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GONFLER, verbe trans.
I. − Emploi trans.
A. − Rendre (plus) ample, augmenter le volume de.
1. Qqn gonfle qqc.[L'instrument de l'action, non exprimé, est gén. un corps gazeux ou liquide] Gonfler un pneu. Le sphérique (...) était pas facile à gonfler à bloc... Ils avaient jamais assez de gaz (Céline, Mort à crédit,1936, p. 552).Ces matelas sont fabriqués en matière plastique et sont gonflés et dégonflés régulièrement grâce à une pompe qui remplit des alvéoles (Quillet Méd.1965, p. 329).
[Le suj. désigne un animal] Le chat gonfle son dos. La très étonnante faculté des grenouilles de gonfler comme un goitre leur gosier, (...) de projeter sur le côté de la bouche (...) une sorte d'énorme ampoule (Gide, Journal,1943, p. 243).
Arg. [L'obj. désigne une femme] Rendre enceinte, engrosser. Te marier, toi, un ivrogne, un propre à rien! (...) tu serais seulement pas foutu de gonfler une femme (Aymé, Brûlebois,1926, p. 93).
Littér. Accentuer, souligner les courbes de quelque chose, bomber. En quelques traits, il vous gonfle une bedaine, vous ballonne des joues (...), indique les bourrelets de la peau (Huysmans, Art mod.,1883, p. 226).
2. Qqc. gonfle qqc.[Le suj. désigne gén. un corps gazeux ou liquide] Le vent gonfle les rideaux, les voiles; être gonflé d'eau. La diligence pleine de voyageurs était en même temps gonflée de paquets. La bâche de cuir (...) contenait à grand' peine un énorme ventre d'effets (Hugo, Fr. et Belg.,1885, p. 125).Le bas d'un tronc, où la sève en s'accumulant avant de jaillir au printemps a gonflé et dilaté le plus les fibres (Pesquidoux, Chez nous,1923, p. 113) :
1. Du tube de paille, sous le rayon de soleil, sortait une bulle que son souffle gonflait. Bulle de plus en plus grosse, irisée et fragile, parfaite, reflétant déformés le jardin et le ciel... Jouve, Scène capit.,1935, p. 198.
En partic. [L'obj. désigne le corps ou une partie du corps] Synon. de empâter, hypertrophier.La graisse l'avait gonflé en tous sens, (...) ses bras et ses cuisses étaient tubulés (Brillat-Sav., Physiol. goût,1825, p. 227).Le ventre rond gonflé d'herbes (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 374).
Emploi abs. Encombrer l'appareil digestif de matières indigestes, fermentescibles. La pâtée au pain qui gonfle et ne nourrit pas (Colette, Music-hall,1913, p. 179).
SYNT. L'air gonfle les narines, les poumons; le lait gonfle les seins; les larmes gonflent les paupières, les yeux; le sang gonfle les veines; les sanglots gonflent la gorge; un souffle, un soupir gonfle la poitrine.
PATHOL. Synon. de bouffir, boursoufler, enfler, tuméfier.Ces pauvres jambes gonflées par l'œdème, énormes et pâles (Zola, Joie de vivre,1884, p. 958).
B. − Au fig.
1. Qqn gonfle qqc./qqn
a) [L'obj. désigne une chose gén. abstr.]
Augmenter le nombre, la quantité. Une masse monétaire massivement gonflée par voie d'autorité (Perroux, Écon. xxes., 1964, p. 523).
Péj. Exagérer (dans un but frauduleux) la valeur numérique, financière. Gonfler un résultat, une note. Les titres de la Nouvelle-France, émis à cinq cent, étaient hier à quatre mille. Les sémites gonflaient ce papier, aujourd'hui ils le laissent retomber (Péladan, Vice supr.,1884, p. 258).Banqueroutiers désireux de gonfler leur passif (Zola, Argent,1891, p. 22).
Augmenter la valeur morale, intellectuelle :
2. Que ce soit ce sens ou non qu'ait eu cette pensée pour celui qui l'écrivit (...), il est certain qu'en lui ce lettré sensible la vivifie, la gonfle de signification jusqu'à la faire éclater, il ne peut la redire qu'en débordant de joie... Proust, Temps retr.,1922, p. 894.
Péj. Exagérer l'importance morale, intellectuelle. La nuit, nous nous créons des monstres, nous devenons fous. J'ai gonflé démesurément cette pauvre histoire. Oublie ces extravagances (Mauriac, Trois récits,1929, p. 58).Il ne fait que suivre des modes (...) qu'il gonfle et exagère (Larbaud, Journal,1934, p. 330).
b) [L'obj. désigne une pers.] Parfois fam. Remplir d'énergie, de courage; donner de l'aplomb, de l'audace. Gonfler à bloc (fam.). Encore faut-il des hommes pour le gonfler à point [le peuple] et le jeter au combat (Arnoux, Roi,1956, p. 150).
Péj. Mettre exagérément en valeur, infatuer. Synon. fam. faire mousser.Gonfler d'orgueil. Caressant le glorieux personnage sur ses autres qualités et prétentions extérieures de manière à le gonfler devant tous (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 11, 1856, p. 341).
Emploi pronom. réfl. Faire l'important, se rengorger. Faire de l'embarras, du genre, du fla fla! aujourd'hui, c'est la mode; on se jette de la poudre aux yeux, on fait la roue... on se gonfle (Labiche, Poudre aux yeux,1861, II, 13, p. 395).J'en ai assez de votre sublime. Voilà quatre mois que je supporte le vôtre, que vous cherchez à vous gonfler et à m'aplatir (Cocteau, Monstres sacrés,1940, 7, p. 61).
c) Fam., AUTOMOB. Augmenter la puissance (d'un moteur, d'un véhicule de série) en modifiant après coup certains de ses éléments. Des « passeurs » spécialisés dans le trafic de devises entre la France et la Suisse utilisent des voitures rapides que les douaniers suivent parfois à bord de DS 21 « gonflées » (Le Monde,17 sept. 1972ds Gilb. Mots contemp. 1980).
2. Qqc. gonfle qqc./qqn
a) [L'obj. désigne une chose gén. abstr.] Amplifier l'importance quantitative ou qualitative. Notre univers de perception est gonflé de valeurs affectives et sillonné de tracés d'action (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 110).Le dialogue, tout vibrant et gonflé par ces mouvements qui le propulsent et le sous-tendent (Sarraute, Ère soupçon,1956, p. 118).La conjoncture économique gonfle de mécontents l'effectif des tendances d'opposition (Traité sociol.,1968, p. 50).
Péj. Donner de l'emphase, un caractère ampoulé. L'étalage de mots et de pensées recherchées qui gonflent tout le commencement du récit de René (Delécluze, Journal,1827, p. 476).
b) [L'obj. désigne une pers.] Combler, dilater. Gonfler le cœur d'amour, de joie. L'enfant tout en dedans gonflé, débordant d'innocence Et de confiance (Péguy, Porche Myst.,1911, p. 305).Je me sentais gonflé, tuméfié par un monde de pensées venimeuses (Duhamel, Confess. min.,1920, p. 32).C'était l'amour qui lui venait (...). Cela vous gonflait, éclatait en vous, vous projetait au-dessus de vous-même (Vialar, Bien-aller,1952, p. 14) :
3. ... Augustin se retira doucement, assommé, lourd d'il ne savait quel poids écrasant. Gonflé d'émotions et de souvenirs, comblé d'une gratitude envers les siens déchirante et irrassasiée, en proie à un douloureux, insupportable bonheur, il tremblait de vertige... Malègue, Augustin, t. 1, 1933, p. 187.
Péj. Remplir d'un sentiment de fatuité. Être gonflé de son importance. La femme de l'inspecteur éclatait dans sa peau, tant la vanité l'avait prodigieusement gonflée (Theuriet, Mar. Gérard,1875, p. 219).On voit se multiplier le commissaire Céard, tout gonflé de l'officialité de son rôle (Goncourt, Journal,1891, p. 35).
II. − Emplois intrans. et pronom. non réfl. Qqc. (se) gonfle
A. − [Le suj. désigne une chose concr.] Augmenter de volume, devenir plus ample. La mer presque immobile qui se gonflait et s'abaissait avec le doux mouvement d'une poitrine endormie (Flaub., Champs et grèves,1848, p. 245).Ce blé cuivré (...) fermente par le sulfate de cuivre; moyen simple, agréable, qui fait lever, gonfler la pâte légère (Michelet, Oiseau,1856, p. 173).Notre escarcelle gonfle et son enflure croîtra (Cladel, Ompdrailles,1879, p. 243).V. aussi arrondir ex. 1 :
4. ... ces brouillards qui se forment sur l'écume mousseuse des torrents de l'Arven, s'épaississent lentement et semblent se gonfler et se grossir, en montant, d'une foule innombrable de fantômes... Vigny, Serv. et grand. milit.,1835, p. 83.
En partic.
PÉDOL. Augmenter de volume par absorption d'eau. Terrains (...) susceptibles de gonfler ou foisonner par le contact de l'air humide (Haton de La Goupillière, Exploitation mines,1905, p. 632).
[Le suj. désigne une partie du corps] Pour ce qui est des grandes cellules que renferme la cavité commune (...) elles doivent se remplir d'air et se gonfler à mesure que les parois de cette cavité sont dilatées (Cuvier, Anat. comp., t. 4, 1805, p. 362).Ce beau sein qui, toute la nuit, a gonflé et durci sous mes caresses, comme un sexe (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 118).
[Le suj. désigne la voix, un son] Un crescendo de trente mesures amène la conclusion dans une exaltation ininterrompue. Alors se gonfle un crescendo épique (Marliave, Quat. Beethoven,1925, p. 151).Cette voix qui gonfle, qui monte, qui monte (Cocteau, Foyer artistes,1947, p. 190).
Littér. Offrir au regard une impression de volume :
5. Si je visite toute une galerie de coquilles, j'observe une merveilleuse variété (...); les spirales s'accusent, ou se fondent; la surface se hérisse de saillies (...); elle se renfle quelquefois, se gonfle de bulbes successifs... Valéry, Variété V,1944, p. 13.
B. − Au fig. [Le suj. désigne une chose abstr. ou une pers.] Prendre (exagérément) beaucoup d'importance. Les métaphores qui se gonflent, souvent avec trop d'orgueil, dans les meilleurs styles (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, p. 315).Mon être gonfle progressivement, prend la place de tout, se grossit d'univers et de siècles (Mounier, Traité caract.,1946, p. 306).
REM. 1.
Gonflage, subst. masc.Action de remplir d'air, de gaz (un objet pneumatique). Gaz pour le gonflage (Céline, Mort à crédit,1936, p. 457).Maintenir une pression de gonflage correcte (...) car un pneumatique peut ne pas être correctement gonflé (Chapelain, Techn. automob.,1956, p. 326).
2.
Gonfle, adj. et subst. fém.,région. (notamment du Sud de la Lorraine aux Alpes du Nord). a) Adj. Synon. de gonflé.Il a les mains gonfles (Littré). b) Subst. fém. α) Synon. de congère.Ce qu'on appelle chez nous une gonfle, c'est-à-dire un de ces entassements de neige qui se forment, quand le vent souffle, dans les plis du terrain (Ramuz, Œuvres compl., La Guerre dans le Haut-Pays, Lausanne, éd. Rencontre, t. 6, 1967 [1915], p. 241). β) Synon. de ampoule, boursouflure, bulle.Tu vois la terre qui remonte, les montagnes repoussent à vue d'œil, comme quand il se fait des gonfles dans la pâte (Ramuz, Œuvres compl., L'Amour du monde, Lausanne, éd. Rencontre, t. 10, 1967 [1925], p. 281). γ) Synon. de hydropisie.Qu'é' qu' c'est doncque, toute ec't iau qui m'est saillie dans la panse (...) mais c'est la gonfle (...) une variante de l'hydropisie visqueuse (Martin du G., Gonfle,1928, I, 3, p. 1179). δ) Au fig., fam. Affaire compromettante. Après tout, c'est toi qui m'as fichu dans cette gonfle. À toi de m'en tirer (W.-A. Prestre, Bohème escholière, Neuchâtel, La Baconnière, 1938, p. 72).
Prononc. et Orth. : [gɔ ̃fle], (il) gonfle [gɔ ̃:fl]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1555 confler « enfler » (Vasquin Philieul [né à Carpentras], Toutes les euvres vulg. de Fr. Pétrarque, p. 103 ds Gdf. Compl.); 2. 1559 gonfler « faire augmenter de volume » (M. Mathée, Dioscoride, 444a d'apr. H. Vaganay ds Rom. Forsch. t. 32, p. 72 : La grappe de raisin fresche [...] gonfle l'estomac); 3. 1667 au fig. gonflé d'audace (Corneille, Attila, IV, 3); d'où p. ell. 1919 être gonflé « être audacieux » (De Beler, ex-aviateur ds Esnault, Notes compl. Poilu). Mot originaire du Sud-Ouest, issu du lat. conflare, proprement « activer (le feu) en soufflant », qui prit en b. lat. le sens « enfler » (v. TLL). Le fait que le mot soit bien attesté dans les dial. (v. FEW t. 2, p. 1040b) s'oppose à l'hyp. d'un empr. à l'ital. gonfiare (REW3, no2135; EWFS2; DEI). Fréq. abs. littér. : 1 239. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 931, b) 1 706; xxes. : a) 2 431, b) 2 097. Bbg. Chautard (É.). La Vie étrange de l'arg. Paris, 1931, p. 311. - Gir. t. 2 Nouv. Rem. 1834, pp. 48-49. - Quem. DDL t. 4 (s.v. gonflage). - Wind 1928, p. 39, 192.