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SAGESSE, subst. fém.
I. − Connaissance du vrai et du bien, fondée sur la raison et sur l'expérience.
A. −
1. Juste connaissance des choses. Synon. clairvoyance, discernement.Grande, haute, immense, profonde sagesse; sagesse des vieillards. La science est l'acte de l'esprit qui sait; la sagesse est l'expérience de l'acte qui est su, goûté, de l'être qui se communique et se laisse posséder; elle est l'union de l'intellectus à son objet essentiel, mais par l'opération principale de cet objet même (M. Blondel dsLal.1968):
1. Les femmes rachètent la sottise de quelques penseurs, parce qu'elles demeurent plus près des sources de vie d'où provient toute vérité. Je vous assure que l'humanité perdra un grand trésor de sagesse, quand les femmes deviendront des hommes et qu'elles ne sauront plus aimer. Chardonne, Épithal., 1921, p. 335.
[En parlant de qqn] La sagesse même. Je savais bien qu'elle était de mon avis, elle qui était la sagesse, la droiture et la vérité mêmes (Fromentin, Dominique, 1863, p. 184).
Dans sa sagesse, dans sa grande sagesse. [P. réf. à la conception suivant laquelle l'autorité participe de la sagesse divine (v. infra I C 1 b)] Le tribunal, dans sa sagesse (Meilhac, Halévy, Boule, 1875, iv, 7, p. 138).
2. Connaissance critique, juste appréciation des choses. Synon. esprit critique (v. critique2A), jugement.Sagesse éclairée. Nous avons vu Pascal (...) commenter le « soyez joyeux » de l'apôtre, de manière à faire pâlir elle-même cette délicieuse sagesse de Montaigne (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 3, 1848, p. 208).La liberté intellectuelle, ou sagesse, c'est le doute (Alain, Propos, 1912, p. 134).
B. − PHILOS. [P. réf. à des doctrines morales de l'antiq. gréco-lat., en partic. stoïcienne et épicurienne] Pour avoir le droit de s'appeler sages ou savants, il eût fallu posséder la sagesse ou la science, et ils [les sages grecs] ne les possédaient pas, seulement ils les cherchaient (Jouffroy, Nouv. Mél. philos., 1842, p. 119).La sagesse est de maintenir ses yeux largement ouverts sur l'univers pour en savoir les lois et la loi; c'est encore de se détacher de la terre et du corps et de se rapprocher de la Toute-Puissance (Barrès, Cahiers Orient, 1914, p. 340).
C. − RELIGION
1. [Dans la tradition judéo-chrét.]
a) Omniscience, discernement parfait entre le bien et le mal, bonté infinie, sainteté, qui sont inhérents à la personne divine. Sagesse divine (anton. sagesse humaine, du monde, du siècle, de la chair). Dieu est connaissance infinie, sagesse infinie, intelligence infinie, l'homme est simplement connaissance (P. Leroux, Humanité, 1840, p. 393).Au lieu de dire que, selon saint Paul, l'Évangile est un salut, non une sagesse, il vaudrait donc mieux dire que le salut qu'il prêche est à ses yeux la véritable sagesse, et cela précisément parce qu'il est un salut (Gilson, Espr. philos. médiév., 1931, p. 23).
Livre de la Sagesse. ,,Écrit sapientiel, attribué fictivement à Salomon, composé à Alexandrie vers 50 av. J.-C.`` (Léon 1975).
P. méton. Dieu lui-même; en partic., le Christ. ,,Sagesse incréée, Sagesse éternelle: le Verbe, seconde personne de la sainte Trinité, Prov., 3, 8; Eccli. 24; Luc, 11`` (Marcel1938).
b) [Pour l'homme] Participation par la foi à la sagesse divine; ,,épanouissement de la connaissance inhérent à la foi`` (Allmen 1956). Les œuvres de Dieu se manifestent paisiblement, et leur principe demeure invisible. Prends ce modele dans ta sagesse, ne la fais connoître que par la douceur de ses fruits; les voies douces sont les voies cachées (Saint-Martin, Homme désir, 1790, p. 17):
2. La sagesse est une science par laquelle nous discernons les choses qui sont bonnes à l'âme, et celles qui ne le sont pas. Elle est la science des sciences, car elle en connaît seule la valeur, le juste prix, le véritable usage, les dangers et les utilités (...). Le bon sens s'accommode au monde; la sagesse tâche d'être conforme au ciel. La sagesse humaine éloigne les maux de la vie. La sagesse divine fait seule trouver les vrais biens. Joubert, Pensées, t. 1, 1824, pp. 260-261.
Don de sagesse. ,,L'un des sept dons du Saint-Esprit, [qui] incline à discerner et goûter ce qui vient de Dieu, à rattacher au souci de le servir et de le glorifier, toute appréciation sur les hommes, les événements et les circonstances de notre existence`` (Marcel 1938).
2. [Dans d'autres traditions relig.] Ces mêmes Sarrasins, derniers héritiers du syncrétisme alexandrin, initiés d'ailleurs aux rêveries du Sufisme persan, touchaient ainsi, par deux côtés, à l'antique sagesse indienne, qui paraît avoir répandu des émanations fécondes sur la Perse et l'Égypte (Ozanam, Philos. Dante, 1838, p. 210).
Par syncrétisme. Ô sagesse! esprit pur! sérénité suprême! Zeus! Irmensul! Wishnou! Jupiter! Jéhova! Dieu que cherchait Socrate et que Jésus trouva! Unique Dieu! vrai Dieu! seul mystère! seule âme! (Hugo, Rayons et ombres, 1840, p. 1125).
D. − ALCHIM. Sel de sagesse. Or, la sirène, monstre fabuleux et symbole hermétique, sert à caractériser l'union du soufre naissant, qui est notre poisson, et du mercure commun, appelé vierge, dans le mercure philosophique ou sel de sagesse (Fulcanelli, Demeures philosophales, t. 2, 1929, p. 205).
II. − Conduite, comportement en vue d'un bien.
A. − Conduite selon les règles de la raison et de l'expérience. Socrate (...) a eu la suprême sagesse de vouloir agir, une fois encore, par sa mort: une mort qui ne fût pas passive, qui fût la preuve dernière de l'assurance de son cœur (Martin du G., J. Barois, 1913, p. 554):
3. C'est (...) une loi de la sagesse de vivre loin des affaires et des passions, de la fortune et des hommes. La raison détrompée des erreurs sociales et des vanités humaines s'éloigne d'un monde qui la connoît peu, et préfère la muette solitude où règne la paix de la nature, aux demeures agitées que les passions tyrannisent. Senancour, Rêveries, 1799, p. 211
Croître, grandir en sagesse. Toujours croissant en sagesse, Télémaque refuse, par amour de la patrie, la royauté qu'on lui offre (Chateaubr., Essai Révol., t. 2, 1797, p. 257).
Souvent iron., parfois péj. Sagesse des nations. Ensemble de remarques, de conseils de bon sens, qui s'expriment sous forme de proverbes, d'adages. Un Sermon en proverbes, ordonné pour satiriser (...) les gens qui évoquent trop, par la sagesse des nations, leur propre niaiserie (...): le pauvre auteur enfile donc avec un certain soin les proverbes les plus connus (...): « Prenez garde, n'éveillez pas le chat qui dort; l'occasion fait le larron, mais les battus paieront l'amende (...) » (Gourmont, Esthét. lang. fr., 1899, p. 281).
B. − Conduite selon les règles de la prudence, de la prévoyance. La sagesse elle-même consiste à voir ou à prévoir la direction où tendent les choses, selon l'ordre le plus naturel, le plus conforme à l'état de la société, à une époque donnée, et à marcher dans cette direction en modifiant les institutions d'une manière analogue (Maine de Biran, Journal, 1816, p. 148).Devinant qu'il avait voulu se ressaisir dans l'espoir de trouver un jour à se marier plus richement, elle admirait sa prudence et songeait avec convoitise aux trésors de sagesse qu'il avait en lui (Aymé, Bœuf cland., 1939, p. 148).
Par personnification. Mais vous, Monsieur [le maréchal Pétain] (...) préservé par cette raison vigilante qui vous distingue, par cette prudence et cette prévoyance qui ont fait de vous la Sagesse de l'armée (Valéry, Variété IV, 1938, p. 53).
P. méton.
Avoir la sagesse de +inf.Ces sectes que les Grecs eurent la sagesse de ne jamais faire entrer dans les institutions publiques, restèrent parfaitement libres (Condorcet, Esq. tabl. hist., 1794, p. 54).[La nation] a la sagesse d'être extrêmement attachée au maintien de la liberté individuelle et de la liberté de la presse (Destutt de Tr., Comment. sur Espr. des lois, 1807, p. 156).
La sagesse est de + inf.La sagesse serait de renoncer. Jeanne conduisit le roi à Reims. La vraie sagesse était de suivre son inspiration (Bainville, Hist. Fr., t. 1, 1924, p. 120).La sagesse n'était-elle pas (...) d'aller demain à Taoud, à quatre kilomètres (...)? (Montherl., Lépreuses, 1939, p. 1441).
[Précédé de l'art. indéf.] Acte, forme de sagesse. La vie provinciale a de ces retards qui sont des sagesses, comme elle a de ces lenteurs qui sont des fécondités (Bourget, Essais psychol., 1883, p. 107).J'ai souvent réfléchi depuis (...). Cette incrédulité à la mort était une sagesse (Montesquiou, Mém., t. 3, 1921, p. 87).
Proverbe. [P. allus. au livre des Proverbes I, 7; IX, 10; XV, 33] La peur est le commencement de la sagesse. Tout de même on a beau dire: si elle avait cru en Dieu... La peur est le commencement de la sagesse (Mauriac, Th. Desqueyroux, 1927, p. 251).
P. antiphr. La sagesse commence où finit la crainte de Dieu. Il n'est pas un progrès de la pensée qui n'ait paru d'abord attentatoire, impie (Gide, Journal, 1929, p. 906).
C. − Conduite, comportement plein de modération.
1. [Par l'éloignement de tout excès] Synon. modération, modestie, mesure, renoncement, retenue.Un homme dans la maturité de l'âge (...) me paraît un véritable prodige de sagesse et de modestie lorsque je le vois, mettant (...) l'expérience à la place des folles théories, demander respectueusement une constitution aux Anglais, au lieu de la faire lui-même (J. de Maistre, Constit. pol., 1810, p. 25).Ma mère (...) par sagesse, s'est toujours refusé une robe de velours noir (Goncourt, Journal, 1888, p. 817).
Sagesse de la vie, de sa vie. Celui qui proteste fera plus tard, du savoir-renoncer, la sagesse de sa vie (Gide, Journal, Feuillets, 1913, p. 394).D'elle [une foule italienne] émanait ce qui est peut-être la véritable sagesse de la vie, une médiocrité résignée (Larbaud, Barnabooth, 1913, p. 117).
[Compl. déterminatif] De sagesse.Sage, résigné. Tristement, Hubertine leva sur lui ses beaux yeux de sagesse (Zola, Rêve, 1888, p. 52).
2. [Par le respect de la loi morale] Synon. chasteté, pudeur.La duchesse de Fronsac, jeune et jolie, n'avait point eu d'amants (...) elle était rousse et (...) cette raison avait pu contribuer à la maintenir dans sa tranquille sagesse (Chamfort, Caract. et anecd., 1794, p. 110).Il était d'une sagesse exemplaire... Plus très jeune et, sans doute, peu porté sur la chose (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p. 48).
3. [Le plus souvent à propos d'un enfant] Docilité, calme, tranquillité. Anton. agitation, dissipation, turbulence.J'avais douze ans et demi. La sagesse et l'honnêteté de ces enfants me saisissait. Je fus sur-le-champ sage, docile, zélé (Dupanloup, Journal, 1851-76, p. 4).Les Jaubert, deux sœurs, deux jumelles même, bonnes élèves, ah! bonnes élèves, je crois bien, je les écorcherais volontiers, tant elles m'agacent avec leur sagesse, et leurs jolies écritures propres (Colette, Cl. école, 1900, p. 14).
4. P. anal., dans le domaine esthét. [À propos de qqc.] Équilibre, classicisme. La sagesse de son équilibre sonore [de la musique de Glinka], par la distinction et la finesse de son instrumentation (Stravinsky, Chron. vie, 1931, p. 15).
P. méton., au plur., péj. Manque d'originalité, absence de génie. Jamais on ne croirait que ce compositeur [Périlhou] a l'honneur d'être Toulousain, tant sa musique a des sagesses froides de notaire esquimau; ce n'est pas même laid! (Willy, Entre deux airs, 1895, p. 143).
Prononc. et Orth.: [saʒ εs]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 1269-78 « connaissance juste des choses » (Jean de Meung, Roman de la Rose, éd. F. Lecoy, 5282); 1784 la sagesse des nations (Beaumarchais, Mariage de Figaro, 1, 11); b) 1535 « connaissance inspirée des choses divines et humaines » (Olivetan, I, Liber Regum, 10, 4 ds H. Kunze, Die Bibelübertzungen von Lefevre D'Etaples und von P. R. Olivetan, p. 187); 1535 sagesse de Dieu (Id., III, ibid., 3, 28, ibid.); 1694 la Sagesse « nom d'un des livres de l'Écriture sainte » (Ac.); 2. déb. xves. « sentiment juste des choses » (Christine de Pisan, Les Enseignemens Moraux, éd. M. Roy, t. 3, p. 29); ca 1590 la sagesse de ma leçon (Montaigne, Essais, III, 5, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 887); 3. 1549 « modération, retenue dans la conduite » (Est.); spéc. a) 1668 « modestie, pudeur (d'une jeune fille) » (Racine, Plaideurs, III, 4); b) 1694 « docilité (d'un enfant) » (Ac.); 4. ca 1590 « qualité, conduite du sage » La Sagesse de Socrate (Montaigne, op. cit., III, 2, 817); 5. 1675, 24 juill. « acte de sagesse » (Mmede Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, II, 16). Dér. de sage*; suff. -esse*. Fréq. abs. littér.: 4 072. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 7 629, b) 4 278; xxes.: a) 4 679, b) 5 700. Bbg. Schalk (F.). Sapience und Sagesse. Rom. Forsch. 1953, t. 65, pp. 241-255. − Sckomm. 1933, pp. 99-103. − Wilhelm (J.). Sagesse. Mél. Gamillscheg (E.) 1952, pp. 245-260.