Police de caractères:

Surligner les objets textuels
Colorer les objets :
 
 
 
 
 
 

Entrez une forme

options d'affichagecatégorie :
* Dans l'article "SUBSTANCE,, subst. fém."
SUBSTANCE, subst. fém.
I.
A. − PHILOSOPHIE
1. [P. oppos. à accident] Ce qui existe en soi, de manière permanente par opposition à ce qui change. Attribut, mode, qualité d'une substance. Qu'il y ait, par derrière l'indéfinie série des événements, une cause première, une substance éternelle sous des phénomènes passagers, je l'admets (Bourget, Actes suivent, 1926, p. 35).La substance, c'est-à-dire la réalité « plus réelle » que les formes (Ruyer, Esq. philos. struct., 1930, p. 307).V. accessoire ex. 1, accident1ex. 1 à 5, mode2II E 2 ex. de Senancour et de Jankélévitch.
En partic.
[Chez Aristote] Ce qui n'est attribut d'aucun sujet, n'est inhérent à aucun sujet. Toute affirmation (...) suppose un absolu, dont l'être soit dit en premier et sans restriction, (...) tout le reste,quantité, qualité, relation,est affirmé relativement à cet absolu (...). Seule la substance « est » simplement (J.-M. Le Blond, Log. et méth. chez Aristote, 1939, p. 316).Substance première. Chose individuelle en tant qu'elle ne peut être attribut. V. infra ex. de Hamelin.Substance seconde. Type abstrait donnant une qualification de la substance première comme le genre, la différence, l'espèce. L'être de la métaphysique est une substance première; l'être qu'atteignent les autres sciences en tant qu'elles raisonnent, (...) n'est jamais en somme que quelque substance seconde (Hamelin, Le Syst. d'Aristote, 1920, p. 94).
[Chez Kant] Ce qui persiste au milieu du changement (des phénomènes) et le rend compréhensible. Les rapports de temps des phénomènes, simultanéité ou succession, ne sont déterminables que grâce à l'existence d'un permanent; le changement ne peut être perçu que dans les substances (E. Boutroux, La Philos. de Kant, 1926, p. 124).
2. Ce qui est par soi; être qui possède une existence propre et ne la détient que de soi (le plus souvent identifié à Dieu). Bien que l'homme seul mérite pleinement le nom de substance, c'est à la substantialité de son âme qu'il doit toute sa substantialité (Gilson, Espr. philos. médiév., 1931, p. 193).La substance sur laquelle argumente Spinoza est Dieu lui-même ou un en soi qui a Dieu pour cause,un par soi ou un en soi qui a pour cause un par soi (P. Lachiéze-Rey, Les Orig. cartésiennes du Dieu de Spinoza, 1950, p. 83).V. immatérialité ex.
[Chez Descartes] Substance pensante. Synon. de esprit.V. infra ex. de Cournot.Substance étendue. Synon. de corps, matière.[Descartes] trace avec une inflexible rigueur, inconnue avant lui, la distinction des substances pensante et étendue, spirituelle et corporelle (Cournot, Fond. connaiss., 1851, p. 577).
RELIG. CHRÉT. Ce qui, dans l'Eucharistie, existe en soi et par soi, par opposition aux espèces ou apparences. La doctrine d'après quoi la substance du pain et du vin étant changée en celle du corps et du sang du Christ, il n'en reste que la figure, la forme et le goût (Boegnerds Foi et vie, 1936, p. 123).V. concomitant ex. 2.
B. − P. anal., au sing. [Avec l'art. déf.]
1. Littér. Ce qu'il y a d'essentiel dans un texte ou dans des paroles. Synon. l'essentiel, le fond, le principal.Contenir, renfermer la substance d'un livre; rapporter la substance d'une entrevue, d'une communication; résumer la substance d'une lettre. Marais écrivait chaque fois en le quittant [Boileau], la substance des entretiens qu'il venait d'avoir avec lui (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 9, 1864, p. 5).La note n'a pas encore paru dans le bulletin, mais les journaux en ont donné la substance (Duhamel, Maîtres, 1937, p. 188).
Loc. adv. En substance. Pour ce qui concerne l'essentiel, le fond (d'un texte ou de paroles). Synon. en gros, en résumé.Il faut, me disait-il en substance, devenir un joyeux drille et prendre l'existence par le bon bout (Mauriac, Robe prétexte, 1914, p. 105).Recopié pour l'édition de Mont-Cinère dans les Œuvres complètes un assez long fragment de la première version. Il date de 1923. Tout était donné, tout s'y trouvait en substance, ma faim, mes inquiétudes, l'effroi de vivre (Green, Journal, 1954, p. 240).
2. Ce qu'il y a de meilleur, de plus substantiel dans quelque chose.
a) Domaine concr.Les arbres, les plantes attirent la substance de la terre (Ac.).
En partic. [À propos d'un aliment] Ce qu'il y a de plus succulent; les qualités nutritives. Cette marmite spéciale conserve aux légumes toute leur substance (Davau-Cohen1972).
b) Vieilli. Partie la plus pure d'un corps; p. anal., partie la plus précieuse d'un texte. Synon. essence, quintessence, suc.Penser en lisant un vrai livre, le prendre, le poser sur sa table, s'enivrer de son parfum, en aspirer la substance (Lacord., Éloge fun. Drouot, 1847, p. 40).
II.
A. − Lang. des sc. et lang. cour.
1. Au sing. Ce dont un corps est fait. Synon. matière.[Le soleil] abandonnait de temps à autre (...) des anneaux de sa substance qui (...) formèrent les planètes de son système (A. France, Vie fleur, 1922, p. 496).Prise dans sa totalité, la substance vivante répandue sur la terre dessine, dès les premiers stades de son évolution, les linéaments d'un seul et gigantesque organisme (Teilhard de Ch., Phénom. hum., 1955, p. 119).
En partic. Chair, tissus qui forme(nt) un être vivant. Amenuiser, reconstituer sa substance; imprégner la substance d'un fruit. Il vivait sur lui-même, se nourrissait de sa propre substance, pareil à ces bêtes engourdies, tapies dans un trou, pendant l'hiver (Huysmans, À rebours, 1884, p. 99).V. mythique B ex. de Maurois:
1. ... [la reine] en est la mère [de la ruche] et l'unique organe de l'amour. Elle l'a fondée dans l'incertitude et la pauvreté. Sans cesse elle l'a repeuplée de sa substance, et tous ceux qui l'animent, ouvrières, mâles, larves, nymphes, et les jeunes princesses (...) sont sortis de ses flancs. Maeterl., Vie abeilles, 1901, p. 26.
Loc. Vider de sa, de toute substance. En le regardant vivre sous ses yeux le commissaire croyait voir un homme qu'on aurait vidé de toute substance, écorché intérieurement (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p. 182).
MÉD. Perte de substance. Perte plus ou moins importante de tissus dans une plaie. Cicatrisation d'une perte de substance. L'extirpation d'un morceau de peau met en branle une réaction complexe qui, par des mécanismes convergents, répare la perte de substance (Carrel, L'Homme, 1935, p. 268).
2. Au sing. et au plur. Matière organique ou inorganique, produit chimique caractérisé(e) par sa spécificité, sa nature, son état ou ses propriétés. Un masque de verre (...) qui servait sans doute à préserver le visage de l'archidiacre lorsqu'il élaborait quelque substance redoutable (Hugo, N.-D. Paris, 1832, p. 307).Un des principaux rôles du foie est celui d'emmagasiner les substances provenant de la nutrition (Bariéty, Coury, Hist. méd., 1963, p. 689).V. gomme-gutte rem. 1 s.v. gomme ex. de Theuriet.
SYNT. a) Rechercher, déceler la présence d'une substance; identifier, reconnaître, découvrir l'existence d'une substance; modifier chimiquement une substance. b) Manipuler, utiliser, préparer une substance; extraire, cristalliser, dissoudre, éliminer une substance; combiner, mêler, séparer des substances. c) Renfermer, produire, fabriquer, sécréter, engendrer, libérer, dégager, développer, véhiculer une substance; donner naissance à une substance. d) Absorber, ingérer une substance; être imprégné d'une substance. e) Composition, dosage, quantité, concentration, pureté d'une substance; rôle, propriétés d'une substance; teneur d'un corps en une substance; classe de substances. f) Une substance agit, attaque, se modifie, se désagrège.
Rare. Produit médicamenteux dont l'ingestion est suivie rapidement d'effet. Synon. drogue (vieilli), médicament.Ils ont fini par conclure, que sûrement c'étaient les vers qui m'avaient rendu si méchant... On m'a donné une substance... J'ai vu tout jaune et puis marron. Je me suis senti plutôt calmé (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 125).
Loc. adv., vieilli. En substance. Donner un médicament en substance. Le donner dans son état naturel, sans préparation. Médicament contre les vers, qu'on donne soit en infusion, soit en substance (...), soit sous la forme de sirop pour les petits enfans (Geoffroy, Méd. prat., 1800, p. 341).
[Suivi d'un adj. déterminatif ou, plus rarement, d'un compl. prép. de indiquant]
[la spécificité de la substance] Substance animale, végétale; substance physiologique. À partir de ces conceptions atomiques [nées des études de radiochimie et de spectroscopie], furent édifiées des théories sur la liaison chimique qui ont pu être appliquées (...) aux principales classes de substances chimiques, minérales et organiques (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 398).
[la nature, l'état de la substance ou ce qu'elle contient; notamment en sc. phys. et chim., en sc. nat. et, spéc., en biol.] Substance albuminoïde, aminée, cartilagineuse, cérébrale, cornée, hormonale, musculaire, nerveuse, œstrogénique, osseuse; substance colloïdale, granuleuse; substance gazeuse, liquide, solide; substance amylacée, azotée, bitumineuse, iodée, métallique, phosphatée, saline, siliceuse, sulfureuse; substance de déchet. Une substance radioactive, présente en quantité trop faible pour être séparée et pesée, peut néanmoins posséder un rayonnement suffisamment intense pour être mesuré avec précision par une méthode électrométrique (MmeP. Curie, Isotopie, 1924, p. 19).V. amplitude ex. 5, huileux ex. 1, intoxiquer A ex. de J. Rostand.
ANAT. Substance blanche. Partie d'aspect blanchâtre du système nerveux central, correspondant aux voies nerveuses, occupant la périphérie de la moelle et du tronc cérébral, le centre du cervelet et du cerveau et dont la couleur est due à la présence de myéline (d'apr. Man.-Man. Méd. 1977). V. infra ex. de Camefort et Gama.Substance grise. Partie du système nerveux central, correspondant aux centres nerveux, occupant la partie centrale de la moelle et du tronc cérébral, les parties centrale et périphérique de l'encéphale et dont l'aspect grisâtre est dû aux cellules nerveuses qui la constituent (d'apr. Man.-Man. Méd. 1977). La substance blanche est divisée par les sillons médullaires longitudinaux et par les branches de la substance grise en cordons antérieurs latéraux et postérieurs (Camefort, Gama, Sc. nat., 1960, p. 203).P. méton., fam. Cerveau en tant que siège de l'intelligence. Synon. matière grise (v. matière I B 1 a α).Non seulement ce malheureux pays n'avait plus de substance grise, mais la tumeur s'était si parfaitement substituée à l'organe qu'elle avait détruit, que la France ne semblait pas s'apercevoir du changement, et pensait avec son cancer! (Bernanos, Gde peur, 1931, p. 137).
[le caractère, la qualité de la substance; notamment en sc. phys., chim. et sc. nat.] Substance simple, complexe; substance dangereuse, inoffensive, nocive, nuisible; substance compacte, dense, douce, dure, élastique, onctueuse; substance opaque, pâteuse, poreuse, spongieuse, vitreuse, volatile; substance fluorescente, luminescente, phosphorescente; substance combustible, explosive ou pyrotechnique, imputrescible, soluble. [En France] les radioéléments sont soumis à la législation des substances toxiques (Goldschmidt, Avent. atom., 1962, p. 238).
[le rôle, les propriétés ou les effets de la substance; notamment en biol. et en chim.] Substance absorbante, colorante; substance inhibitrice, stimulante; substance antibactérienne, antibiotique, anticoagulante, antiseptique, cancérigène, médicamenteuse, narcotique, stupéfiante, vénéneuse; substance de réserve. Des éléments cultivés dans un milieu pauvre en jus embryonnaire et ne recevant leurs substances nutritives que du plasma, se multiplient très lentement (J. Verne, Vie cellul., 1937, p. 106).[La vaccination] consiste à y introduire [dans l'organisme] une préparation l'obligeant à élaborer des substances de défense qui le protégeront contre d'éventuelles agressions microbiennes ultérieures (R. Schwartz, Nouv. remèdes et mal. act., 1965, p. 125).
AGRON. Substance de croissance. ,,Produit influant à très faible dose sur les mécanismes physiologiques, appliqué en vue d'agir notamment sur la différenciation et l'élongation cellulaire après pénétration et diffusion à l'intérieur de la plante`` (Agric. 1977). Action des substances de croissance capables d'améliorer l'enracinement des plantes se bouturant mal (Boulay, Arboric. et prod. fruit., 1961, p. 77).RADIOL. Substance de contraste*.
B. − P. anal., au sing.
1.
a) Domaine concr.Synon. de matière, réserves (v. réserve), tissu.En vue d'assurer son existence, l'entreprise doit reconstituer sa substance d'une manière continue (Villemer, Organ. industr., 1947, p. 189).En 1950, on estime aux États-Unis la surface inutilisable à 20 millions d'hectares, les espaces dégradés à 60 millions, les terres menacées à 275. La substance de l'agriculture américaine fondait ainsi littéralement (Meynier, Paysages agraires, 1958, p. 45).
b) [À propos d'une pers. et par recoupement de supra II A 1] L'être considéré dans sa densité physique, morale, intellectuelle. Synon. fibre, fond.J'ai tiré de ma propre substance des êtres que je ne trouvais pas ailleurs, et que je portais en moi (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 305).Le Romain, dans ses mœurs, son tempérament, sa religion, toute sa substance morale différait totalement du Grec (Faure, Hist. art, 1909, p. 134).V. atténuer ex. 4.
2.
a) Domaine intellectuel.[P. oppos. à forme] Ce qui constitue le contenu, la matière de quelque chose. Je m'en tiens aux revues générales qui publient éventuellement des articles de science, de politique ou de philosophie, mais dont la substance ordinaire est de nature littéraire (Civilis. écr., 1939, p. 32-3):
2. Logiciens sans métaphysique, légistes, moins le droit et l'histoire, ils [les bourgeois] ne croyaient qu'aux signes, aux formes, aux figures, à la phrase. En toute chose, il leur manquait la substance, la vie et le sentiment de la vie. Michelet, Peuple, 1846, p. 340.
b) P. méton., notamment dans le domaine de la création littér. et artist.Richesse de ce contenu. Synon. consistance, corps, épaisseur, étoffe.Sa peinture [du guide] n'a pas de substance; elle est trop blanche; on y sent une nuance de platitude et de convention (Taine, Voy. Ital., t. 1, 1866, p. 197).Résumez Le Cid, vous en enlevez toute la substance intellectuelle (Barrès, Cahiers, t. 13, 1921, p. 94).V. assonance ex. 2.
Rare. Substance de qqc.Le beau, fier et discret officier [Vigny] avait repris la révolution poétique où l'avait laissée André Chénier (...) atteignant presque du premier coup, comme Keats, à une poésie intellectuelle par son dessein, sensuelle par la substance de son vers (Thibaudet, Hist. litt. fr., 1936, p. 137).
SYNT. Donner de la substance à qqc.; vider qqc. de sa substance; être chargé, privé, manquer de substance; acquérir, contenir de la substance; (mots, idées) sans substance; pauvre, plein, rempli de substance.
c) LING. (structuralisme)
[Chez F. de Saussure] Aspect matériel du signe (d'apr. Lang. 1973). La langue est une forme et non une substance (...), toutes nos façons incorrectes de désigner les choses de la langue proviennent de cette supposition involontaire qu'il y aurait une substance dans le phénomène linguistique (Sauss.1916, p. 169).
[Chez L. Hjelmslev] ,,La « matière » ou le « sens » dans la mesure où ils sont pris en charge par la forme sémiotique en vue de la signification`` (Greimas-Courtés 1979, s.v. substance). Le concept, l'idée définissent la substance du signifié; dans le mot chat l'idée abstraite de « félinité » constitue la substance du signifié alors que sa forme est dans le système conceptuel qui l'oppose à « chatte », « chien », « homme », etc. (Guiraud,La Sémiologie, Paris, P.U.F.,1971,p. 37).
Substance de l'expression. Les sons. V. infra ex. de L. Hjelmslev.Substance du contenu. Les concepts, la pensée. C'est en vertu de la forme du contenu et de la forme de l'expression, et seulement en vertu d'elles, qu'existent la substance du contenu et la substance de l'expression qui apparaissent quand on projette la forme sur le sens (L. Hjelmslev, Prolégomènes à une théorie du lang., trad. par U. Canger, A. Wewer, 1971, p. 75).
3.
a) Nature profonde, fond, fondement de quelque chose. Ce qui forme la substance de qqc.; détruire la substance de qqc. Les garanties de liberté, de sécurité, d'honneur et de vie, qui sont la substance même de l'organisation civilisée (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 326).Le théâtre doit se dépouiller de tout costume réel comme de tout ornement superflu pour recouvrer sa vraie substance dans la vertu dramatique d'un mot ou d'une chose (Cassou, Arts plast. contemp., 1960, p. 379).
b) Personnalité profonde, irréductible, considérée comme le siège de la force, de la solidité. J'admire les intelligences limpides. Mais qu'est-ce qu'un homme, s'il manque de substance? S'il n'est qu'un regard et non un être? (Saint-Exup., Pilote guerre, 1942, p. 354).V. martyr B ex. de Alain:
3. La contemplation assidue réduisant notre moi à zéro, nous fait croire que nous n'avons plus rien en nous. Mais le conflit avec le prochain nous réintègre dans la possession de nous-mêmes, et nous révèle notre substance et nos forces propres. Amiel, Journal, 1866, p. 356.
III. − Au sing. Synon. de nourriture.
A. −
1. Ce qui est nécessaire à la vie. On la force [la souche de vigne] à chercher en dessous, dans la masse remuée par la charrue défonceuse et plus outre, les couches vierges [du sol] où tout est substance (Pesquidoux, Chez nous, 1921, p. 110).
2. En partic., vieilli. [Le plus souvent dans des cont. pol., soc.] Ce qui est nécessaire à la subsistance. Se nourrir, s'engraisser de la substance des citoyens, des misérables, de l'État, de la nation. L'oisif dévorant la substance du travailleur (Proudhon, Syst. contrad. écon., t. 1, 1846, p. 332).Après avoir dilapidé les finances publiques et épuisé en débauches une notable partie de la substance du peuple (A. France, Dieux ont soif, 1912, p. 266).
B. − Au fig., littér. Ce qui nourrit l'esprit ou le sentiment. La joie du riche a pour substance la douleur du pauvre (Bloy, Journal, 1900, p. 383).Mon Dieu, éclaire-moi. Je ne mentirai pas à mon amour. L'amour est la substance de ma vie (Jouve, Paulina, 1925, p. 67).
REM. 1.
Substanter, verbe trans.,vx. Assurer la subsistance de quelqu'un. Différentes personnes en ont été substantées [d'une somme d'argent] (Destutt de Tr., Comment. sur Espr. des lois, 1807, p. 85).Quand, avec le temps, on aura réussi à débarrasser le pays de ces révolutionnaires onéreux, et qu'il ne restera plus que des réfugiés chefs substantés autrement que sur le budget officiel (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1850, p. 118).
2.
Substantialisation, subst. fém.,philos. Transformation en substance (supra I A 1). La base de la connaissance du réel est le cadre spatial et la localisation est la seule vraie racine de la substantialisation (Bachelard, L'Exp. de l'espace dans la phys. contemp., 1937, p. 13).
3.
Substantialiser, verbe trans.,philos. Transformer en substance (supra I A 1). Ne point formaliser l'intuition, la substantialiser dans un en-soi immuable, sans couleur et abstrait (J. Vuillemin, Être et trav., 1949, p. 47).Empl. adj. Érigé en substance (supra I A 2). La pensée substantialisée dont il [le panthéisme idéaliste] se contente est pour nous une chose et participe comme telle de l'inintelligibilité de la matière (Hamelin, Élém. princ. représ., 1907, p. 488).
4.
Substantiation, subst. fém.,relig. chrét., rare. Synon. de transsubstantiation.Par la substantiation, Jésus communiant avec ses apôtres, avait son corps dans sa main (Flaub., Bouvard, t. 2 1880, p. 141).
Prononc. et Orth.: [sypstɑ ̃:s]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 1150 de sa substance « de son être » (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 20; au glossaire: « forces, efforts »); b) mil. xiies. « être, existence » (Psautier Oxford, éd. Fr. Michel, XXXVIII, 7); c) déb. xiiies.(Sapientia, 292, 9 ds T.-L.: de dous substances crëat Deus l'omme, de corporeil et de spiritüeil); d) 1370 (Oresme, Ethiques, éd. A. D. Menut, p. 158: substance et nature de l'ame; p. 331: se ilz [les parties de l'âme] different selon substance ou accident); e) 1377 (Id., Yconomique, éd. A. D. Menut, p. 809: Quant il dit [Aristote] est la substance, ce est a dire qu'elle est necessaire a ce que tele chose soit et doit estre exprimee en la diffinition de elle); f) 1670 théol. substance du pain (Pascal, Pensées, éd. L. Lafuma, p. 595); 2. a) mil. xiies. sustance « biens, richesses » (Psautier Cambridge, éd. Fr. Michel , CXI, 3), forme en usage jusque déb. xviies., v. Hug.; b) ca 1170 « vivres, ce qui permet de subsister » (Guillaume de Saint-Pair, Mont St Michel, éd. P. Redlich, 84); 3. a) ca 1265 « partie essentielle (d'un texte, de paroles) » (Brunet Latin, Trésor, éd. F.-J. Carmody, p. 389); b) 1400 remonstrer en substanche (qqc. à qqn) (Arch. Nord, B 10354, fo29 vo); 4. a) 1547 (J. Martin, Archit. Vitruve, p. 114 vo: Si les vignes ... et autres semences, ne prenaient substance en la vertu des territoires, ... les saveurs de tout seraient en chacune contrée d'une pareille qualité); b) 1563 substance de sel metallique (B. Palissy, Recepte, p. 68); 5. 1767 anat. substance blanche, substance corticale (Levacher de La Feutrie, Dict. de Chir., I, 281, 282 ds Quem. DDL à paraître). Empr. au lat.substantia « être, essence, existence, réalité d'une chose » et tardivement « aliments, nourriture; moyens de subsistance, biens, fortune » (de substare « être dessous, se tenir dessous »). Fréq. abs. littér.: 3 409. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 7 031, b) 2 992; xxes.: a) 2 721, b) 5 258. Bbg. Eringa (P.). Interlingual equivalence of lexical semantic correlations. Folia ling. 1977, t. 11, no1/2, p. 85. −Quem. DDL t. 8 (s.v. substance grise).