considérants. Alain, Propos,1934, p. 1200.
12. ... il l'exige comme un accusé dont on n'instruirait jamais le procès. Il réclame une absolution ou une condamnanation totale. J. Guéhenno, Jean-Jacques,Grandeur et misère d'un esprit, Prol., 1952, p. 10.
IV.− Arg. ,,Cuvette. Les filles s'y « absolvent » sans repentir puis récidivent.`` (Esn. 1965).
Stylistique − Cont. gén. relig. ou jur. Même le sens gén. reste influencé par l'orig. sav. du mot qui le situe naturellement à un niveau de langue élevé. Dans de nombreux cont. absolution s'accompagne d'une certaine nuance valorisante (idée de pureté, de justice, de magnanimité), mais il n'en est pas toujours ainsi, comme l'attestent certains emplois avec les verbes négocier, acheter, marchander ... (ex. 1) : 13. Une absolution d'assassinat coûtait vingt écus. Le seigneur d'une ville avait-il besoin de se défaire d'une vingtaine de citoyens récalcitrants, il faisait une dépense de quatre cents écus, et, son indulgence dans la poche, leur faisait couper la tête sans nulle crainte de l'enfer. Stendhal, Hist. de la peinture en Italie, t. 1, 1817, p. 8. Cf. également cette déf. iron. : 14. Absolution. Rémission des péchés que l'on a commis contre Dieu ou les hommes; manière expéditive et commode de devenir blanc comme neige lorsqu'on était rouge comme pourpre. Dict. des gens du monde, 1818. Noter aussi un ex. dans lequel l'absolution est accordée à un obj. concr. personnifié : 15. Boulevard Arago, il traîna un peu autour de leur ancien logis. Des jardiniers faisaient tomber le lierre de la façade, des peintres repeignaient la grille. Dans une poussée d'indulgence, il donna l'absolution à cette maison. H. de Montherlant, Les Célibataires, 1934, p. 875.
Prononc. : [ab̭sɔlysjɔ ̃]. Cf. absoudre. Enq. : /apsolysiõ/.
Étymol. − Corresp. rom. : prov. absolutio; ital. assoluzione; esp. absolución; port. absolucão; cat. absolució. 1. 1172 « action de remettre les péchés » (G. De Pont Ste Maxence, La Vie de Saint Thomas le Martyr, éd. Hippeau, 2930 ds T.-L.) terme relig.; 2. 1267-68 « acquittement (d'un accusé) » (Brunetto Latini, Li Livres dou Tresor, éd. Chabaille, 606, ibid.), terme de dr. Empr. au lat. absolutio (dér. de absolvere, absoudre*) attesté au sens de « acquittement » dep. Cic., Pro Cluentio, 74, TLL s.v., 181, 1. (cf. Leges Wisigothorum, 7, 4, 5, Mittellat. W. s.v., 54, 66). Spécialisé en lat. chrét. au sens de « rémission des péchés » (Ambroise, Enarrationes in psalm., 40, 7, TLL s.v., 181, 55 : peccatoris absolutione; cf. Thietmar, Chronicon, 4, 71, Mittellat. W., 55, 8 : peccatori absolutionem facere). HIST. − Terme propre à 2 lang. spéciales (rel. et jur.); n'est passé qu'assez tard dans la lang. commune (cf. sém. sens II, 1reattest. lexicogr. ds Littré) où il reste marqué par ses origines. I.− Sens disparus av. 1789. − A.− Absolution « solution ». 1reattest. xives. : L'absolucion [solution] de ceste question appert par la description de la felicité qui a été devant mise. (Oresme, Eth., 21 ds Littré). xves. : Nostre hoste (...) se repentit assez depuis d'avoir fait la question, dont l'absolution [solution] le fit rougir. (L. XI, Nouv. 66 ds Littré). B.− Absolutions « encensements et aspersions d'eau bénite qu'on fait sur le corps des Princes et des Prélats qu'on enterre avec grande cérémonie » (1reattest. ds Fur. 1690; cf. aussi Trév. 1752 et 1771 dernière attest.). − Rem. Remplacé en ce sens, au xixes., par absoute (cf. absoute, hist. II B). II.− Sens attestés apr. 1789. − A.− Sens rel. 1. Théol. « action de remettre les péchés » : 1ersens attesté (cf. étymol.); xives. : De leur mals absolucion ont et grant consolacion. (Vie de S. Evroult, 2593 ds Barb. Misc.); Rich. 1680 le donne comme terme d'Église : ,,Signe de croix avec quelques paroles par le moien de quoi le Prestre remet les pechez à un penitent``. Il signifie aussi l'action par laquelle le prêtre remet les péchés en vertu des paroles sacramentelles qu'il prononce. (Ac. 1718). Perman. de ce sens jusqu'au xxes. (cf. sém.). 2. Dr. canon. On distingue 4 sortes d'absolutions temporelles (cf. déf. ds Gde Encyclop.) : a) l'absolution des censures (1reattest. ds Fur. 1690); b) l'absolution à cautèle/ad cautelam (1reattest. ds Fur. 1701); c) l'absolution avec rechute/ cum reincidentia (1reattest. ds Trév. 1752); d) l'absolution a saevis (1reattest. ds Fur. 1690) qui semble se confondre avec l'absolution a sacris (1reattest. ds Gde Encyclop. 1885-1892). 3. Liturgie : 1reattest. ds Fur. 1690 : En termes de bréviaire, courte prière que dit celuy qui officie à chaque nocturne des matines auparavant les bénédictions et les leçons. Id. au xviiies. ds les Trév. Perman. au xixes. (cf. sém.). B.− Sens jur. − Il est difficile de dire comment les spécialistes, les praticiens, comprenaient et utilisaient le terme, primitivement « acquittement », conformément au sens lat. Au xixes., on s'efforce de distinguer l'absolution de l'acquittement : a discharge of, or deliverie from; an abolition of debts, wrongs (...). (Cotgr. 1611). Terme de palais. Sentence ou Jugement par lequel une personne est déclarée innocente d'un crime dont elle étoit accusée. (Rich. 1680). cf. aussi : Criminel qui entend une sentence d'absolution ou de mort. (Bourdaloue, Pens. Incert. du Salut ds DG). Fur. 1690 précise que le terme ne s'emploie pas seulement au pénal mais aussi au civil : On dit aussi absolution d'une demande civile, quand on en est déchargé. Au xviiies. absolution « acquittement » subsiste (cf. Ac. 1762). xixes. : En termes de droit, jugement qui renvoie de l'accusation un accusé déclaré coupable, il est vrai, mais dont le crime ou le délit n'est puni par aucune loi. L'absolution diffère de l'acquittement en ce que celui-ci déclare l'accusé non coupable. (Littré). − Rem. La déf. de Littré est contestable. Qu'est-ce qu',,un crime ou un délit qui n'est puni par aucune loi``? En effet cf. Gde Encyclop. 1885-1892. Absolution. (...) II. Droit criminel. − Terme de droit criminel qui signifie dans le langage du monde acquittement. Il existe néanmoins entre l'acquittement et l'absolution d'importantes différences... L'accusé doit être absous lorsque le fait qu'on lui reproche n'est pas défendu par la loi pénale.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 281. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 373, b) 365; xxes. : a) 487, b) 387.
BBG. − Bible Suppl. t 1 1928. − Bouillet 1859. − Bouyer 1963. − Dupin-Lab. 1846. − Gay t. 1 1967 [1887]. − Marcel 1938. − Réau-Rond. 1951. − St-Edme t. 1 1824. − Théol. cath. t. 1 1909.